
| Carte IGN au 1/25 000ème Série bleue N° 2031 Est LIMOGES |
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Voies antiques à La Maison-Dieu et passage d'eau des Casseaux : une approche par l'image |

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Oui, il y a bien un gué sur la Vienne, au droit de la
"Maison du passeur" (appellation sans garantie d'authenticité) et à quelques dizaines de mètres en
aval de "la Grande-Ile" : les pêcheurs de notre bandeau de titre en attestent. Mais, "faut
pas rèver", ils marchent sur un haut cordon de blocaille qui
immobilise une canalisation au fond de la rivière. De leur aveu
et sans cet artifice, il y aurait là plus de deux mètres d'eau.
Pour les chercheurs de gués aménagés anciens mais maintenant ennoyés par les retenues des moulins, remarquons la ligne claire qui jalonne le trajet des pêcheurs : ce jour-là, l'eau soulevée par l'obstacle transversal vient créer en surface un léger bourrelet qui efface localement le friselis dû au vent. Au-dessous, sur notre photo panoramique de la rive droite de la Vienne ( la rivière coule vers la gauche, vers la cathédrale et le Pont St Etienne au loin) et à moins de 100 mètres en aval de la petite maison, on observe la forme carrée d'une arrivée d'eau canalisée. C'est le débouché actuel d'un ruisseau qui - selon nous - a pu prendre au fil des temps, une dimension "historique" jamais encore formellement évoquée : le ruisseau d'Aigueperse. Si l'on remonte à sa première mention sur le vieux cadastre, on constate qu' il coulait encore en surface sur tout son cours en 1812. Mais on peut voir aussi qu'il avait été étroitement guidé et rectifié de la ferme du Crucifix, non loin de notre Place Carnot actuelle, jusqu'à la Maison-Dieu. On peut expliquer cela en imaginant qu' à une époque indéterminée s'était peut-être manifestée une volonté de le soustraire à toute pollution au profit d'une installation sise plus bas, sur l'emplacement de la Place Maison-Dieu actuelle. Au Moyen-Age il y eut ici une léproserie, une maladrerie, un hôpital, une "Maison-Dieu" précisément comme on les désignait alors mais est-il plausible d'envisager qu'un tel aménagement ait pu être réalisé à cette époque ? |
| Il serait tentant de situer l'origine de ces travaux
quelques siècles plus tôt, à la période
antique. Un aménagement réalisé pour le confort et l'agrément d'un grand personnage
pour qui on aurait prévu ici une somptueuse résidence de passage :
ce "PRETORIO" mentionné par la Table de Peutinger et que nous avons déjà évoqué dans notre page 9
"Augustoritum" ?
Elle aurait trouvé ici un site idéal, à l'écart des embarras de la ville mais néanmoins suffisamment proche de son centre vital, administratif et cultuel : le forum. Nous verrions bien là ce palais bâti pour le "procurator "ou le grand "fonctionnaire" envoyé en mission par ROME. Nous le verrions bien là en dépit des supputations érudites qui, disséquant à l'infini et depuis des lustres, les arcanes de la Table de Peutinger, veulent exiler ce super-préfet à 30 km de là, tantôt au Puy-de-Jouër sur les Hauteurs de St Goussaud, tantôt et à peine plus près, au milieu des terres et des bois de Sauviat-sur-Vige. Seulement voilà, on peut réfuter Peutinger mais on ne raisonne pas avec une borne ! Laissons parler
Paul DUCOURTIEUX qui écrivait en 1907 à propos de la Voie
d'Agrippa vers Lyon, dans son ouvrage "Les Voies Romaines en Limousin" page 67 :
"Plusieurs milliaires ont été découverts sur cette voie, la plupart mutilés ou anépigraphes. Le mieux conservé est celui du Moutier-d'Ahun, qui a été décrit plusieurs fois et en dernier lieu par M. Espérandieu (1), auquel nous renvoyons. C'est un milliaire de Gordien III, vers 243, qui indique la distance d'Ahun à Praetorium, 20 lieues gauloises = 44 km 440 m, et celle de Limoges, 34 lieues gauloises = 75 km 448 m. Il paraît que ce milliaire est actuellement au domaine de Valaize, où il sert à supporter la toiture d'un hangar." (1) Espérandieu, Inscription de la Cité des Lémovices, p 44.
Les 20 lieues gauloises d'Ahun à Praetorium,
à quelques virages près, conviennent aussi bien au
Puy-de-Jouër qu'aux parages de Sauviat pour la localisation du
site-étape du super-préfet : il faut se faire une raison !
La dédicace de la voie sur la borne d'Ahun (Acitodunum) : Gordien III vers 243, ne date pas forcément une origine mais pourrait concerner une réfection de la voie. |
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Après quoi, le ruisseau reprenait son cours normal jusqu'au village des Casseaux.
Ces débouchés maintenant couverts, s'observent sur notre photo panoramique de
début de page.Mais à partir de là et jusqu'à la rivière, à l'évidence et antérieurement à 1812, son cours a encore été lourdement remanié. Et ces travaux d'hydraulique n'étaient pas terminés puisque son embouchure, très précisément fixée par le cadastre de 1812, était située très en amont de celle que nous connaissons aujourd'hui, aussi peu naturelle que possible également : voir le cadastre puis nos photos verticales. De très vieux habitants des quartiers voisins nous rapportent que les jardins de rive sous le village des Casseaux, tenaient autrefois leur fertilité du débordement périodique, naturel ou aménagé, des eaux chargées du ruisseau d'Aigueperse. D'où l'intérêt majeur pour les riverains de maîtriser cette manne et dont pourraient rendre compte les fluctuations de l'embouchure qui se lisent sur notre photo verticale de 1984. Plus ou moins actives selon les épisodes de pluie et leur violence, les arrivées d'eau dans le lit de la Vienne déblaient leur passage dans leurs dépôts d' alluvions précédents. |
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Disons le fond de notre pensée : la véritable embouchure du ruisseau
d'Aigueperse ne serait pas celle changeante, qui lui fut assignée par les
hommes au fil du temps.
En l'absence de tout document
contraire qui soit parvenu jusqu'à nous, il nous apparaît
tout à fait plausible d'envisager que le ruisseau
d'Aigueperse se soit depuis les temps géologiques,
déversé dans la Vienne au fond d'une anse qu'il
s'était créée et que montraient encore il y a peu et non loin du Pont St Etienne, tant le vieux cadastre que de vieilles cartes postales.
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L'une d'elle, de notre collection (ci-dessous), détaille la
morphologie de cet
endroit :
il y avait là un défilé où l'eau de la
Vienne à la fois déviée et
accélérée créait un courant de retour dans
une baie
(d'embouchure ?), à la fois
creusant la rive et étalant les alluvions éventuelles
d'un ruisseau. En 1812,
le ruisseau ayant été et depuis longtemps sans doute,
reporté en amont, il
subsistait encore un haut-fond, une île
éphémère en bordure du remous. C'était le
royaume des lavandières et des bateliers : un "port", le port du
Naveix. Un
fond de baie
qui, grâce à ces aménagements, se serait alors
trouvé protégé d'une pollution directe
amenée par un ruisseau que les riverains
considéraient depuis longtemps comme un
égout à ciel ouvert : voir en aval (sous le Pont-Neuf)
l'embouchure du Ruisseau d'Anjoumar venant de la Place Stalingrad
et surnommé depuis des temps immémoriaux "le Merdanson".
A une date indéterminée le "port du Naveix" a été comblé mais de nos jours, sur les terres rapportées et prenant la suite d'autres bâtiments, une Base Nautique s'est installée : la vocation se perpétue, intacte. Pour l'histoire récente notons sur notre carte postale, la présence de " l'Usine électrique" qui fournit à Limoges au tout début du XXème siècle, l'électricité qui allait progressivement remplacer le gaz dans l'éclairage urbain. Et permettre l'installation des premiers tramways grâce au supplément d'énergie venu de l'usine du Saillant en Corrèze. L'usine thermique disparut avec la production et l'apport des premiers barrages hydroélectriques du Taurion. Sa haute cheminée faillit traverser le siècle et depuis longtemps devenue inutile, fut abattue - en fait grignotée par le haut sous nos yeux - dans la décennie 1970. Notre carte postale - non datée, mais probablement éditée durant le premier quart du XXème siècle - montre un très important apport de remblais sur la rive droite, en amont du port du Naveix. Leur provenance ne fait pas problème et Georges VERYNAUD dans son livre "LIMOGES, naissance et croissante d'une capitale régionale" (Editions de La Veytisou) nous a conté par le menu les grands travaux de voirie et d'urbanisme qui ont occupé le XIXème et la première moitié du XXème siècle : les déblais de démolition et les terres des décaissements ont représenté pendant plus d'un siècle des volumes énormes dont il fallait bien se débarrasser. Et les charrois arrivaient ici par un chemin (à gauche du cliché) qui contournait le grand hangar d'une fabrique de porcelaine et qui préfigurait la rue Victor-Duruy actuelle.
Et c'est sur ce remblai que
va s'établir progressivement le parc des transformateurs
électriques abaisseurs de tension exploitant la production des
nouvelles usines hydroélectriques : ils y sont
toujours. Cette surélévation des terres est toujours apparente : revoir la moitié gauche de
notre photo panoramique de début de page.
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Sur notre cliché panoramique, entre la zone des
transformateurs électriques
haute-tension marquée par les portiques en béton
d'arrivée des lignes et le terrain municipal
(anciennement terrain de football mais actuellement parc public
occupé, au centre, par un gros réservoir de régulation
des eaux pluviales aux parements de bois), la limite de propriété
présente une nette courbure qui aboutit à
l'exutoire carré du ruisseau d'Aigueperse que j'ai évoqué plus
haut : ce que montre très mal notre photo panoramique mais que montrent mieux nos photos verticales.
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Et si . . . pour cette ultime dérivation du ruisseau
réalisée
à une date indéterminée et sans doute longtemps après 1812, on
avait repris pour l'approche de la rivière, venant des Casseaux, un vieux reliquat de tranchée routière
remontant aux temps antiques ?
L'idée en tout cas, nous amènerait en face d'un site exceptionnel pour un passage routier : la trouée des Longes. |

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Après ce
panorama sur la "Grande Ile", il suffit de se retourner pour admirer
(photos ci-dessous) le passage antique
de la voie d'Agrippa par la trouée des Longes. Maintenant, sur le sentier bitumé qui escalade la
pente, au fond de l'image, à droite, on pourrait rencontrer des "jacquets" car c'est un des multiples chemins de
Compostelle.
Mais, dans les dernières années avant Jésus-Christ, c'était bien à n'en pas douter au fond de cette dépression que passait la grande route joignant Augustoritum à la capitale des Gaules, Lyon/Lugdunum : la Voie d'Agrippa. |
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Et si nous sommes aussi péremptoire, c'est qu'il
n'y a pas d'alternative à ce magnifique trajet qui partant des bords de
Vienne, va rejoindre la hauteur de la Croix-Finor. Puis, restant
pratiquement toujours sur les hautes terres, ira repasser la Vienne
sous St Priest-Taurion en n'ayant
rencontré en 12 kilomètres, que le seul ruisseau des
Villettes, en aval du Moulin de GOURLY, en contrebas de St Just-le-Martel.
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Si nous jetons un regard circulaire et
"sinistrogyre", partant du nord , sur la photo de Limoges, nous
repérons des axes de circulation antique désormais connus
jusqu'au-delà des portes de la ville moderne et considérablement plus loin pour certains.
Ce sont : . la voie de Magnac-Laval avec la bifurcation de Villefavard qui s'opère sur la Gartempe à Rancon.
Sur cet axe, nous sommes allés
ensemble jusqu'à St Gence pour anticiper sur la
description future de la richesse foisonnante de cet itinéraire
(tracé rouge sur fond beige),
. la voie d'Agrippa vers Chassenon et Saintes
que nous avons décrite jusqu'au-delà de l'Aurence et que
nous reprendrons pour l'amener
jusqu'à la rivière Charente, sur le
gué de Chez-Chabernaud au sud de la Péruse ( tracé
rouge sur fond vert),
. la voie présumée de Périgueux/Bordeaux par le gué du Haut-Verthamont sur la Vienne, jusqu'au cimetière de Beynac (rouge sur fond gris), . la voie de même destination mais quittant la ville par le Pont St Martial dont nous avons donné quelques jalons précis jusqu'à la ferme gauloise de la Chaize et à la structure (encore énigmatique) de Royer, commune de Jourgnac, sur le plateau de la Gare de Nexon,
. la racine majeure de la voie d'Agrippa vers Clermont et Lyon,
quittant la ville antique par le pont St Martial et transitant par le
. l'itinéraire secondaire de la voie d'Agrippa issu du passage d'eau des Casseaux et rattrappant par les Longes, la branche du Pontgué du Mas-Rome jusqu'à la jonction du Sablard avec la branche issue du passage d'eau des Casseaux (tracé rouge sur fond vert). Nous donnerons ci-dessous quelques jalons sur cet itinéraire jusqu'à St Priest-Taurion, laissant à Raymond COURAUD le soin de la suite de l'itinéraire jusqu'à Sauviat sur Vige, St-Martial aux portes de Panazol, Hôpital du Dr Chastaingt,
.
enfin une voie du Nord gagnant les hauteurs de Faugeras (Ester) par la
rue Aristide-Briant, la Bregère, la rue Georges-Fourest.
.
et immuablement considérée
par l'érudition depuis des lustres comme la voie d'Agrippa.
Mais le trajet qui est ainsi proposé est décidément trop "tarabiscoté" et incommode : comme un étroit chemin de terre traversant des ravins et dont on voudrait faire une route majeure de la plus haute antiquité ! En fait, il s'agirait enfin de nos jours de ne plus se laisser égarer encore et toujours par " l'intime conviction" d'un de nos devanciers, agitateur d'une idée préconçue totalement déraisonnable. Cette pérennité dans l'inconséquence trahit l'immaturité d'une prospection de terrain toujours aussi indigente, insensible aux réalités du terrain et tributaire d'un discours "érudit" trop souvent hors de propos. Il s'agit en fait de la "route de Bourges, capitale de la Gaule aquitaine", un itinéraire intéressant également dès le début de son cours en ce qu'il nous révèle - sous fort grossissement - des diverticules qui n'avaient pas échappés en son temps à Raymond COURAUD. N B : La
branche majeure de la voie d'Agrippa entre le Pont St Martial et les
"Portes de Panazol" est reportée sur la photo verticale de Limoges en
conformité d'orientation avec le complexe résidentiel et
sportif du Sablard. Il s'agit d'une pure coïncidence : notre
tracé est préorienté sur les rives
l'Auzette, par des mouvements de terrain résiduels qui remonteraient à un gué antique.
Il serait en effet
étonnant que les aménageurs de la cité du Sablard
dans les années 1960, aient pu être influencés par
les restes d'une chaussée antique totalement détruite et
dont personne à ce jour n'a jamais soupçonné
l'existence.
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