
| Carte IGN au 1/25 000ème Série bleue N° 2031 Est LIMOGES |
LIMOGES, AUGUSTORITUM ANTIQUE:la ville coloniale. |
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On ignore toujours quel était le chef-lieu de la
province des Lémovices avant la conquête romaine. On
connaît bien par contre la nouvelle capitale que se donna cette
"cité" (au sens de province, région) quelques décennies
après la
victoire de César. Mieux encore et grâce aux beaux
travaux de Jean-Pierre LOUSTAUD poursuivant les notes, les
relevés et les fouilles effectués depuis des siècles par les
érudits limougeauds, on connaît maintenant l'essentiel
de la trame interne de ce que
fut la ville gallo-romaine d'Augustoritum. Nous en indiquons
grossièrement l'emprise ci-dessous par une surimpression rouge, sur le tissu urbain actuel.
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Augustoritum, une ville gallo-romaine inscrite dans un vaste rectangle et composée d'îlots
pris dans les mailles d'un réseau de rues
orthonormées dont le tracé est
constamment affiné au fil des recherches qui se
poursuivent.
Le forum - encadrement jaune - à la fois centre religieux et administratif , était centré sur l'emplacement de l'Hôtel de Ville actuel et sur les bâtiments - ancien séminaire puis ancienne caserne - que l'on a appelés durant la dernière moitié du XXème siècle, le Centre Administratif Blanqui. Il semble bien que dès le temps de sa création, il ait pu y avoir un noyau de peuplement annexe, un "faubourg" avant la lettre : au nord-ouest , centré sur le Jardin d'Orsay qui est établi depuis le XVIIIème siècle, sur le comblement de ce qui restait de l'amphithéâtre antique. Sur notre cliché, parmi les arbres, suite à une fouille maintenant comblée, on aperçoit, en quart d'ovale, l'arase ou le soubassement d'une précinction qui circulait au milieu des gradins. A
l'est il est possible qu'un second centre de peuplement ait existé précocément sur un promontoire que l'on nomme le Puy -St Etienne, un espace élevé au-dessus de la Vienne et un
lieu
dont on sait que le centre a été occupé il y a 2000
ans et bien avant la cathédrale actuelle, par un temple païen.
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| Des routes destinées à parachever la conquête Dès
les lendemains de la conquête romaine, autour de cet ensemble
urbain, se mirent à rayonner des routes qui devaient
assurer la circulation rapide des Légions, des porteurs d'ordre
de l'administration centrale, des collecteurs d'impôts et,
probablement aussi et par permission spéciale, des commerçants
et de leurs caravanes. Tracées de préférence sur
les hauteurs, aussi loin que possible des lieux réputés
insalubres, nous avons déjà décrit et
illustré l'élévation monumentale de leurs
chaussées, la largeur de leurs aménagements
latéraux, la rectitude de leur projet , la façon
inaccoutumée d'affronter et de vaincre le relief . . . dans une
démarche d'où la volonté d'impressionner
l'indigène n'était sans doute pas exclue.
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A peine trois siècles
de Paix Romaine et progressivement s'instaura une longue durée d'insécurité grandissante. Aux portes de la belle ville coloniale, de plus en plus dégradée - car aux exactions s'ajoutait une nécessaire récupération de matériaux - on édifiait sur le Puy St-Etienne un réduit fortifié, un castrum, pour se mettre à l'abri des hordes d'envahisseurs qui sporadiquement, arrivaient du nord et de l'est. Des voies nouvelles
Curieusement et contre toute attente, le système
politique restait en place, encore actif et productif : de
nouvelles voies furent construites,
s'adaptant
à chaque étape d'une
situation
politique en régression.
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On observe ces voies nouvelles, se surajoutant dans
l'immédiat aux anciennes sans
pour autant
les remplacer totalement semble-t-il,
puisque nous
découvrons de nombreuses bretelles de
jonction qui les unissent, pour un échange
d'itinéraire sans heurt et évitant - dans la mesure du
possible - les parcours rétrogrades.
Sur l'étendue urbaine et périurbaine de Limoges et à l'exception d'un secteur nord à nord-est et est auquel nous ne nous sommes pas suffisamment ou trop tardivement attaché, une telle situation est encore particulièrement lisible, livrant au prospecteur des canevas routiers nouveaux et des situations tout à fait riches d'enseignements pour l'extension de la recherche. Dans l'espace périurbain de Limoges, ce réseau - complexe certes mais encore très
présent sur le terrain et sur les documents imagés - est un
véritable
musée à ciel ouvert.
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Au rang des documents qui peuvent donner une image des
routes de la Gaule devenue romaine, l'amateur sera plus sensible
à la Table de Peutinger.
C'est
la copie
sur parchemin d'un original antique gravé sur le marbre et dont l'origine se situerait au second
siècle de notre ère. La
Table
est apparue aux yeux du petit monde occidental, à la suite d'un héritage,
il y a 500 ans. C'est un document
figuré qui ressemble à une carte à latitude
compressée, très compressée.
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In
extenso, le document montre les principales routes romaines de
l'Empire, depuis l'Asie Mineure jusqu'à nos contrées
occidentales. Nous n'en présentons ici qu'une toute petite
partie.
A gauche, observez qu'en face de notre Bretagne, l'Angleterre était déjà une ile. A
droite, le Rhône sort de la Suisse actuelle mais tournant trop vite au sud, il a manqué Lyon (Lugdunum ici Lugduno) perdu à l'ouest au milieu des terres. Et effleurant Vienne (Vigenna) et recevant des Alpes un affluent
de rive
gauche, il va
se jeter dans la
Méditerrannée.près de Marseille (bâtiment en
demi-cercle: Massilia).
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| Le nom des différents peuples gaulois y est
mentionné mais la localisation en est assez approximative. A gauche, en bas, la chaîne des Pyrénées ( arc brun dentelé ) est traversée (au Perthus) par la Voie domitienne qui va en Espagne, venant d'Arles via Nimes et Narbonne. Au-dessus, la Table montre le tracé incertain de 2 rivières ou fleuves parallèles et qu'il vaut mieux oublier car ils n'apportent rien à notre propos. Nos quatre reproductions de la Table se complètent . . . Ci-dessous, entre les deux fleuves précisément, on remarquera la ville
(deux tours jumelles dans notre carré rouge) d'Ausrito, abrégé d'Augustoritum :
c'est nous, Limoges ! Plus haut , un bras de mer s'insinue dans les
terres : c'est un golfe, sinus aquitanicus, le Golfe de Gascogne. Il est si
aplati qu'à son "embouchure" Brest / le Conquet,
(Gesocribate ) fait face à Mediolano
(abrégé de Mediolanum Santonum) que nous appelons
Saintes, capitale des Santones (touches vertes).
![]() Restons sur le sud-ouest de la Gaule, mais notons qu'au sud de la Méditerranée, l'Afrique du Nord faisait partie de l'Empire. |
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Au milieu de l'agrandissement qui figure ci-contre, Ausrito
(Augustoritum) est une ville d'où partent 4 voies antiques mais
il y en avait d'autres sans aucun doute, plus ou
moins
importantes. Le forum d'Augustoritum
( les 2 tours) est donc
représenté flanqué de
deux bifurcations dont rien ne nous dit à quelle distance du
centre elles
se situaient. Car les petits segments d'itinéraire commun sont
chiffrés avec la première étape : oui, mais
laquelle ?
La plus rectiligne certainement ! |
| Les chiffres romains indiquent des distances en lieues
gauloises : 2200 mètres. Ainsi Cassinomago (Cassinomagus) à l'ouest (point rouge),
figure à 17 lieues gauloises d'Augustoritum, distance
parfaitement exacte, c'est l'étape importante et
monumentale de Chassenon : en
bonne logique le court trajet commun aux deux voies allant vers l'ouest
à partir du forum, devait donc être très court !
Pour les spécialistes, les noms latins de nos villes actuelles sont en majorité connus mais quelques-uns font encore problème. Ainsi, supputations mises à part, la localisation de Sermanicomago au-delà de Chassenon est inconnu et si plus loin, Aunedonnacum est l'ancien nom d'Aulnay, on peut se demander ce que le rédacteur et/ou les copistes de la Table ont voulu représenter en inscrivant ici une localité située très au nord de la ligne directe Limoges-Saintes. Toujours à l'ouest mais sur l'autre voie,
Vesuna est Périgueux et Fines
(Thiviers peut-être), l'étape-frontière entre les
Lémovices et les Pétrocores. Au bout du chemin Burdigalo, Burdigala est Bordeaux. Mais Périgueux (Vesuna)
précisément, situé à plus de 100 km de
Limoges n'en affiche guère plus de 60 pour le rédacteur
de la Table.
A l'est de Limoges, Acitodunum serait Ahun mais Pretorio reste mystérieux . On sait seulement que le nom de Pretorio représentait à cette époque, un site d'étape voire de séjour certainement somptueux, pour d'importants personnages en mission : quelque chose comme un hôtel pour super-préfets IGAME ("Inspecteurs Généraux de l'Administration en Mission Extraordinaire") ou carrément un gouverneur de province, un "procurator". L'érudition locale bataille toujours sur la localisation de ce qui fut sans doute un bel édifice plutôt qu'une petite ville. Et pour cette résidence, on a pu essayer tout récemment de valider le site de Sauviat-sur-Vige : sacrée décentralisation ! Fines représente la
frontière entre les Lémovices et les Arvernes dont la capitale, Augusto-Nemeto, s'appelle aujourd'hui Clermont-Ferrand. La voie poursuivait alors jusqu'à Lyon (Lugdunum) capitale des trois Gaules.
Mais, déjà nous avons perdu pied car le chiffrage des distances, à nouveau, ne correspond à rien de connu ou de simplement plausible. Sur l'étape de Limoges à St-Priest-Taurion, l'itinéraire admis et constamment rappelé depuis un demi-siècle, s'est en fait fourvoyé sur des itinéraires de jonction incommodes ou des diverticules tortueux, sans issue sur le trajet revendiqué de St Priest. Et de là jusqu'à Sauviat, le tracé proposé et assez bien cadré par Couraud - à un petit hiatus près, dû à la précipitation - a récemment été dérivé sans besoin vers des propositions qui font litière des prescriptions de la doctrine routière antique. La
seconde voie,
toujours à l'est d'Augustoritum, est nécessairement orientée
au nord puisqu'elle va à Avaricum ( Bourges). Sur la Table et après une brusque inflexion , nous lisons
un
embranchement
vers Poitiers (Lemonum). La voie principale se termine à
Bourges
qui succédera (ou qui a déjà
succédé) à Saintes comme capitale de
la province d'Aquitaine. Mais au sujet de cet itinéraire, nous avons
déjà parlé d'ambiguité possible et de trajets multiples : nous y reviendrons.
Une réputation mitigée On comprendra dès lors plus aisément pourquoi la
crédibilité de la vénérable Table de Peutinger fut généralement
médiocre au sein
des cénacles savants : le grand Camille Jullian
la considérait comme une totale ineptie. Plus
près de nous et pour
Raymond Couraud, qui tentait en 1960, de réhabiliter les itinéraires anciens à partir d'autres sources, elle
avait
" la valeur d'un agréable et
inoffensif jeu pour les jours de pluie".
Ce document figuré se montre paradoxalement à la fois trop précis et trop ambigu, pour coller aux propositions éclectiques et évolutives des archéologues - au demeurant peu nombreux - qui poursuivent aujourd'hui sur cet étroit créneau , des recherches et des publications savantes. Aussi, nous voyons bien que, pour préserver un gisement où tout un chacun peut à tout moment puiser matière à une nouvelle analyse et de nouvelles thèses , on en pratique la lecture avec prudence et on observe à son égard, une certaine suspension de jugement.
Nous savons aujourd'hui et nous l'avons dit, que le
relevé enfin exact et exhaustif de nos plus anciennes
voies antiques sera le
fait de prospecteurs laborieux et patients qui se seront donné un jour, les
moyens de devenir - guidés par des images aériennes - des
analystes de terrain pointilleux
avançant sur un front assez large pour ne pas se laisser
surprendre et manquer en chemin des indices majeurs.
Et qui pourront voir un jour, leur patient travail éclairé par l'apport érudit et le jugement de l'archiviste savant : cela pourra enfin s'appeler l'Histoire. Il se pourrait qu'à ce compte la table de Peutinger en soit un peu réhabilitée : comme une très vieille "Chanson de Geste". |
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On ne peut espérer reconstituer une image fiable des voies
antiques ou anciennes qui rayonnaient autour du forum d'Agustoritum
si l'on ne dispose pas d'une "photographie"
rigoureusement exacte et précise du tissu urbain et
périurbain actuel où quelques traces rares
trahissent encore des travaux de grande ancienneté. Les plus
vieux cadastres, les plus vieux plans et les cartes actuelles sont des documents irremplaçables mais les photos aériennes du
dernier demi-siècle et celles de l'internet, plus récentes et fréquemment actualisées, permettent d'élargir le champ
d'investigation et de porter sur le terrain des jugements très réalistes.
Il est remarquable en particulier que ces images arrivent à trahir des emprises vieilles de près de deux
millénaires. Ainsi, des soubassements arasés par le temps et les
exactions, cachés sous
quelques centimètres de terre, se manifestent incidemment après un long temps d'oubli
pour orienter et asseoir - et en particulier au cours des derniers siècles
- les bases de nouveaux aménagements.
Certes, j'ai déjà parlé de cet état de fait mais je n'ai pas fini de vous en montrer des exemples sur le cours des voies que nous serons amenés à étudier ensemble. |
| Le paragraphe qui suit évoque un exercice d'assemblage de photographies aériennes qui devait me permettre - il y a 20 ans - une étude fine du tissu urbain de Limoges et la détection espérée d'indices archéologiques. Une première remarque importante s'imposa à moi dès les premières manipulations d'images. Elle illustre si bien ce qui vient d'être dit que je donnerai à la fin de cette page ma vision du Théâtre d'Augustoritum. |
| L'image
ci-contre est un exercice de style
: une mosaïque composée
d'environ 25 clichés verticaux. La précision des
détails est telle que dans sa version native, affichée
à la définition de votre écran, l'image mesurerait
5 mètres de long.
Les difficultés
d'un tel assemblage sont importantes. D'abord, le "redressement" de
chaque image doit compenser l'assiette "non nulle" de l'avion
autour de ses axes de roulis et de tangage au moment de la prise de
vue. Il reste alors un problème de géométrie qui
tient au fait que chaque cliché est une
perspective conique et non pas une stricte projection orthogonale mais cette
"restitution" est une opération
hors de portée de l'amateur au-delà de quelques points de calage.
Les légères approximations que l'on est dès lors, obligé de tolérer lors de l'assemblage, bien que masquées par l'expérience du graphiste, restent difficiles à maîtriser particulièrement en milieu urbain où les inévitables alignements de rues mettent à rude épreuve les ressources des logiciels d'infographie. |
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Tel quel le projet était
destiné à donner une image qualitative fidèle des
aménagements urbains dans l'esprit de ce qui vient d'être
exposé plus haut. Au terme de ce long travail ,
les tolérances que je m'étais fixées ont
dérivé hors du canevas de base qui guidait le travail d'assemblage et une
vacuole irrécupérable en l'état, s'est
creusée entre la voie de Rancon (rue Albert-Thomas) et la voie
de Chassenon ( rue Louis-Casimir-Ranson) : il aurait fallu
reprendre la composition au centre du
canevas en la resserrant sur les radiales ouest. Mais l'exercice
était arrivé à son terme et déjà les
images de l'internet qui gagnaient chaque jour en qualité, le
rendait parfaitement inutile dans ses visées historiques.
D'ailleurs les clichés, inclus ou non dans la mosaïque, peuvent
toujours être étudiés individuellement ou repris pour des
assemblages limités en nombre en tant que de besoin.
L'intérêt est ailleurs . . .
Que l'on songe par exemple au territoire protohistorique et antique de Chassenon dont on ne connaît encore pratiquement rien en dehors de la zone monumentale. Que l'on songe encore à l'oppidum de Villejoubert, haut lieu de notre histoire protohistorique dont nous sommes encore seul à connaître quelques enclos et quelques structures agricoles. Et que l'on imagine qu'à chaque épisode climatique localement favorable à la révélation d'indices archéologiques, on effectue "mécaniquement" une couverture photographique verticale sur ces sites affectés en majeure partie à la culture ou à la prairie donc susceptibles de livrer des traces de fossés et de substructions tenant à l'habitat et à l'ocupation du sol dans ces époques très reculées. En procédant ainsi on réunit toutes les chances de recueillir par compilation et au moindre prix, le maximum de renseignements dans le minimum de temps de vol. Par contre et on le comprendra aisément, les document renouvelés annuellement et publiés sur le net par l'IGN ou Google - qui nous proposent une irremplaçable et rigoureuse topographie - ne peuvent pas prendre en compte une problématique de climatologie : ainsi, au niveau de la révélation de sites archéologiques leur performance est sévèrement filtrée par le jeu du hasard. Et de toute évidence, on voit qu'il ne serait pas opportun de renoncer à la chasse aux indices archéologiques à bord de nos petits avions de tourisme. |
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Nous
aurons encore l'occasion d'observer sur le territoire de la
petite région qui nous occupe - mais nous l'avons
déjà signalé - la présence de deux
réseaux de voies antiques. Cette dualité est plus ou
moins apparente selon les endroits et plus ou moins
différenciée selon les aleas de situations politiques : raison de
plus pour être davantage attentifs aux interconnexions et
aux superpositions des deux systèmes. Nous anticipons ci-dessous
sur des remarques qui concernent plutôt des voies tardives mais qui en fait, éclairent l'ensemble du sujet, en
répétant que selon toute évidence, ce sont les
voies tardives qui ont le plus marqué le réseau de nos
routes actuelles.
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Lors
de la lecture du dernier ouvrage de
Georges VERYNAUD:
"LIMOGES, naissance et croissance d'une capitale régionale", paru en 1994 aux Editions de la Veytisou, mon attention fut attirée par des anomalies répétées dans le tracé de certaines rues, telles que figurant à l'ancien cadastre de 1812 utilisé par l'auteur. Certaines églises ou chapelles étaient encore là pour suggérer une origine au phénomène. D'autres étaient depuis longtemps disparues mais l'histoire locale en gardait le souvenir. C'est alors que parut dans Travaux d'Archéologie
Limousine, tome 17, 1997, sous la plume de Jean-Michel DESBORDES:
"Cultes routiers en Limousin: du paganisme au christianisme".
Sans partager nécessairement les restitutions
d'itinéraires de
ce très savant historien, j'appris
que certains de ces
vieux lieux de culte
étaient
des églises paléochrétiennes, c'est-à-dire
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qu'elles avaient pu être créées
dès le début du Vème siècle, aux temps du
Bas-Empire et de l'antiquité déclinante.
A l'exception de St Pierre du Queyroix ( la petite rue Mireboeuf figure le reste d'un contournement ! Explication ci-dessous), ces
églises de l'antiquité tardive sont pour la plupart disparues
: St Martin
(les
Feuillants), St Paul, St Augustin ... avaient sans doute
été initiées pour
remplacer des sanctuaires routiers païens. On
espérait ainsi éliminer des pratiques persistantes de dévotion
populaire envers les anciens dieux.
Pour fixer mon propos, on trouvera
ci-dessus une copie du cadastre napoléonien de Limoges (1812),
compilée et ajustée avec quelques plans de Georges
Vérynaud, sur quelques axes de circulation porteurs d'une forte présomption de grande ancienneté.
Or les vieux sanctuaires, selon notre
courte expérience, étaient établis en leur
temps en léger retrait des voies antiques. Les
églises
ou les lieux de cultes paléochrétiens qui les
remplaçaient,
semblaient au contraire avoir été établis sur
l'espace public de
la chaussée, comme la conséquence possible
d'un
prosélytisme exacerbé, obligeant le voyageur à
sacrifier au rite nouveau ou à tout le moins, à honorer
le temple d'une visite .
Jusqu'à ce que, à terme, la route finisse par pousser un
diverticule pour le contourner et que se crée
éventuellement une place publique autour de l'édifice,
le pérennisant ainsi dans sa solennité.
Les
dérivations indiquées ci-dessus ne sont sans
doute pas isolées : j'y ajouterais l'Eglise St-Cessateur,
rue des Pénitents
Rouges ... L'image que nous en propose le plan de
1873, recouvre un important croisement d'itinéraires dont le plus tardif s'enracine sur
le noeud routier des Arènes et file vers les gués de
Verthamont : observez les
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petites rues qui y convergent et l'inflexion de la rue des
Pénitents-Rouges qui va rejoindre le carrefour de Beaupeyrat,
au sud. L'étendue
du plan supporte en effet 5 voies - toutes époques antiques confondues
-
rayonnant autour ou à proximité de ce carrefour et
sur
lesquelles nous reviendrons dans le cours des pages suivantes. La
création de la rue Pétiniaud-Beaupeyrat amorcera
la désuétude puis la disparition de la vieille rue dite "Les 4
Chemins" qui conservait le
souvenir d'un accès à la ville antique (flèche rouge tirant vers le
haut, à droite), une entrée qui deviendra bien plus tard au Moyen-Age, la Porte
Saint-Esprit.
Ainsi pourrait être admise - au cas par cas - l'origine précoce de
ces voies dont les derniers édifices cultuels évoqués paraissent
avoir affecté le cours deux ou trois siècles plus tard.
Et ce n'est peut-être pas l'effet du hasard si toutes ces liaisons suggèrées dans le cadastre du début du XIXème , apparaissent en forte corrélation avec les itinéraires antiques que nous avons mis en évidence dès la périphérie d'Augustoritum. Une seule liaison manque au cadastre de 1812, c'est celle de la Maison-Dieu au village des Casseaux. En revanche ce lien s'est fortement établi (ou rétabli ?) dans les aménagements urbains de la fin du XIXème(sur quelles réminiscences éventuelles ?) . Nous y viendrons dans les pages suivantes. |
| Car prétendre fixer des sorties routières sur les limites de la ville antique suppose que l'on aura assez d'arguments et de souffle pour prolonger les itinéraires en relevant tout les 100 à 200 mètres , au pire tout les 500 mètres
et sur des dizaines de kilomètres ininterrompus, les vestiges laissés par les constructeurs antiques.
Qu'il s'agisse de détails matériels comme les
tranchées de passage et d'écrêtement du relief, les chantiers
de carriers, les dépôts récents des cultivateurs
épierrant leurs labours, les déviations de ruisseaux sous des
restes de ponceaux, les gués, les résurgences au bas des pentes
issues des fossés comblés. . . Ou qu'il s'agisse des
signes induits dans les cultures ou dans la végétation
naturelle et sur lesquels nous ne voulons pas revenir. Toute autre démarche relèverait au mieux, d'une fiction savante. |
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Il n'en reste pas moins qu'en
Limousin comme ailleurs on ne peut aborder le sujet des voies antiques ex nihilo.
Dans ce domaine deux siècles et demi de recherches, de trouvailles et d'intimes convictions nous interpellent. Les nombreux écrits qu'une compilation érudite pourrait nous proposer, ne sont pas d'une égale fiabilité mais parmi ceux qui font référence aux détails du terrain ou à l'équipement remarqué et contrôlé des voies, les plus circonstanciés réservent parfois des notations dignes d'intérêt et que l'on aurait tort de négliger. Toutes
les propositions et remarques qui ont pu être faites au cours de ce temps, forment ainsi un substrat qui permet de
commencer un travail d'inventaire.
Moyennant quoi et pour autant qu'on en puisse juger, Paul DUCOURTIEUX qui écrivait sur ce sujet en 1907 était très près des constats rapportés par le Sieur RAYET qui figurent ci-contre. |
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Entre temps on aura beaucoup divagué.
Car il demeure regrettable que l'on continue
encore et trop souvent à se référer en
écholalie - comme à
d'incontournables principes - à des notions sans fondement
véritable et
à des aspects mal établis, jamais
vérifiés ni jamais remis en cause. On en aura un
aperçu avec les issues vers le sud du Pont-St-Martial.
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| Cela dit, on peut s'appuyer très fort sur ces principes . . . si c'est la seule façon de les faire céder ! |
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Tout à fait opportunément vient de paraître en 2009, dans la revue à parution annuelle "Travaux d'Archéologie Limousine", une étude de Jean-Michel DESBORDES et Jean-Pierre LOUSTAUD intitulée : "Augustoritum / Limoges : à la recherche du gué fondateur de la ville antique et des carrefours suburbains".
Une
occasion rare pour les amateurs de chemins antiques de confronter des
résultats issus de deux argumentaires très
différents dans leur esprit. |
| De l'antiquité à nos jours, les routes petites ou
grandes sont le prolongement naturel des rues de la ville.
Cela dit il apparaît bien illusoire d'espérer voir sur le
territoire qui fut celui de la ville antique, plus que quelques rares alignements conservés ici et là sur l'emplacement ou le passage de tel ou tel équipement antique.
Heureusement, les rapports des érudits dans les deux
siècles écoulés mais surtout la surveillance
attentive des travaux urbains et les fouilles des archéologues (au premier rang desquels il faut placer Jean-Pierre LOUSTAUD)
ont fait faire dans les 50 dernières années , un
bond pharamineux à une connaissance qui place aujourd'hui
Augustoritum au rang de ville antique de France dont la
topographie est la mieux connue.
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Notre copie du canevas "Loustaud" des rues de l'antique Augustoritum est ici
reporté sur le tissu urbain de la ville moderne.Notre travail ne
prétend pas à l'exactitude absolue au
décimètre près. Celle-ci est du
ressort de son auteur.
Le document est cependant suffisant précis pour
reconnaître la rue cardinale principale (cardo maximus
) qui courait du Pont-St-Martial jusqu'à la Place d'Aine, longeant
à l'ouest le forum (rectangle central sur fond rouge). Au nord de celui-ci, la rue décumane
principale (decumanus maximus) allait de l'ancienne
Croix-Mandonnaud (la bifurcation antique de Peutinger : carrefours des rues
Ferdinand-Buisson, Clos-Adrien, de Nazareth et Pierre-Brossolette)
jusqu'à la rue des Allois dans l'enceinte du Puy-St-Etienne.
Dès la création de la ville antique, une
décennie avant notre ére chrétienne selon les
historiens et durant les siècles de Paix Romaine,
|
| les sorties sur ces axes majeurs correspondent (à une petite ambiguité près) à des prolongements routiers très précis. |
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On sait depuis des temps immémoriaux qu'un
théâtre antique existait près de l'entrée
nord du Pont-St-Martial. Il se formait ainsi et sur ce lieu
un espace monumental, digne des grands itinéraires qui sortaient de la ville
par le sud.
Dès avant l'an mil, de très vieilles chroniques signalaient en effet, l'existence d'un tel édifice. Au XVIIème siècle il subsistait encore des parties visibles mais les rares découvertes actuelles faites au hasard des travaux de voirie, ne permettent plus de retrouver son plan. Difficilement lisibles, les dernières mises au jour de substructions en bordure de l'Ecole Roger-Franck et au débouché de la petite rue Sainte-Félicité, en 1987, ne contredisent pas l'idée que nous nous faisons de cet édifice. Car nous
restituons ce Théâtre en fonction du bâti actuel.
Il
semble ainsi qu'il pouvait présenter une forme
semi-circulaire
légèrement outrepassée. Car comment expliquer
autrement la conservation encore très évidente, du long
alignement courbe des façades qui borde à l'est l'ancien
Faubourg (devenu rue) du Pont-St-Martial et l'amorce du chemin (l'Impasse des Teinturiers) qui
deviendra l'un des accès à la ville du Bas-Empire.
La cavea, (le demi cercle des gradins), pouvait être ouverte au sud - voire et au mieux, au sud-sud-est si l'on sollicite fortement l'ancien cadastre.
C'est à dire que pour un spectacle d'après midi, une moitié des spectateurs avait le soleil dans les yeux et voyait une partie de la scène éclairée en contrejour ou - au mieux ou au pire - à l'ombre de son mur de fond ! Toute tentative de pallier cet inconvénient en proposant une autre orientation pour l'édifice est vouée à l'échec : la topographie et la planimétrie actuelle ne font apparaître aucune solution satisfaisante. En tout état de cause, il s'agissait sans doute d'un véritable "monument" dont le diamètre pouvait approcher les 200 mètres : à égalité alors avec le théâtre antique d'Autun, réputé le plus grand des Gaules. Une dimension troublante tant elle est loin des 82 mètres (au minimum il est vrai) proposés jusque-là par les fouilleurs qui en retrouvent sporadiquement des substructions depuis une soixantaine d'années. Le Théâtre, le Pont d'Auguste,cela aurait pu avoir une autre allure que le simple gué d'Auguste. Mais au fait, au tout début de la création de la ville, ni le pont ni le théâtre n'étant encore construits, il pouvait bien y avoir un gué à ce niveau sur la rivière : c'était peut-être cela le gué d'Auguste. |
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La possibilité d'un très grand théâtre |

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Et pour ne pas perdre une occasion de rechercher de
vieilles réminiscences dans le tissu urbain moderne, voyons ce
que pouvait être le débouché du Pont vers la ville
depuis les dévasations du Bas-Empire et jusqu'à nos jours.
Après la ruine de la
ville coloniale, le chemin venant du Pont, contournait
le Théâtre (ou ce qu'il en restait) par le nord. L'Impasse des Teinturiers
figure la suite de ce contournement et notre photo verticale de 1990 nous restitue les
rues modernes que le vieux chemin d'accès à la ville
murée a fixées. Son raccord
avec la rue
des Soeurs-de-la-Rivière est encore
fossilisé par l'implantation d'un long bâtiment au
fond de la cour d'une ancienne caserne (point rouge sur toit d'ardoise).
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Puis c'est la remontée du haut de la rue des
Soeurs-de-la-Rivière qui s'évase ostensiblement à droite
pour rejoindre
la rue Orphéroux. Enfin, l'ancienne petite rue de la Planchette devenue la partie basse de la rue
des Petites-Maisons et son
petit pont, une "planche" sur le ruisseau d'Anjoumart, aménageaient cette fin du parcours
de l'antiquité tardive.
Ainsi se rétablissait la liaison vitale entre le Pont et la ville murée du Puy-St-Etienne ( la Cité de l'Evêque) par une entrée qui deviendra au Moyen-Age, la Porte Traboreu. Ce trajet est fléché en rouge. Pour
mémoire, l'actuel chemin de la Font-Pinot rappelle le
début d'un itinéraire qui pénétrait dans la
Cité par la Porte du Chêne (flèches vertes).
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L'emprise du théâtre antique explique encore la courbure du bas de la rue du Pont-St-Martial (ancien cardo maximus) qui s'en trouve désaxée par rapport au Pont. La Civitas lemovicum
n'eut longtemps qu'un seul pont et on voit encore ce que fut quelques
siècles plus tard, le trajet desservant une ville
médiévale nouvelle qui s'érigeait au nord-ouest du Puy-St-Etienne, autour d'une motte féodale portant la tour d'un seigneur : c'était la Ville du Vicomte, le Château et on y pénétrait, venant du pont, par la Porte Manigne (flèches jaunes).
Nous
nous retrouverons bientôt dans une autre page pour suivre à partir
du Pont-St-Martial et sur quelques dizaines de kilomètres, les
routes antiques majeures qui justifiaient la magnificence des
monuments de cette sortie sud d'Augustoritum.
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