ARCHEOLOGIE  AERIENNE  
EN  LIMOUSIN
Sites et médailles


                    La  Marche  des  Gaulois
Carte des Lémovices

      La Marche . . . il faut comprendre ce territoire qui s'étend  sur les marges nord de la région limousine et qui touche pour nous, gens de la Haute-Vienne, de l'ouest au nord, aux régions charentaise, poitevine et berrichonne. Et si nous voulons  bien remonter  2000 ans d'histoire et quelques siècles de plus pour faire bonne mesure, nous parlerons des confins septentrionaux de la cité des Lémovices (capitale Limoges: Augustoritum) confrontant  la cité des Santones (capitale Saintes : Mediolanum santonum),  celle des Pictons (capitale Poitiers: Lemonum) et un peu celle des Bituriges (capitale Bourges: Avaricum).
      Il faut bien sûr prendre le terme "cité" (civitas) au sens antique de "province" ou région, qu'il portera durant quelques siècles..


  PISTES GAULOISES,
               VOIES ROMAINES ET GALLO-ROMAINES.                



 Les "grandes circulations" des gaulois

  Pour revenir sur ces "grandes circulations" - dont nous avons eu un aperçu  en rive  de Briance dans la page précédente - et dont la largeur avoisine parfois les 20 mètres, tantôt rectilignes, parfois courbes mais toujours d'une parfaite régularité géométrique, nous sommes resté longtemps sur l'expectative. Nous sentions bien qu'elles devaient prolonger des pistes de circulation au long cours mais de quelle époque précisément ?
   Et pourquoi ne semblaient-elles se
matérialiser ainsi en véritables routes que le temps de traverser des zones d'habitats ?
Voies gauloises

    Elles sont encore référencées comme "voies romaines" par des archéologues très  sérieux et Roger AGACHE, notre maître à tous, m'avait un jour suggéré qu'il puisse s'agir de "cursus" : la version campagnarde de la piste pour courses de chars. Nous n'avons pas d'expérience à ce sujet mais en nous référant au peu que nous en connaissons, il semblerait que cela concerne une éventualité d'usage pour des éléments rectilignes et finis à leurs deux extrémités.
   Celles qui contournent la ferme gallo-romaine de la Chatrusse (déjà citée, ci-dessus) en particulier, sont courbes et  présentent des départs de voies plus petites  qui se dirigent vers des enclos . Ces détails attestent qu'il s'agissait bien de voies de circulation avec une vocation prioritairement  utilitaire.

    Nous avons recherché, tant sur de nombreuses photos aériennes  qu'au sol, des indices qui auraient pu confirmer l'existence ancienne d'une piste gauloise non balisée en amont et en aval de notre cliché. Nous n'avons rien trouvé dans la forêt d'où émanent les traces à gauche du cliché et à près d'un kilomètre  au-delà du bouquet d'arbres à droite, la trace aborde un ruisseau par un léger mais très net décaissement. Mais  plus rien ne transparaît  sur l'autre bord.

   Notez également que certains traits conservés du paysage agricole :  des haies courbes, en bas du cliché, à droite, s'inscrivent en parallèlisme parfait avec la plus tardive sans doute des deux "grandes circulations". A deux  mille ans de  là, une  telle persistence  du  canevas gaulois  est  étonnante, non ?

   Signalons à ce propos que nous retrouverons à proximité de  Limoges et considérablement plus étendue,  une aire de  conservation de limites parcellaires orientées autour de diverticules-échangeurs gallo-romains. Mais là, les grandes voies antiques qui encadrent le dispositif signent un canevas routier issu de la volonté romaine et l'inscrivent sans ambiguité dans la longue époque de l'antiquité classique.

Des monuments méconnus :
les voies de la conquête, voies du Haut-Empire

Voies romaines et gallo-romaines

    Sur ce vieux fonds ancestral, dans cette Gaule récemment conquise mais loin encore d'être acquise aux idées et volontés qu'on cherchait à  lui imposer, les besoins de déplacement du romain vainqueur et ses besoins de points d'ancrage pour  une  pacification  encore  nécessaire, une administration  par  définition rigoureuse et un fisc efficace, nécessitèrent un immense réseau de voies de communication construit  à grand renfort de fossés, de décaissements et de remblais et tracé par des géomètres pointilleux à qui une main-d'oeuvre servile n'était sans doute pas mesurée.           Et  ces grandes entreprises routières dont aucun gaulois  n'avait imaginé l'ampleur et qui furent d'abord l'oeuvre de militaires - "le Génie des Légions" -  se situent dans la période de paix relative et d'expansion qui succéda à la conquête et qui  dura à peine deux siècles : "le Haut-Empire".
    Ce sont elles qui occuperont plus loin, l'essentiel des pages de ce site : "limousin-archeo-aero.fr"

La Croix des Chanceaux
IN VINO VERITAS

  La double parcelle de premier plan était autrefois plantée en vigne : on se souvient d'un vin d'agapes, le Rosé de Verneuil.
Après quelques années de jachère, un nouveau cépage a été planté, au tout début des années 1990. C'est dans cet intervalle que nous avons pris cette photo, au sud de Verneuil-sur-Vienne.

                                  Introduction à la structure des voies du Haut-Empire

Voie romaine et Faille tectonique    
 A droite, deux larges traces parallèles matérialisent les bas-côtés cavaliers d'une voie romaine de haute époque.   Entre les deux banquettes, la chaussée, pillée de ses pierres et de ses soubassements cyclopéens depuis des siècles, a repris ce jour-là, l'apparence du sol environnant :

c'est la voie stratégique d'Agrippa,
en route vers Chassenon et Saintes.

 Comparez l'emprise antique à celle de la Départementale 47 toute proche, qui file à droite, derrière les arbres, vers le Pont-de-la-Gabie . . .
   Nous y reviendrons longuement:  la Voie d'Agrippa, c'était la grande route médiane de la Gaule aquitaine tracée et bâtie à l'appui de la conquête romaine, à la période augustéenne, dans les dernières années avant Jésus-Christ sous la vigilance d'Agrippa, neveu de l'empereur Octave Auguste.

   Si la photo de la Croix de Chanceaux ne permet pas de chiffrer   les dimensions de la voie, on peut rappeler
3 km à l'est, les traces imposantes que cette voie fameuse a miraculeusement laissées en place malgé l'usure des siècles :   bien que tronqués et mal interprétés, les restes de sa magnificence sont  encore bien visibles dans les bois des Vaseix (voir les images ci-dessous).

   Ainsi la chaussée antique s'établit à 11 à 12 mètres de largeur en moyenne en concordance avec les mesures relevées au sol sur le site du Bas-Félix, à la suite de notre photo de 1986 (voir pages suivantes) .  Les banquettes latérales par contre, affichent des largeurs très diverses - de 8 m  à 2 m - et parfois se réduisent à une seule trace du côté amont ou même se confondent avec un fossé unique dans les forts dévers (photos ci-dessous).

   Ces constats innovants ouvraient la voie à des idées nouvelles et permettaient  de reprendre avec un oeil neuf  le relevé  de COURAUD datant des années 1960.  Nous avons donc poursuivi nos vols suivis des nécessaires enquêtes au sol, recherchant des points de passage non équivoques et des détails inédits sur cette grande voie stratégique.

   Mais il nous a fallu  quelques années d'investigation, d'étude et de réflexion tranquilles assorties d'un déploiement certain d'imagination et de bon sens pour entrevoir le début d'une  solution au  tracé de ces grandes voies. 
   Alors nous pourrons reprendre plus loin - et de façon quasi définitive- l'itinéraire de Saintes dont la découverte est enfin arrivé à maturité depuis Sauviat-sur-Vige jusqu'à Limoges  et au-delà  jusqu'à  Chassenon et la rivière Charente. Et nous ferons de même, pour un grand axe vers le nord par St Gence, Rancon, Magnac-Laval ou Villefavard. Ou encore et bien que d'une façon moins ample, pour quelques autres axes de circulation antiques irradiant autour de Limoges. Une occasion d'améliorer ainsi l'indispensable expérience que seule la réalité du terrain peut apporter.
      Mais, ne soyons pas dupes ! "Tous les chemins mènent à Rome" dit-on, et les cartes antiques ne nous  signalent que l'essentiel de ces grands itinéraires qui soutendent notre histoire antique.

      Pour nous,  l'important n'est pas tant  la route que les rencontres que l'on y fait.

      Comme dans la bougie . . . l'important, c'est la lumière.

                               Quelques beaux restes . . .

Voies Vaseix
Emprises de voies

Revenons à la Croix des Chanceaux . . . 
  L'élément de bas-côté manquant nous est connu; il est ici  masqué par la purge d'humidité que provoque le fossé de la route moderne situé en contre-bas. 
   La trace transversale qui barre  le cliché de gauche à droite est un  incident géologique mineur connu des spécialistes : c'est  la  petite  faille  de  la  Merlie qui court depuis la Vienne  en direction d'Oradour-sur- Glane.
    Quand l'érosion "nivellatrice", à travers les temps géologiques, a  totalement "raboté" le rejet et que le sol a retrouvé une planéité, une telle  faille se signale à l'observateur aérien par la nature  du colmatage  qui retient mieux l'humidité que le sol environnant et favorise de ce fait  la poussée et la tenue de l'herbe.
    Il n'est pas inintéressant de remarquer que le compartiment qui fut un jour surélevé est de notre côté (bord franc de la ligne de faille) et le compartiment affaissé au-delà (bord estompé). Cette remarque est constamment à rappeler dans l'analyse des anomalies du sol quand on cherche à discerner ce qui appartient à la main de l'homme historique et ce qui provient du jeu des éléments naturels.

Des chantiers de concassage.

Blocs cyclopéens
   Il était sans doute prévu que l'emplacement ainsi aménagé de la villa liée aux hortus que nous avons évoquée à la page précédente, serait relié en droite ligne et à peu de distance, à un site qui est devenu  depuis lors celui d'une petite ville qui invoque avec quelque raison sans doute, des racines antiques.

   Les blocs cyclopéens destinés à la confection de la voie se présentent ici directement approvisionnés sur le tracé  prévu. La plupart est toujours en place; d'autres ont roulé à mi-pente . . . à moins qu'ils n'aient jamais pu être hissés jusqu'au chantier.      
   Comme on le voit ci-contre, ce n'était pas des pierres d'oeuvre classiques mais des blocs de plusieurs tonnes destinés à être concassés en fonction des besoins des maîtres d'ouvrage. Leur forme, leur volume et donc leur poids expliquent qu'après la phase d'abandon, la plus grande partie soit demeurée en place.  Ces mêmes caractéristiques excluent qu'ils aient pu être acheminés par charroi. Il faut donc imaginer un déplacement par trainage des blocs, enchaînés sur des fardiers rustiques.
 Notons au passage que les responsables des tracés proposés au public, de voies romaines de notre région,  n'ont jamais à ce jour rencontré ces chantiers de concassage ou les ont méconnus.
  Mais  parfois l'architecture des voies, a suscité quelques  commentaires de géologie comparée au milieu desquels nous ne retrouvons pas grand chose de nos constats.  Et dans un endroit au moins, près de Limoges, un petit gisement de  roches fractionnées a pu être qualifié de "déchets de taille" !
 

   Nous reviendrons par des photos  sur l'existence de ces chantiers .
  Au milieu du bâti même de la petite ville que nous venons d'évoquer, un fort indice de tranchée  bien orienté a disparu  il y a moins de 10 ans, sous des aménagements modernes :  faute d'avoir pris le temps de  l'étudier au sol, nous n'avons donc aucune de certitude  quant à sa nature et à une éventuelle origine antique.
    Mais dans sa continuité, en périphérie de l'agglomération, un chemin rural "recalibré" en rue nouvelle, a opportunément tranché, ravivé la coupe et remis en évidence une voie empierrée  qui pouvait avoir pour but de rejoindre, car  portée par le même axe, le chemin qui s'ébauchait sur l'autre versant, ponctué par ses blocs erratiques.

Des solins de calcaire battu.


   Autre touche innovante au chapitre des voies antiques : sur quatre sites  j'ai rencontré - au cours de mes prospections au sol -  des soles de calcaire battu d'une compacité incroyable, sous l'assise arasée de ces grandes voies.

   Qui l'eût cru ?  

 Ces constats sont venus en renfort à de nombreuses trouvailles de gros rognons de silex que j'avais faites au milieu de tas d'épierrement en lisière des cultures et qui me posaient un réel problème. La découverte des solins de craie 
Soles calcaire
en a résolu une partie : les rognons de silex étaient arrivés avec le calcaire.  

   Entre autres indications, la présence de matériaux hétéroclites et hétérogènes dans le bâti des fermes et des villages riverains des voies antiques - y compris l'origine des blocs cyclopéens évoqués plus haut - plaident pour des sources d'approvisionnement lointaines et variées. Le concours de géologues s'avèrerait  indispensable pour rechercher la provenance de ces approvisionnements.

    Parlant de l'origine des  matériaux de construction des voies romaines la littérature classique évoque souvent  de petites carrières de proximité dont on n'a d'ailleurs jamais formellement  retrouvé  les traces; on verra que si l'opinion n'est pas à rejeter, elle s'avère pour le moins insuffisante au vu de l'énormité des chaussées. 

Tranchées routières et autres signes

   On comprendra que finalement ce soient ces grandes routes romaines qui se sont de prime abord imposées à moi par les marques puissantes  qu'elles ont  gravé  dans  le  paysage  :
          -
les restes de tranchées routières monumentales destinées à négocier des ruptures de pente que les techniciens romains auraient jugé  intolérable de ne pas adoucir,  
Tranchée routière antique
  -  les anomalies de texture des sols qui  rompent  aujourd'hui  encore  la régularité  des cultures,
   -  les dépôts des carriers antiques,
 - les fouilles des récupérateurs venus un jour s'approvisionner pour bâtir des routes nouvelles ou de simples maisons.

 Et tant d'autres choses auxquelles on n'avait jamais pensé.  
   Des routes qu'il faut d'abord avoir vues du ciel si l'on veut  en reconnaître  les  traces  au  sol.  
   Car  autant  l'avion est le  seul moyen à la fois puissant et rapide à pouvoir nous offrir la perception  globale  des terroirs protohistoriques et  antiques, autant la démarche  de retour au sol pour l'analyse et la compréhension des phénomènes, est le  moyen essentiel voire unique  de  formation de l'archéologue-découvreur.  

    Depuis plus d'un demi-siècle les couvertures verticales de l'Institut Géographique National (renouvelées tout les cinq ans en moyenne) ont été un moyen supplémentaire d'appréhender en relief de vastes territoires et - à défaut de certitudes absolues - de bâtir des stratégies de recherche très efficaces.
   La couverture de 1959/60
utilisée par Raymond Couraud, a depuis lors suscité si peu de curiosité qu'elle attend  des jours meilleurs à Limoges, dans la quiétude des réserves de la Bibliothèque Francophone Multimédia.

    Nous en reparlerons car ces documents anciens exceptionnels viennent en appoint des couvertures publiées sur le net qui offrent - elles - une facilité d'emploi inégalée.


Les clés du paysage gallo-romain




 "Au moulin de l'Histoire, il y a encore du grain à moudre !"

   Nous venons de l'évoquer : aujourd'hui et sans bourse délier les documents photographiques proposés sur internet par Google Earth et Géoportail (IGN), peuvent  rendre de grands services dans le cadre d'une recherche archéologique déjà bien orientée par une bonne expérience de la photo-interprétation.
  Il faut cependant noter que les organismes responsables de ces deux sites géographiques, mettent leurs documents à jour périodiquement. Les conditions climatiques ne sont pas identiques à chaque renouvellement des clichés: des indices intéressants passent et disparaissent. Leur retour est aléatoire. De surcroît, les paysages lisibles se modifient et disparaissent sous la croissance arbustive des végétaux et l'extension des friches. Ils se restreignent sous l'effet du "mitage" de l'espace rural par l'urbanisation l'extension des aménagements collectifs ou la survenue d'aléas climatiques majeurs.
   La prudence voudrait que chaque prospecteur aérien observe  l'étendue de ses territoires sensibles le plus fréquemment possible et enregistre tout ce qui lui paraît historiquement signifiant.

 Laissez-moi vous conter une histoire, qui illustre bien l'intérêt de ces documents : un exemple parmi d'autres.
    
   
     Voici un petit enclos rectangulaire assez élaboré, découvert dans l'ouest immédiat de Limoges, au nord de la propriété de Chamberet,  par mon ami, artiste, aviateur et "Peintre de l'Air" Alain FRADET il y a une dizaine d'années. Il n'apparaît pas sur ce cliché  GOOGLE de 2006, mais je le restitue à sa place à quelques mètres près.


   Un jardin de curé ?
  L'archéologie institutionnelle questionnée, devant cet exploit non sollicité d'un amateur, esquiva adroitement  et décréta de prime abord qu'il s'agissait  des restes d'un aménagement paysager lié à  la propriété bâtie de Chamberet, toute proche  :
  
- "Taisez-vous, Le Nôtre !"


   Bien sûr, c'était la trace d'un petit sanctuaire. 


 Tout y est :  le "péribole" qui délimite l'espace sacré rectangulaire, fossé ou palissade, un jour la fouille le dira peut-être mais pour ma part je pencherais pour les tranchées profondes d'un mur pillé jusque à ses  bases.

Sanctuaire
  Puis, une entrée que l'on devine , prolongée par l'allée où va s'accomplir le rite ambulatoire: une lente, progressive et déférente approche, scandée de signes de soumission comme il se doit,  jusqu'au saint des saints, piédestal, autel ou tabernacle pour une statue, une icône ou de saintes espèces : les dévotions ont souvent recyclé les mêmes rituels.
   L'image du sanctuaire gallo-romain de Chamberet rappelle en plus fruste dans sa trace fantômatique, le plan du temple du vicus de Champlieu dans l'Oise  (voir ci-dessous) ou plus près de nous celui de Sanxay dans la Vienne. 
   A Chamberet ,  le voyageur pouvait invoquer la divinité, déposer une obole ou accomplir un petit sacrifice pour que son voyage soit bon.

Les chemins de la dévotion

   Car ce que je veux vous  montrer finalement, c'est le chemin ( petits points rouges sur la photo ci-dessus ) qui reliait cet édifice à la "Voie Haute de l'Ouest", une voie romaine tardive que j'ai découverte il y a quelques années et qui doubla au Bas-Empire,  la "via agrippa" sans pour autant la déclasser complétement semble-t-il puisque de nombreux échangeurs les réunissent dans la ville même d'Augustoritum et jusqu'au pays de Cassinomagus/Chassenon où se termine notre aire de modeste compétence.
Sanctuaire Chamberet
   Cependant et m'appuyant sur une certaine  expérience en matière d'us et coutumes des ingénieurs-voyers de cette époque, j'entrevoyais la forte probabilité d'un second chemin   prévu par le romain, formant avec la grande voie,  le troisième côté  d'un triangle  routier, aussi aplati que possible, de façon telle que le voyageur, arrivant d'un côté ou de l'autre par la  voie principale, perde le moins de temps possible pour joindre puis  quitter le lieu de ses dévotions. Respectueux mais pragmatique, le romain.


   C'est en consultant l'image 2007 de Google (ci-contre) que j'ai remarqué une seconde trace routière incontestable qui pouvait  être le trajet manquant. (L'astérisque rouge sert à rattacher le cartouche d'agrandissement au plan synoptique.) Les deux arbres isolés, l'un en lisière du bois, l'autre au milieu du champ, trahissent une voie construite : décaissement - même modeste - puis remplissage de pierraille et damage. Aucun sentier simplement créé par l'usage n'aurait donné cette trace pérenne.


   Notons pour mémoire, à peu de distance au-dessus de l'arbre isolé, un lambeau de trace double beaucoup plus large  et dont l'image  peut correspondre à ce que nous connaissons des pistes gauloises matérialisées à proximité d'un lieu de vie ou de culte (nous en avons parlé ci-dessus).

  
  Dès sa découverte en octobre 1997 - nous venons de le dire -    le plan de ce petit édifice fut saisi dans sa  solitude : on ne pouvait certes pas invoquer la présence à quelques centaines de mètres au nord, de la "Voie Haute de l'Ouest" dont le tracé était et est toujours inconnu, mais dont je vous donnerai la primeur dans quelques pages.
   Dans un article de rappel de la presse locale, le 14 janvier 2008, la même antienne fut reprise par les spécialistes mais cette fois, l'hypothèse d'un sanctuaire ne fut pas écartée.  On avait sans doute pris conscience que la grande Voie d'Agrippa passait 375 mètres exactement au sud. Et tout le monde connait la fréquence des sanctuaires tout au long des voies antiques.

  Quant à nous, il nous arrive de penser  que le plan du sanctuaire de Chamberet préfigurerait celui devenu classique d'une chapelle chrétienne, et cela nous conforterait  dans notre idée de création tardive de ce sanctuaire et sans doute contemporaine de la "Voie Haute de l'Ouest " que nous venons d'évoquer.

   Mais quid de cette création tardive d'un sanctuaire païen à une époque où  la religion chrétienne était devenue ou en passe de devenir, religion officielle de l'Empire ?

   Sur le dernier cliché une trace, une ombre semble relier le sanctuaire à l'esplanade de Chamberet qui fut sans doute, aux temps de la haute antiquité, une aire de rupture de charge et de repos des équipages (zone rouge sur le hiatus du tracé de la voie antique d'Agrippa).

Des voies qui mènent vers les hommes de ce temps . . .

   Les publications régionales concernant les grandes routes antiques nous donnent constamment l'impression que la voie romaine était   un grand chemin  qui  traversait autrefois des campagnes désertes. Pis encore, des forêts profondes au fond desquelles se terraient d'invisibles gaulois. L'image ci-contre prise entre Limoges et Bellegarde, illustre a contrario, un cas très fréquemment rencontré !  


   Car un jour, je m'étais  aperçu qu'une route très ancienne venant de la capitale provinciale Augustoritum, avait transité  par les pays de la moyenne Gartempe centrés sur Rancon (Roncomagus). Une route très tôt disparue mais pressentie depuis un siècle cependant par la découverte d'une borne milliaire au Mas-Blanc près de Limoges. Une voie que Paul DUCOURTIEUX par une belle intuition au début du XXè siècle, amena jusqu'à St-Gence et que Raymond COURAUD tenta de retrouver avant de s'égarer pour avoir mis trop d'ouest dans son nord à la Croix-des-Charriers près de St Gence.
 Une route qui fut monumentale aux lendemains de la conquête romaine.



  Et au rebours de ce que j'avais pu lire, voilà que ses  traces étaient encore jalonnées par des hameaux qui furent de  grands domaines,  des fermes gauloises qui   devinrent des vicus gallo-romains, un camp militaire. Et par des villages et des bourgs qui furent  les petites villes de ce temps-là. . .
Voie romaine et ferme gauloise
   La route ne recherchait certainement pas un passage  trop proche de sites densément peuplés sauf pour y honorer peut-être le siège d'un lieu de décision ( St Gence ) et de loin en loin, pour l'intérêt particulier d'un relais d'attelages -mutatio -  d'un gîte d'étape - mansione - ou d'un sanctuaire où on pourrait s'assurer de poursuivre son voyage sous d'heureux auspices.  
  On peut penser que les auberges ne préexistaient pas à la route mais vinrent au contraire s'installer pour profiter de l'opportunité d'une clientèle assurée.  Les  "Maisons-Rouges" se signalent souvent par une très ancienne origine et une particulière longévité attestées par les multiples diverticules soigneusement construits en éventail et encore bien visibles, qu'elles poussaient à la rencontre des grandes routes antiques.

   Moins marqués que des structures plus importantes, la ferme gauloise, la villa, voire le petit camp . . . sont souvent peu visibles si aucune route ne vient démasquer leurs traces et leur donner une crédibilité.

   Alors, avec la route aujourd'hui retrouvée par une enquête méticuleuse, le paysage s'anime, la vie soudain nous apparaît  ne serait-ce que par les bévues d'un technicien routier ( cela arrive, on le verra !) ou les frictions (plus fréquentes ) qui naquirent, se tempérèrent ou s'exaspérèrent entre celui qui voulait passer et celui qui voulait rester maître chez lui.
                                 
                                Retour sur  la voie d'Agrippa . . .


   Et comme on ne peut tout embrasser - même en avion - un autre axe fort de  mes recherches se fixa  presque naturellement.

   J'ai déjà évoqué, c'était en 1986, juste après un décollage de Bellegarde, comment j'eus  la chance d'observer au Bas-Félix près de Verneuil-sur-Vienne, la trace résiduelle d'une grande route romaine. Celle-ci fut tracée sinon construite dans les dernières années avant Jésus-Christ sous la surveillance d'Agrippa, gendre de l'empereur Auguste. Venant de Lyon (Lugdunum) par monts et par vaux et  après son étape d'Augustoritum, elle taillait son cap vers Saintes, ville phare de la grande province d'Aquitaine.
Structure de voies romaines

   C'est par ce chemin, après pas mal d'heures de vol entrecoupées de longues journées  de contrôle au sol, que j'atteignis le site gallo-romain de Chassenon (Cassinomagus). Mais, pour faire bonne mesure, je poursuivis alors la reconnaissance de la voie jusqu'à la rivière Charente. 
Chassenon
   Avant de revenir  me concentrer sur la structure  et le proche environnement  du vicus de Chassenon /Cassinomagus et d'entrevoir, à l'ouest du bourg actuel, les premières traces des voies cardinales d'une agglomération antique dont nous ne savons encore quasiment rien. Et de préciser, dans l'enceinte qui englobe les 3 monuments  qui font la renommée du site, quelques détails qui n'attendaient pour être détectés que l'avion et une conjoncture météorologique favorable.

     Ce site majeur de notre histoire gallo-romaine accaparera prioritairement mon attention durant plusieurs  années.
     Nous prendrons le temps de revenir à Chassenon.


Tout près du Dorat, au nord-ouest, entre les Quènes
et le Moulin de la Caille :
le tronçon isolé d'une imposante voie romaine.



                                                          Carte  IGN au 1/25 000ème   Série bleue   N°  1929  Est    BELLAC
                                                                                                                            N°  2029  Ouest   MAGNAC-LAVAL

 
   J'ai repéré ce site vers la fin des années 1980. J'avais pensé y reconnaître l'ébauche d'un de ces multiples projets de "grandes routes" qui, depuis Messieurs Trudaine et Tressaguet au XVIIIème siècle, avaient beaucoup agité les édiles de nos petites villes soucieux d'attirer à eux des routes nouvelles et le trafic rémunérateur qui irait avec.

   Mon idée ne tint pas longtemps. Une simple comparaison des largeurs d'emprise avec l'honnête route départementale du XIXème qui passe à proximité des vestiges, suffit à faire remonter la construction de l'ouvrage au temps des Légions romaines.

   Cette voie monumentale , possiblement plaquée sur un chemin gaulois préexistant, fut donc construite il y a 2000 ans, au nord-ouest d'un lieu de peuplement dont on ignore l'appellation d'origine mais qui viendra  un jour à la connaissance des historiens sous le nom de Scotoriac mais  à qui il faudra donner encore quelques siècles pour devenir  la grande petite ville du Dorat. 
 Seulement voilà : les traces de l'emprise antique avec sa chaussée, ses bas-côtés et ses fossés ne s'observent que sur 500 mètres. Vers le sud-ouest et le Dorat, une limite de propriété évoque une suite incertaine jusqu'aux Quènes puis plus rien.

  Et de l'autre côté, au delà de la Brame, un ruisseau qui draine à la fois les eaux du  Chiron  et  de  l'Age-Berneuil, risque depuis toujours d'ennoyer la sortie de gué et ne  permet  guère d'envisager une route (romaine) en direction de Lathus et de Montmorillon : voir ci-dessous le cliché panoramique, la Caille vue de la rive droite.

   Nous retrouverons cependant et à quelques centaines de mètres de là seulement, quittant le Chiron précisément et venant on ne sait d'où, la trace très nette d'une route ou d'un grand chemin qui montait vers Lathus et qui a pu sans doute et de très grande ancienneté, jouer le rôle de trait d'union entre le Limousin et le Poitou. Son tracé fluctuant et parfois haché ne correspond guère à ce que nous savons des voies romaines.
   De nos jours, la photo aérienne montre selon les endroits,de rares traces de  fossés  parfois dédoublées par des reprises d'assiette et des déports latéraux. L'actuelle route du Dorat à Montmorillon  dans sa belle rectitude, recoupe de nombreuses fois ses méandres. Cette  route moderne (la D 4 bis), ne figure pas sur les cartes de Cassini (1750 environ) mais elle existait en 1828 ainsi qu'en témoigne l'ancien cadastre qui fut levé cette année-là.

   Les terres qui entourent ces itinéraires apparaissent souvent "griffées" de traces très longues, parfois convergentes, qui sont autant d'anciens fossés dont la destination nous échappe toujours. Ces lignes se dédoublent parfois sur de courtes distances et évoquent dès lors de petits chemins (voir sur l'internet la pièce de terre à 750 mètres dans le 315 de Belleterie).
  Ailleurs, un réseau radial convergeant sur ce que l'on pouvait interpréter comme une très ancienne mare, existait dans l'est immédiat d'Oradour-St-Genest : tout a disparu sous les labours (voir notre cliché aérien ci-dessous), mais cela réapparaîtra un jour. Des enclos rectangulaires ou trapézoïdaux, souvent incomplets, se rencontrent ici et là : probablement des zones protégées d'habitat (gare de Thiat) . . . voir quelques  images plus loin.
  Le recensement de ces indices de peuplement est une affaire de surveillance attentive des documents aériens de l'internet; ce qui n'exclut pas l'apport des reconnaissances aéroportées avec les moyens locaux.


  Sur l'extrait ci-dessus du vieux cadastre du Dorat nous remarquons qu'antérieurement à 1828, un chemin de desserte  du Moulin de la Caille s'était établi sur le bas-côté et le fossé ouest de la voie antique. Moyennant quoi et depuis des temps immémoriaux, l'emprise routière  antique s'était  figée dans le paysage sous la forme de ces parcelles allongées, accotées au chemin. Ce qui leur aurait permis de parvenir jusqu'à nous, à l'abri de la convoitise d'autres propriétaires riverains.
  Partout ailleurs, ayant perdu toute  utilité particulière, la vieille voie a sans doute servi de carrière. Ainsi piochée au plus profond de ses fondements puis plus ou moins comblée, elle a pu finalement être récupérée en espace agricole et annexée par des champs voisins.





Une voie . . .
et un camp !


 Mais   cette  découverte   routière d'une voie  monumentale n'était pas isolée.
  Voici qu'un diverticule très marqué s'échappe à mi-parcours du monument fossile (tirets jaunes).
  Son tracé aboutit à peu de distance au sud, à la ferme de l'Age, près de la route de Bussière (D 942). Là, un épais tracé en angle droit peut évoquer les restes d'une vallation, ligne défensive entourant traditionnellement les camps romains et constituée  d'un ou plusieurs  fossés profonds précédant une forte levée de terre.
  Nous avons alors pris conscience - en compilant la carte IGN au 1/25000ème, les clichés aériens et   le vieux cadastre de 1828 - que le ruisseau de l'Age avait été dérivé dans le passé avec la volonté encore évidente de laisser la place à un  tel retranchement voire d'en renforcer l'efficacité.
  Cette dernière remarque appuie considérablement la crédibilité de l'hypothèse et instaure même  une quasi-certitude quant à la présence d'un camp, même si sa forme et sa surface  restent à déterminer.

  La possibilité d'un second itinéraire desservant le camp en direction du Dorat (vers la droite) est assez bien évoquée par des lisières de parcelles : c'est un aménagement souvent rencontré dans la desserte routière des lieux de vie ou de culte antiques, riverains d'une voie.
  Ainsi s'illustre l'absolue nécessité de ne pas se contenter de l'anecdote historique que constitue une remarque  isolée et l'opportunité   de   mener   une   investigation aussi minutieuse que possible autour de chaque site découvert.

   Le toponyme l'Age ne remonte cependant pas à l'époque romaine : par le bas-latin agia il nous serait venu, après les invasions, du germanique haga : la haie. Longtemps après sa désuétude et son abandon, des haies auraient pu envahir les fossés des romains et former ainsi une nouvelle clôture autour de l'ancien camp.




                                   

                                            Empreintes gauloises

   Sur deux images du panneau ci-dessus, on repérera deux mares qui selon nous, sont trop fréquentes sur les sites d'habitat gaulois pour être seulement le fruit d'un hasard postérieur au site.

 Autour de l'une d'elles nous avons reporté de longs fossés qui apparaissaient comme des striures (1990) dont la destination et l'usage nous laissent perplexes.

  La remarque prend tout son sens sur le cliché ci-contre relevé à l'est immédiat d'Oradour-St-Genest en 1990 également.

  Ci-dessous voici deux enclos quadrilatéraux traditionnels de la civilisation gauloise relevés dans la proximité du très ancien chemin venant du Chiron .
  L'un des enclos peut être rapproché de ce que nous avons dit (ou ce que nous dirons plus loin) des sanctuaires gaulois, souvent carrés aux angles arrondis, en carte à jouer.
  L'autre, trapézoïdal curviligne, rappelant une structure semblable que nous avons décrite à la page  "gaulois et gallo-romains", même site et précisément située non loin du Grand-Etang d'Azat-le-Ris donc à peu de distance également mais à l'est, de notre vieux chemin.



Les mots et les choses : la toponymie

     La toponymie  est la science des noms de lieux.


   Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce "baptème" du paysage fut un phénomème de tous les temps et qui se perpétue encore de nos jours, nous le verrons.
    Mais pour nous, amateurs d'Histoire, nous espérons des sources aussi anciennes que possible. Et dont la création dans le temps serait ainsi liée à l'origine des vestiges que nous observons, espérant ainsi en saisir mieux le sens.
   Heureusement, de savants linguistes à l'oeuvre depuis plus d'un siècle ont réussi à saisir en quoi le nom  actuel d'une tranche de paysage, naturel ou bâti,  peut souvent rappeler le nom  qui  s'est formé  spontanément en des temps plus ou moins reculés, parmi les  habitants des lieux que nous étudions. Des habitants  qui, pour s'approprier et maîtriser leur espace de vie, auraient adopté   dans la  langue de leur époque , des vocables décrivant . . .

           - des caractéristiques physiques et géographiques que l'endroit pouvait présenter,  

           - des caractères particuliers de l'habitat et / ou de l'activité humaine que ces mêmes occupants y développèrent.


       On sait tout ce que notre langue d'aujourd'hui : le français, mais aussi notre langue d'hier : l'occitan, doivent au latin du conquérant romain.
   Mais pour aboutir à ces deux langages - à l'aube du second millénaire -  il y eut et durant durant 10 siècles, la lente formation et la montée en puissance  de la langue romane qui se développa à partir du bas-latin populaire et du gaulois. Le gaulois, une langue non écrite mais longtemps restée vivace dans les campagnes profondes. Par divers recoupements  on est arrivé à en reconstituer quelques 2000 mots.

    Un millénaire, en toponymie c'était hier !


    Car si l'on tente de remonter au-delà des  gaulois et des temps de l'Age du Fer , on se trouve    face à  des civilisations très lointaines, pas forcément ni totalement inconnues,  mais avec lesquelles plus aucun pont langagier n'a subsisté.

  Il a fallu attendre la fin du XIXème siècle et le début du XXème pour que des enquêtes de grande envergure, animées par  d'éminents spécialistes internationaux, confrontant leurs études toujours en cours, permettent de faire émerger entre  divers  langages et dialectes, au sein de peuples distants et de culture radicalement différente du vaste  continent européen, un certain nombre de termes semblables qui  trahissent qu'en des temps très reculés, il exista un vieux fonds linguistique commun :

                                     ce sont là les racines pré-indo-européennes de notre toponymie.

   Ainsi sont devenus plus explicites quelques termes dont nous usons toujours  comme d'un très vieil héritage dont nous avons perdu le souvenir. Un héritage qui est souvent parvenu jusqu'à nous par le latin qui en avait déjà fait son butin.


   Le latin rappelons-le qui fut et demeure la principale ressource de notre toponymie et de nos jours encore nourrit la formation de nombreux  néologismes dont nos langages techniques ont toujours  besoin.

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  En terme d'ancienneté, il en est ainsi du terme KAL,ou CAL qui nous est venu à travers le latin qui en avait fait calculus : compter (avec des cailloux). On comprend mieux dès lors pourquoi les terres qui portaient notre morceau de voie romaine ont pu un jour être appelées La Caille ( le déterminant LA a dû être ajouté tardivement, l'article défini est apparu au Xème siècle seulement avec le vieux françois et la langue d'au).

   Dans notre langue d'au précisément le son C a souvent été transformé en CH et les vieux de mon village parlaient de terrains "chailloux", caillouteux. Ou de terrains "peyroux", du latin petra dont l'occitan a fait "peyre". D'où le nom du village de La Dapeire (petra lata: la pierre large et plate, transformé et inversé en lada peyre)

   Sur cette même base, le latin avait aussi inventé calmis : la hauteur dénudée et caillouteuse (Las Caux ou Las Chaux), dont nous montrerons plus loin la pertinence, sur le cours des voies romaines.
   Ce serait par le gaulois et le latin que le radical KAR ou CAR serait venu également jusqu'à nous avec le même sens de pierre . Que dire de carrière, une excavation d'où l'on tire de la pierre. Qu'il ne faudrait pas confondre avec charrière qui en nord-occitan de mon village signifiait "entrée charretière d'un champ" : plus proche sans doute de la racine latine carrus, le chariot.
   Mais  nous connaissons une dizaine de cas où le paysan d'autrefois avait recyclé pour cet usage un morceau de voie romaine qui passait par là : troublant non ?  
Nous en reparlerons également.

  De CAR nous avons tiré caire qui a fini par désigner les angles droits d'une pierre à construire mais aussi des lieux-dits. Que dire du Moulin du Queyroux sur la Gartempe ?

  Notre dialecte nord-occitan en a fait non loin d'ici, le Cheyroux, le Cheyraud. Et sur notre vieille route de Montmorillon, après la Dapeire, le Chiron, les Chirons, le Ché . . .

  Tout ça pour des cailloux, des gros cailloux, des énormes cailloux : le granit de la Brame qui affleure parfois dans les champs ici et là, sur la commune  d'Oradour-St-Genest.

   Oradour-St-Genêt, "Le Radou" ! 

    Le pays d'une de mes arrières-grands-mères, "la vieille radounaude", qui fut disait-on dans la famille, aussi rude et austère  que les rochers de son village.




 Toponymie de broussaille

   Loin au nord du Dorat la route actuelle de Montmorillon recoupe le très ancien chemin qui expose ici une belle largeur entre fossés. Ceci renforce le sentiment que le romain a pu un jour y mettre la main.
   C'est le lieu-dit "Les Genêts" par référence au genêt à balai qui s'installe volontiers sur les sols siliceux , rocheux et les revêtements  caillouteux (chaussées des voies antiques) pourvu qu'il ait de l'air et de la lumière. Mais sitôt que s'instaure l'ombre d'un couvert forestier, l'arbuste disparaît en attendant des jours meilleurs (voir plus haut et également plus loin, notre photo dans les Bois des Vaseix).
 

     Et puis un chêne rencontré au bord de cette même route et qui plonge probablement ses racines dans les pierres de la vieille voie. Mais il est là aussi et surtout  parce qu'il est beau et que j'avais une petite place pour lui.




Encore quelques clins d'oeil autour du Dorat



   
   A gauche : le Dorat, accès sud, une route très ancienne, (peut-être antique, en rouge) et la route de l'ancien régime (en jaune) qui semble déjà figurer sur la carte de Cassini (1750/1760).

   A droite : la Ville-du-Bost, ferme gauloise puis probablement villa gallo-romaine (tuiles à rebord dans le ruisseau voisin).
La trace fossile de la route de l'ancien régime venant de Bellac et montant vers le Dorat, alimente une mare sur un accès ancien à la ferme.