
| La Marche des Gaulois |
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La
Marche . . . il faut comprendre ce territoire qui s'étend
sur les
marges nord de la région limousine et qui touche pour nous, gens
de la Haute-Vienne, de l'ouest au
nord, aux régions charentaise, poitevine et berrichonne. Et si
nous voulons bien remonter 2000 ans d'histoire et quelques siècles de plus pour faire bonne mesure, nous
parlerons des confins septentrionaux de la cité des Lémovices (capitale Limoges: Augustoritum) confrontant la cité des Santones (capitale Saintes : Mediolanum santonum), celle des Pictons (capitale Poitiers: Lemonum) et un peu celle des Bituriges (capitale Bourges: Avaricum).
Il faut bien sûr prendre le terme "cité" (civitas) au sens antique de "province" ou région, qu'il portera durant quelques siècles..
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Pour revenir sur ces "grandes circulations" - dont nous avons eu un aperçu en rive de Briance dans la page précédente - et dont
la largeur avoisine parfois les 20 mètres, tantôt rectilignes,
parfois
courbes mais toujours d'une parfaite régularité
géométrique, nous sommes resté longtemps sur l'expectative. Nous sentions bien qu'elles
devaient prolonger des pistes de circulation au long cours mais de quelle époque précisément ?
Et pourquoi ne semblaient-elles se matérialiser ainsi en véritables routes que le temps de traverser des zones d'habitats ? |

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Elles sont encore
référencées comme "voies romaines" par des archéologues très sérieux et Roger AGACHE, notre maître à tous, m'avait un jour suggéré qu'il puisse s'agir de "cursus"
: la version campagnarde de la piste pour courses de chars. Nous
n'avons pas d'expérience à ce sujet mais en nous
référant au peu que nous en connaissons, il semblerait
que cela concerne une éventualité d'usage pour des
éléments rectilignes et finis à leurs deux
extrémités.
Celles qui contournent la ferme gallo-romaine de la Chatrusse (déjà citée, ci-dessus) en particulier, sont courbes et présentent des départs de voies plus petites qui se dirigent vers des enclos . Ces détails attestent qu'il s'agissait bien de voies de circulation avec une vocation prioritairement utilitaire.
Nous avons recherché, tant sur de nombreuses photos
aériennes qu'au sol, des indices qui auraient pu
confirmer l'existence ancienne d'une piste gauloise non balisée en amont et en aval
de notre cliché. Nous n'avons rien trouvé dans la
forêt d'où
émanent les traces à gauche du cliché et à près d'un
kilomètre
au-delà du bouquet d'arbres à droite, la trace aborde un
ruisseau par un léger mais très net décaissement.
Mais plus rien ne transparaît sur l'autre bord.
Notez également que certains traits conservés du
paysage agricole : des haies courbes, en bas du
cliché, à droite, s'inscrivent en
parallèlisme parfait avec la plus tardive sans doute des deux
"grandes circulations". A deux mille ans de là, une
telle persistence du canevas gaulois est
étonnante, non ?
Signalons à ce propos que nous retrouverons à proximité de Limoges et considérablement plus étendue, une aire de conservation
de limites parcellaires orientées autour de
diverticules-échangeurs gallo-romains. Mais là, les grandes voies antiques
qui encadrent le dispositif signent un canevas routier issu de la
volonté romaine et l'inscrivent sans ambiguité dans la
longue époque de l'antiquité classique.
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Sur ce vieux fonds ancestral, dans
cette Gaule récemment conquise mais loin encore d'être
acquise aux idées et volontés qu'on cherchait
à lui imposer, les besoins de déplacement du romain vainqueur et ses besoins
de points d'ancrage pour une pacification encore nécessaire, une
administration par définition rigoureuse et un fisc efficace, nécessitèrent un immense
réseau de voies de communication construit à
grand renfort de
fossés, de décaissements et de remblais et tracé par des
géomètres pointilleux à qui une main-d'oeuvre servile n'était sans doute pas mesurée. Et ces
grandes entreprises routières dont aucun
gaulois n'avait imaginé l'ampleur et qui furent d'abord
l'oeuvre de militaires - "le Génie des Légions" - se situent dans la
période de
paix relative et d'expansion qui succéda à la
conquête et qui dura à peine deux siècles
: "le Haut-Empire".
Ce sont elles qui occuperont plus loin, l'essentiel des pages de ce site : "limousin-archeo-aero.fr" |
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La double parcelle de premier plan était autrefois
plantée en vigne : on se souvient d'un vin d'agapes, le
Rosé de Verneuil.
Après quelques années de jachère, un nouveau cépage a été planté, au tout début des années 1990. C'est dans cet intervalle que nous avons pris cette photo, au sud de Verneuil-sur-Vienne. |
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A droite, deux
larges traces parallèles matérialisent les
bas-côtés cavaliers d'une voie romaine de haute
époque. Entre les deux banquettes, la
chaussée, pillée de ses pierres et de ses soubassements cyclopéens
depuis des siècles, a repris ce jour-là, l'apparence du
sol
environnant :
c'est la voie stratégique d'Agrippa, en route vers Chassenon et Saintes. Comparez l'emprise antique à celle de la Départementale 47 toute proche, qui file à droite, derrière les arbres, vers le Pont-de-la-Gabie . . . |
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Nous y reviendrons longuement: la Voie d'Agrippa, c'était la grande
route médiane de la Gaule aquitaine tracée et bâtie à l'appui de la conquête romaine, à la période augustéenne, dans
les dernières années avant Jésus-Christ sous la vigilance d'Agrippa, neveu de l'empereur Octave Auguste.
Si la photo de la Croix de Chanceaux ne permet pas de chiffrer les dimensions de la voie, on peut rappeler 3 km à l'est, les traces imposantes que cette voie fameuse a miraculeusement laissées en place malgé l'usure des siècles : bien que tronqués et mal interprétés, les restes de sa magnificence sont encore bien visibles dans les bois des Vaseix (voir les images ci-dessous).
Ainsi la chaussée antique s'établit à 11
à 12 mètres de largeur en moyenne en concordance avec les
mesures relevées au sol sur le site
du Bas-Félix, à la suite de notre photo de 1986 (voir pages suivantes) .
Les banquettes latérales par contre, affichent des largeurs
très diverses - de 8 m à 2 m - et
parfois se réduisent à une seule trace du côté amont ou même se confondent avec un fossé unique dans les
forts dévers (photos ci-dessous).
Ces constats innovants ouvraient la voie à des idées nouvelles et permettaient de reprendre avec un oeil neuf le relevé de COURAUD datant des années 1960. Nous avons donc poursuivi nos vols suivis des nécessaires enquêtes au sol, recherchant des points de passage non équivoques et des détails inédits sur cette grande voie stratégique. Mais il nous a fallu quelques années
d'investigation, d'étude et de réflexion tranquilles assorties d'un déploiement certain d'imagination et de bon sens
pour entrevoir le début d'une solution au tracé de ces grandes voies.
Alors nous pourrons reprendre plus loin - et de façon
quasi définitive-
l'itinéraire de Saintes dont la découverte est enfin
arrivé à maturité
depuis Sauviat-sur-Vige jusqu'à Limoges et au-delà
jusqu'à Chassenon et la rivière Charente. Et
nous
ferons de même, pour un grand axe vers le nord par St Gence,
Rancon, Magnac-Laval ou Villefavard. Ou encore et bien que d'une
façon moins ample, pour quelques autres axes de circulation
antiques irradiant autour de Limoges. Une occasion d'améliorer ainsi l'indispensable expérience que
seule la réalité du terrain peut apporter.
Mais, ne soyons pas dupes ! "Tous les chemins mènent à Rome" dit-on, et les cartes antiques ne nous signalent que l'essentiel de ces grands itinéraires qui soutendent notre histoire antique. Pour nous, l'important n'est pas tant la route que les rencontres que l'on y fait. Comme dans la bougie . . . l'important, c'est la lumière. |
![]() ![]() Revenons à la Croix des Chanceaux . . . L'élément de
bas-côté manquant
nous est connu; il est ici masqué par la purge
d'humidité que provoque le fossé de la route moderne
situé en contre-bas.
La trace transversale qui barre le cliché de gauche à droite est un incident géologique mineur connu des spécialistes : c'est la petite faille de la Merlie qui court depuis la Vienne en direction d'Oradour-sur- Glane. Quand l'érosion "nivellatrice", à travers les temps géologiques, a totalement "raboté" le rejet et que le sol a retrouvé une planéité, une telle faille se signale à l'observateur aérien par la nature du colmatage qui retient mieux l'humidité que le sol environnant et favorise de ce fait la poussée et la tenue de l'herbe. Il n'est pas inintéressant de remarquer que le compartiment qui fut un jour surélevé est de notre côté (bord franc de la ligne de faille) et le compartiment affaissé au-delà (bord estompé). Cette remarque est constamment à rappeler dans l'analyse des anomalies du sol quand on cherche à discerner ce qui appartient à la main de l'homme historique et ce qui provient du jeu des éléments naturels. |
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Il était sans doute prévu que l'emplacement
ainsi aménagé de la villa liée aux hortus que nous avons évoquée à la page précédente, serait relié
en droite ligne et à peu de distance, à un site qui est devenu depuis lors celui d'une
petite ville qui invoque avec quelque raison sans doute, des racines antiques.
Les blocs cyclopéens
destinés à la confection de la voie se présentent ici directement approvisionnés sur le tracé prévu. La plupart est toujours en place;
d'autres ont
roulé à mi-pente . . . à moins qu'ils n'aient
jamais pu être hissés jusqu'au chantier.
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Comme on le voit
ci-contre, ce n'était pas des pierres d'oeuvre classiques mais des blocs
de plusieurs tonnes
destinés à être concassés en fonction des
besoins des maîtres d'ouvrage. Leur forme, leur volume et donc
leur poids expliquent qu'après la phase d'abandon, la plus
grande partie soit demeurée en place. Ces mêmes
caractéristiques excluent qu'ils aient pu être
acheminés par charroi. Il faut donc imaginer un déplacement par trainage des blocs, enchaînés sur des fardiers rustiques.
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Notons au passage que
les responsables des tracés proposés au public, de voies romaines de notre région, n'ont jamais à ce jour rencontré ces
chantiers de concassage ou les ont méconnus.
Nous
reviendrons par des photos sur l'existence de ces chantiers .Mais parfois l'architecture des voies, a suscité quelques commentaires de géologie comparée au milieu desquels nous ne retrouvons pas grand chose de nos constats. Et dans un endroit au moins, près de Limoges, un petit gisement de roches fractionnées a pu être qualifié de "déchets de taille" ! |
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Au milieu du bâti même de la petite ville que nous venons
d'évoquer, un fort indice de tranchée bien orienté a disparu
il y a moins de 10 ans, sous des aménagements modernes :
faute d'avoir pris le temps de l'étudier au sol, nous
n'avons donc aucune de
certitude quant à sa nature et à une éventuelle origine antique.
Mais dans sa continuité, en périphérie de l'agglomération, un chemin
rural "recalibré" en rue nouvelle, a opportunément
tranché, ravivé la coupe et
remis en évidence une voie
empierrée qui pouvait avoir pour but de rejoindre, car
portée par le même axe, le chemin qui s'ébauchait
sur l'autre versant, ponctué par ses blocs erratiques.
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Autre touche innovante au
chapitre des voies antiques : sur quatre sites j'ai rencontré - au cours de mes prospections au sol - des soles de calcaire battu d'une compacité incroyable, sous l'assise arasée de ces grandes voies.
Qui l'eût cru ? Ces constats sont venus en renfort à de nombreuses
trouvailles de gros rognons de silex
que j'avais faites au milieu de tas d'épierrement en
lisière des cultures et qui me posaient un réel
problème. La découverte des solins de craie
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| en a
résolu une partie : les rognons de silex étaient arrivés avec le calcaire.
Entre
autres indications, la présence de matériaux
hétéroclites et hétérogènes dans le
bâti des fermes et des villages riverains des voies antiques - y
compris l'origine des blocs cyclopéens évoqués plus haut - plaident pour des sources
d'approvisionnement lointaines et variées. Le
concours de géologues s'avèrerait indispensable pour
rechercher la provenance de ces approvisionnements.
Parlant de l'origine des matériaux de construction des voies romaines,
la littérature classique évoque souvent de petites carrières de proximité dont on n'a d'ailleurs
jamais formellement retrouvé les traces; on verra que si l'opinion n'est pas à rejeter, elle s'avère pour le moins
insuffisante au vu de l'énormité des chaussées.
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On comprendra que finalement ce soient ces grandes routes romaines qui se sont de prime abord imposées à moi par les marques puissantes qu'elles ont gravé dans le paysage :
- les restes de tranchées routières monumentales destinées à négocier des ruptures de pente que les techniciens romains auraient jugé intolérable de ne pas adoucir, |
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- les anomalies de texture des sols qui rompent aujourd'hui encore la régularité des cultures,
Des routes qu'il faut d'abord avoir vues du ciel si l'on
veut en reconnaître les traces au
sol. - les dépôts des carriers antiques, - les fouilles des récupérateurs venus un jour s'approvisionner pour bâtir des routes nouvelles ou de simples maisons. Et tant d'autres choses auxquelles on n'avait jamais pensé. |
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Car autant l'avion est
le seul moyen à la fois puissant et rapide à
pouvoir nous offrir la perception globale des
terroirs protohistoriques et antiques, autant la démarche de retour au sol
pour l'analyse et la compréhension des phénomènes, est le moyen
essentiel voire unique de formation de
l'archéologue-découvreur.
Depuis plus d'un demi-siècle les couvertures verticales de l'Institut Géographique National (renouvelées tout les cinq ans en moyenne) ont été un moyen supplémentaire d'appréhender en relief de vastes territoires et - à défaut de certitudes absolues - de bâtir des stratégies de recherche très efficaces. La couverture de 1959/60 utilisée par Raymond Couraud, a depuis lors suscité si peu de curiosité qu'elle attend des jours meilleurs à Limoges, dans la quiétude des réserves de la Bibliothèque Francophone Multimédia. Nous en reparlerons car ces documents anciens exceptionnels viennent en appoint des couvertures publiées sur le net qui offrent - elles - une facilité d'emploi inégalée. |
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Nous venons de l'évoquer : aujourd'hui
et sans bourse délier les documents
photographiques proposés sur internet par Google Earth et
Géoportail (IGN), peuvent rendre de grands services
dans le cadre
d'une recherche archéologique déjà bien
orientée par une bonne expérience de la photo-interprétation.
Il faut cependant noter que les organismes responsables de ces deux sites géographiques, mettent leurs documents à jour périodiquement. Les conditions climatiques ne sont pas identiques à chaque renouvellement des clichés: des indices intéressants passent et disparaissent. Leur retour est aléatoire. De surcroît, les paysages lisibles se modifient et disparaissent sous la croissance arbustive des végétaux et l'extension des friches. Ils se restreignent sous l'effet du "mitage" de l'espace rural par l'urbanisation, l'extension des aménagements collectifs ou la survenue d'aléas climatiques majeurs. La prudence voudrait que chaque
prospecteur aérien observe l'étendue
de ses territoires sensibles le plus fréquemment possible et
enregistre tout ce qui lui paraît historiquement signifiant.
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Laissez-moi vous conter une histoire, qui illustre bien l'intérêt de ces documents : un exemple parmi d'autres.
Voici un petit
enclos
rectangulaire assez élaboré, découvert dans l'ouest
immédiat de Limoges, au nord de la propriété de Chamberet, par mon ami, artiste, aviateur et "Peintre de l'Air" Alain FRADET il y a une dizaine d'années.
Il n'apparaît pas sur ce cliché GOOGLE de 2006, mais je le
restitue
à sa place à quelques mètres près.
Un jardin de curé ? L'archéologie institutionnelle questionnée, devant cet exploit non sollicité d'un amateur, esquiva adroitement et décréta de prime abord qu'il s'agissait des restes d'un aménagement paysager lié à la propriété bâtie de Chamberet, toute proche : - "Taisez-vous, Le Nôtre !" Bien sûr, c'était la trace d'un petit sanctuaire. Tout y est : le "péribole" qui délimite l'espace sacré rectangulaire, fossé ou palissade, un jour la fouille le dira peut-être mais pour ma part je pencherais pour les tranchées profondes d'un mur pillé jusque à ses bases. |
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Puis, une
entrée que l'on devine , prolongée par l'allée où va s'accomplir le rite ambulatoire: une lente, progressive et déférente approche, scandée de signes de soumission comme il se doit, jusqu'au saint des saints,
piédestal, autel ou tabernacle pour une statue, une icône
ou de saintes espèces : les dévotions ont souvent recyclé les mêmes rituels.
L'image du sanctuaire gallo-romain de Chamberet rappelle en plus fruste dans sa trace fantômatique, le plan du temple du vicus de Champlieu dans l'Oise (voir ci-dessous) ou plus près de nous celui de Sanxay dans la Vienne.
A
Chamberet , le voyageur pouvait invoquer la
divinité, déposer une obole ou accomplir un petit
sacrifice
pour que son
voyage soit bon.
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Car ce que je veux
vous montrer finalement, c'est le chemin ( petits points rouges sur la photo ci-dessus ) qui reliait cet
édifice à la
"Voie Haute de l'Ouest", une voie romaine tardive que j'ai
découverte il y a quelques années et qui doubla
au Bas-Empire,
la
"via agrippa" sans pour autant la déclasser
complétement
semble-t-il puisque de nombreux échangeurs les réunissent
dans la ville même d'Augustoritum et jusqu'au pays de
Cassinomagus/Chassenon où se termine notre aire de modeste compétence.
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Cependant
et m'appuyant sur une certaine expérience en
matière d'us et coutumes des ingénieurs-voyers de cette
époque, j'entrevoyais la forte probabilité d'un
second chemin prévu par le
romain,
formant avec la grande voie, le troisième
côté d'un triangle
routier, aussi aplati que possible, de façon telle
que le voyageur, arrivant d'un
côté ou de l'autre par la voie principale, perde le
moins de temps possible pour joindre puis quitter le lieu de ses
dévotions. Respectueux mais pragmatique, le romain.
C'est en consultant l'image 2007 de Google (ci-contre) que j'ai remarqué une seconde trace routière incontestable qui pouvait être le trajet manquant. (L'astérisque rouge sert à rattacher le cartouche d'agrandissement au plan synoptique.) Les deux arbres isolés, l'un en lisière du bois, l'autre au milieu du champ, trahissent une voie construite : décaissement - même modeste - puis remplissage de pierraille et damage. Aucun sentier simplement créé par l'usage n'aurait donné cette trace pérenne. Notons pour mémoire, à peu de distance au-dessus de l'arbre isolé, un lambeau de trace double beaucoup plus large et dont l'image peut correspondre à ce que nous connaissons des pistes gauloises matérialisées à proximité d'un lieu de vie ou de culte (nous en avons parlé ci-dessus). |
| Dès sa découverte en octobre 1997 - nous venons de le dire - le
plan de ce petit édifice fut saisi dans sa solitude : on
ne pouvait certes pas invoquer la présence à quelques
centaines de mètres au nord, de la "Voie Haute de l'Ouest"
dont le tracé était et est toujours inconnu, mais dont je vous donnerai la primeur dans
quelques pages.
Dans un article de rappel de la presse locale, le 14 janvier
2008, la même antienne fut reprise par les spécialistes mais cette fois, l'hypothèse d'un sanctuaire ne fut pas écartée.
On avait sans doute pris
conscience que la grande Voie d'Agrippa passait 375 mètres
exactement au sud. Et tout le monde connait la
fréquence des sanctuaires tout au long des voies antiques.
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Quant à nous, il nous arrive de penser que le plan du sanctuaire de Chamberet préfigurerait celui devenu classique d'une
chapelle chrétienne,
et cela nous conforterait dans notre idée de
création tardive de ce sanctuaire et sans doute contemporaine de
la "Voie Haute de l'Ouest " que nous
venons d'évoquer.
Mais quid de cette création tardive d'un sanctuaire païen à une époque où la religion chrétienne était devenue ou en passe de devenir, religion officielle de l'Empire ?
Sur le dernier cliché une trace, une ombre semble relier
le sanctuaire à l'esplanade de Chamberet qui fut sans doute, aux
temps de la haute antiquité, une aire de rupture de charge et de repos des
équipages (zone rouge sur le hiatus du tracé de la voie
antique d'Agrippa).
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Les publications régionales concernant les grandes routes antiques nous donnent constamment l'impression que la voie romaine était un grand chemin qui traversait autrefois des campagnes désertes. Pis encore, des forêts profondes au fond desquelles se terraient d'invisibles gaulois. L'image ci-contre prise entre Limoges et Bellegarde, illustre a contrario, un cas très fréquemment rencontré !
Car un jour, je m'étais aperçu qu'une route très ancienne venant de la capitale provinciale Augustoritum, avait transité par les pays de la moyenne Gartempe centrés sur Rancon (Roncomagus).
Une route très tôt disparue mais pressentie
depuis un siècle cependant par la découverte d'une borne
milliaire au Mas-Blanc près de Limoges. Une voie que Paul
DUCOURTIEUX par une belle intuition au début du XXè
siècle, amena jusqu'à St-Gence et que Raymond COURAUD
tenta de retrouver avant de s'égarer pour avoir mis trop d'ouest
dans son nord à la Croix-des-Charriers près de St Gence.
Une route qui fut monumentale aux lendemains de la conquête romaine. Et au rebours de ce que j'avais pu lire, voilà que ses traces étaient encore jalonnées par des hameaux qui furent de grands domaines, des fermes gauloises qui devinrent des vicus gallo-romains, un camp militaire. Et par des villages et des bourgs qui furent les petites villes de ce temps-là. . .
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La
route ne recherchait certainement pas un passage trop proche de sites densément peuplés sauf
pour y honorer peut-être le
siège d'un lieu de décision ( St Gence ) et de loin en loin, pour l'intérêt particulier d'un relais d'attelages -mutatio - d'un gîte d'étape - mansione - ou d'un sanctuaire où on pourrait s'assurer de poursuivre son voyage sous d'heureux auspices.
On peut penser que les auberges ne préexistaient pas à la route mais vinrent au contraire s'installer pour profiter de l'opportunité d'une clientèle assurée. Les "Maisons-Rouges" se signalent souvent par une très ancienne origine et une particulière longévité attestées par les multiples diverticules soigneusement construits en éventail et encore bien visibles, qu'elles poussaient à la rencontre des grandes routes antiques. Moins marqués que des structures plus importantes, la ferme gauloise, la villa, voire le petit camp . .
. sont souvent peu visibles si aucune route ne vient démasquer leurs
traces et leur donner une crédibilité.
Alors, avec la route aujourd'hui retrouvée par une enquête méticuleuse, le paysage
s'anime, la vie soudain nous apparaît ne serait-ce que par les bévues d'un technicien routier ( cela arrive, on le verra !) ou les frictions (plus fréquentes ) qui
naquirent, se tempérèrent ou s'exaspérèrent entre celui qui voulait passer et
celui qui voulait rester maître chez lui.
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Et comme on ne peut tout embrasser - même en avion - un autre axe fort de mes recherches se fixa presque
naturellement.
J'ai déjà évoqué, c'était en 1986, juste après un
décollage de Bellegarde, comment j'eus la chance d'observer au Bas-Félix près de Verneuil-sur-Vienne, la trace
résiduelle d'une grande route romaine. Celle-ci fut tracée sinon
construite dans les dernières années avant
Jésus-Christ sous la surveillance d'Agrippa, gendre de
l'empereur Auguste. Venant de Lyon (Lugdunum) par monts et par vaux et après son étape d'Augustoritum, elle taillait
son cap vers Saintes, ville phare de la grande province d'Aquitaine.
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C'est par ce chemin, après pas mal d'heures de vol entrecoupées de
longues journées de contrôle au sol, que j'atteignis le
site gallo-romain de Chassenon (Cassinomagus).
Mais, pour faire bonne mesure, je poursuivis alors la reconnaissance de la
voie jusqu'à la rivière Charente.
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Avant de revenir
me concentrer
sur la structure et le proche environnement du vicus de Chassenon /Cassinomagus et d'entrevoir, à l'ouest
du bourg actuel, les premières traces des voies cardinales d'une agglomération antique dont nous ne savons encore quasiment rien. Et de préciser, dans l'enceinte
qui englobe les 3 monuments qui font la renommée du
site, quelques détails qui n'attendaient pour être détectés
que l'avion et une conjoncture météorologique favorable.
Ce site majeur de notre histoire gallo-romaine accaparera
prioritairement mon attention durant plusieurs années.
Nous prendrons le temps de revenir à Chassenon. |
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Carte IGN au
1/25 000ème Série bleue N° 1929
Est BELLAC N° 2029 Ouest MAGNAC-LAVAL |
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J'ai repéré ce site vers la fin des
années 1980. J'avais pensé y reconnaître
l'ébauche d'un de ces multiples projets de "grandes routes" qui,
depuis Messieurs Trudaine et Tressaguet au XVIIIème
siècle, avaient beaucoup agité les édiles de nos
petites villes soucieux d'attirer à eux des routes nouvelles et
le trafic rémunérateur qui irait avec.
Mon idée ne tint pas longtemps. Une simple comparaison des largeurs d'emprise avec l'honnête route départementale du XIXème qui passe à proximité des vestiges, suffit à faire remonter la construction de l'ouvrage au temps des Légions romaines.
Cette voie monumentale , possiblement plaquée sur un
chemin
gaulois préexistant, fut donc construite il y a 2000 ans, au
nord-ouest d'un lieu de peuplement dont on ignore l'appellation
d'origine mais qui viendra un jour à la connaissance des
historiens sous le nom de Scotoriac mais à qui il faudra
donner encore quelques siècles pour devenir la grande
petite
ville du Dorat.
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| Seulement voilà : les traces de l'emprise antique avec sa chaussée, ses bas-côtés et ses fossés ne s'observent que sur 500 mètres. Vers le sud-ouest et le Dorat, une limite de propriété évoque une suite incertaine jusqu'aux Quènes puis plus rien. |
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Et de l'autre côté, au delà
de la Brame, un ruisseau qui draine à la fois les eaux du
Chiron et de l'Age-Berneuil, risque depuis toujours d'ennoyer la sortie de gué et ne
permet guère d'envisager une route (romaine) en
direction de Lathus et de Montmorillon : voir ci-dessous le cliché panoramique, la Caille vue de la rive droite. Nous retrouverons
cependant et à quelques centaines de mètres de là
seulement, quittant le Chiron précisément et venant on ne sait d'où, la trace
très nette d'une
route ou d'un grand chemin qui montait vers Lathus et qui a pu sans
doute et
de très grande ancienneté, jouer le rôle de
trait d'union entre le Limousin et le Poitou. Son tracé
fluctuant et parfois haché ne correspond guère à
ce que nous savons des voies romaines.
De nos jours, la photo aérienne montre selon les endroits,de rares traces de fossés parfois dédoublées par des reprises d'assiette et des déports latéraux. L'actuelle route du Dorat à Montmorillon dans sa belle rectitude, recoupe de nombreuses fois ses méandres. Cette route moderne (la D 4 bis), ne figure pas sur les cartes de Cassini (1750 environ) mais elle existait en 1828 ainsi qu'en témoigne l'ancien cadastre qui fut levé cette année-là. Les terres qui
entourent ces itinéraires apparaissent souvent "griffées" de
traces très longues, parfois convergentes, qui sont autant
d'anciens fossés dont la destination nous échappe
toujours. Ces lignes se dédoublent parfois sur de courtes
distances et évoquent dès lors de petits chemins (voir sur l'internet la
pièce de terre à 750 mètres dans le 315 de
Belleterie).
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Ailleurs, un
réseau radial convergeant sur ce que l'on pouvait
interpréter
comme une très ancienne mare, existait dans l'est
immédiat d'Oradour-St-Genest : tout a disparu sous les labours (voir notre cliché aérien ci-dessous),
mais cela réapparaîtra un jour. Des enclos rectangulaires
ou trapézoïdaux, souvent incomplets, se rencontrent ici et
là : probablement des zones protégées d'habitat
(gare de Thiat) . . . voir quelques images plus loin.
Le recensement de ces indices de peuplement est une affaire de surveillance attentive des documents aériens de l'internet; ce qui n'exclut pas l'apport des reconnaissances aéroportées avec les moyens locaux. |
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Sur l'extrait ci-dessus du vieux cadastre du Dorat nous remarquons
qu'antérieurement
à 1828, un chemin de desserte du Moulin de la Caille
s'était établi sur le bas-côté et le
fossé ouest de la voie antique. Moyennant quoi et depuis des
temps immémoriaux, l'emprise routière
antique s'était figée dans le paysage sous la forme
de ces parcelles allongées, accotées au chemin. Ce qui
leur aurait permis
de parvenir jusqu'à nous, à l'abri de
la convoitise
d'autres propriétaires riverains.
Partout ailleurs, ayant perdu toute utilité particulière, la vieille voie a sans doute servi de carrière. Ainsi piochée au plus profond de ses fondements puis plus ou moins comblée, elle a pu finalement être récupérée en espace agricole et annexée par des champs voisins. |

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Une voie . . .
et un camp ! Mais
cette découverte routière d'une
voie monumentale n'était pas isolée.
Voici qu'un diverticule très marqué s'échappe à mi-parcours du monument fossile (tirets jaunes).Son tracé aboutit à peu de distance au sud, à la ferme de l'Age, près de la route de Bussière (D 942). Là, un épais tracé en angle droit peut évoquer les restes d'une vallation, ligne défensive entourant traditionnellement les camps romains et constituée d'un ou plusieurs fossés profonds précédant une forte levée de terre. Nous avons alors pris conscience - en compilant la carte IGN au
1/25000ème, les clichés aériens et le vieux cadastre de 1828 - que le
ruisseau de l'Age avait été dérivé dans le
passé
avec la volonté encore évidente de laisser la place
à un tel retranchement voire d'en renforcer
l'efficacité.
Cette dernière remarque appuie considérablement la crédibilité de l'hypothèse et instaure même une quasi-certitude quant à la présence d'un camp, même si sa forme et sa surface restent à déterminer. La possibilité d'un second itinéraire desservant le camp en direction du Dorat (vers la droite) est assez bien évoquée par des lisières de parcelles : c'est un aménagement souvent rencontré dans la desserte routière des lieux de vie ou de culte antiques, riverains d'une voie. |
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Ainsi s'illustre l'absolue nécessité de ne pas se
contenter de l'anecdote historique que constitue une remarque
isolée et l'opportunité de mener
une investigation aussi minutieuse que possible autour de
chaque site découvert.
Le toponyme l'Age ne remonte cependant pas à l'époque romaine : par le bas-latin agia il nous serait venu, après les invasions, du germanique haga : la haie. Longtemps après sa désuétude et son abandon, des haies auraient pu envahir les fossés des romains et former ainsi une nouvelle clôture autour de l'ancien camp. |

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Sur deux images du panneau ci-dessus, on repérera deux mares qui selon
nous, sont trop fréquentes sur les sites d'habitat gaulois pour être
seulement le fruit d'un hasard postérieur au site.
Autour de l'une d'elles nous avons reporté de longs fossés qui apparaissaient comme des striures (1990) dont la destination et l'usage nous laissent perplexes. La remarque prend tout son sens sur le cliché ci-contre relevé à l'est immédiat d'Oradour-St-Genest en 1990 également. Ci-dessous voici deux enclos quadrilatéraux traditionnels de la civilisation gauloise
relevés dans la proximité du
très ancien chemin venant du Chiron .
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L'un des enclos peut être
rapproché de ce que nous avons dit (ou ce que nous dirons plus loin) des sanctuaires
gaulois, souvent carrés aux angles arrondis, en carte à jouer.
L'autre, trapézoïdal curviligne, rappelant une structure
semblable que nous avons décrite à la page "gaulois et gallo-romains", même site
et précisément située non loin du Grand-Etang
d'Azat-le-Ris donc à peu de distance également mais
à l'est, de notre vieux chemin.
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Les mots et les choses : la toponymie
La toponymie est la science des noms de lieux.
ce sont là les racines pré-indo-européennes de notre toponymie.Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce "baptème" du paysage fut un phénomème de tous les temps et qui se perpétue encore de nos jours, nous le verrons. Mais pour nous, amateurs d'Histoire, nous espérons des sources aussi anciennes que possible. Et dont la création dans le temps serait ainsi liée à l'origine des vestiges que nous observons, espérant ainsi en saisir mieux le sens. Heureusement, de savants linguistes à l'oeuvre depuis plus d'un siècle ont réussi à saisir en quoi le nom actuel d'une tranche de paysage, naturel ou bâti, peut souvent rappeler le nom qui s'est formé spontanément en des temps plus ou moins reculés, parmi les habitants des lieux que nous étudions. Des habitants qui, pour s'approprier et maîtriser leur espace de vie, auraient adopté dans la langue de leur époque , des vocables décrivant . . . - des caractéristiques physiques et géographiques que l'endroit pouvait présenter, - des caractères particuliers de l'habitat et / ou de l'activité humaine que ces mêmes occupants y développèrent. On sait tout ce que notre langue d'aujourd'hui : le français, mais aussi notre langue d'hier : l'occitan, doivent au latin du conquérant romain. Mais pour aboutir à ces deux langages - à l'aube du second millénaire - il y eut et durant durant 10 siècles, la lente formation et la montée en puissance de la langue romane qui se développa à partir du bas-latin populaire et du gaulois. Le gaulois, une langue non écrite mais longtemps restée vivace dans les campagnes profondes. Par divers recoupements on est arrivé à en reconstituer quelques 2000 mots. Un millénaire, en toponymie c'était hier ! Car si l'on tente de remonter au-delà des gaulois et des temps de l'Age du Fer , on se trouve face à des civilisations très lointaines, pas forcément ni totalement inconnues, mais avec lesquelles plus aucun pont langagier n'a subsisté. Il a fallu attendre la fin du XIXème siècle et le début du XXème pour que des enquêtes de grande envergure, animées par d'éminents spécialistes internationaux, confrontant leurs études toujours en cours, permettent de faire émerger entre divers langages et dialectes, au sein de peuples distants et de culture radicalement différente du vaste continent européen, un certain nombre de termes semblables qui trahissent qu'en des temps très reculés, il exista un vieux fonds linguistique commun :
Ainsi sont devenus plus explicites quelques termes dont
nous usons toujours comme d'un très vieil héritage
dont nous avons perdu le souvenir. Un héritage qui est souvent
parvenu jusqu'à nous par le latin qui en avait
déjà fait son butin.
Le latin rappelons-le qui fut et demeure la principale ressource de notre toponymie et de nos jours encore nourrit la formation de nombreux néologismes dont nos langages techniques ont toujours besoin. |
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En terme d'ancienneté, il en est ainsi du terme KAL,ou CAL qui nous est venu à travers le latin qui en avait fait calculus : compter (avec des cailloux). On comprend mieux dès lors pourquoi les terres qui portaient notre morceau de voie romaine ont pu un jour être appelées La Caille (
le déterminant LA a dû être ajouté tardivement, l'article défini est
apparu au Xème siècle seulement avec le vieux françois et la langue
d'au).
Dans notre langue d'au précisément le son C a souvent été transformé en CH et les vieux de mon village parlaient de terrains "chailloux", caillouteux. Ou de terrains "peyroux", du latin petra dont l'occitan a fait "peyre". D'où le nom du village de La Dapeire (petra lata: la pierre large et plate, transformé et inversé en lada peyre) Sur cette même base, le latin avait aussi inventé calmis : la hauteur dénudée et caillouteuse (Las Caux ou Las Chaux), dont nous montrerons plus loin la pertinence, sur le cours des voies romaines. Ce serait par le gaulois et le latin que le radical KAR ou CAR serait venu également jusqu'à nous avec le même sens de pierre . Que dire de carrière, une excavation d'où l'on tire de la pierre. Qu'il ne faudrait pas confondre avec charrière qui en nord-occitan de mon village signifiait "entrée charretière
d'un champ" : plus proche sans doute de la racine latine carrus, le chariot.
Mais nous connaissons une dizaine de cas où le paysan d'autrefois avait recyclé pour cet usage un morceau de voie romaine qui passait par là : troublant non ? Nous en reparlerons également. |
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De CAR nous avons tiré caire
qui a fini par désigner les angles droits d'une pierre à
construire mais aussi des lieux-dits. Que dire du Moulin du Queyroux sur la Gartempe ?
Notre dialecte nord-occitan en a fait non loin d'ici, le Cheyroux, le Cheyraud. Et sur notre vieille route de Montmorillon, après la Dapeire, le Chiron, les Chirons, le Ché . . . Tout ça pour des cailloux, des gros cailloux, des énormes cailloux : le granit de la Brame qui affleure parfois dans les champs ici et là, sur la commune d'Oradour-St-Genest. Oradour-St-Genêt, "Le Radou" ! |
| Le pays d'une de mes arrières-grands-mères, "la vieille radounaude", qui fut disait-on dans la famille, aussi rude et austère que les rochers de son village. |
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Toponymie de broussaille Loin au nord du Dorat la
route actuelle de Montmorillon recoupe le très ancien chemin qui
expose ici une belle largeur entre fossés. Ceci renforce le
sentiment que le romain a pu un jour y mettre la main.
C'est le lieu-dit "Les Genêts" par référence au genêt à balai qui s'installe volontiers sur les sols siliceux , rocheux et les revêtements caillouteux (chaussées des voies antiques) pourvu qu'il ait de l'air et de la lumière. Mais sitôt que s'instaure l'ombre d'un couvert forestier, l'arbuste disparaît en attendant des jours meilleurs (voir plus haut et également plus loin, notre photo dans les Bois des Vaseix).
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| Et puis un chêne rencontré au bord de cette même route et qui plonge probablement ses racines dans les pierres de la vieille voie. Mais il est là aussi et surtout parce qu'il est beau et que j'avais une petite place pour lui. |

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A gauche : le Dorat, accès sud, une route très ancienne, (peut-être antique, en rouge) et la route de l'ancien régime (en jaune) qui semble déjà figurer sur la carte de Cassini (1750/1760).
A droite
: la Ville-du-Bost, ferme gauloise puis probablement villa
gallo-romaine (tuiles à rebord dans le ruisseau voisin).
La trace fossile de la route de l'ancien régime venant de Bellac et montant vers le Dorat, alimente une mare sur un accès ancien à la ferme. |
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