ARCHEOLOGIE  AERIENNE
EN  LIMOUSIN




                                            Agustoritum
                             Les  voies  de  la  conquête  (suite)

                                                    Carte  IGN  au  1/25 000ème  Série bleue  N°  2031  Est  LIMOGES


III -   Les voies du Pont-St-Martial

A /   Voies  du Sud et du Sud-Ouest 
       
 
L'état des lieux

  Nos photos (nos clichés aériens datent du milieu des années 1980) illustrent l'ensemble du problème des voies antiques du Haut-Empire au sud du Pont-St-Martial.  On sait que la création de la ville antique d'Augustoritum - et sans doute du Pont qui allait avec, car une si belle ville ne pouvait se contenter d'un simple gué - s'opéra dans la décennie qui précéda l'ère chrétienne. Détruit peu après l'an mil par un Plantagenêt, le pont fut assez vite reconstruit sur ses piles antiques conservées.

   Nos photos n° 2 et 3 évoquent irrésistiblement par la configuration troublante d'une sortie sud en pavillon de trompette, la desserte de deux directions divergentes étonnement symétriques.
   Or la saga limousine des voies antiques et depuis plus d'un siècle, n' a retenu que la courte rue de la Roche (petite flèche jaune pour la rue et un point pour le village éponyme : photo n° 2) puis la rue Edison tranchée par l'avenue G. Pompidou, comme ultimes témoins d'une voie antique sortant du pont et partant vers Vesunna / Périgueux.

   Notre photo n° 4 :

   Une tradition tout aussi ancienne situe un chemin d'origine protohistorique (époque de l'indépendance gauloise) descendant les pentes de la rive droite pour venir passer l'eau au pied de l'ancien village de la Roche (autre ancien village : point jaune sur photo n°4). Ce site serait celui de "La Roche-au-Got" dont le  gué ( rito en gaulois) placé sous l'invocation de l'empereur règnant Auguste (le premier empereur romain, inaugurant ainsi la période que l'on a appelé le "Haut-Empire") serait à l'origine du nom antique de la ville : Augustoritum. On repère encore le site par les traces blanches d'un passage piétonnier sur le Quai Salvador-Allende, au pied d'un grand immeuble.
  En rive gauche, la même photo suggère, sur l'extension de la station de traitement des eaux, les apports de remblai qui compensent actuellement des prélèvements anciens de granulats.
   Toujours sur la photo n° 4une ligne biaise traversant cette zone de remblai figure au cadastre napoléonien (1812). Elle est  invoquée par Raymond COURAUD, comme venant du gué  : hypothèse  peu crédible si nous parlons de la même chose, l'atterrissage serait ainsi très décalé vers l'aval et l'état de la rive peu propice à une sortie de gué (sur notre photo, la ligne part en effet de la rive gauche en face du dépôt des trolleybus).
   Néanmoins l'examen de la rivière tant au sol que sur les photos verticales, montre qu'une longue zone guéable s'étend entre le Clos-Moreau (dépôt des trolley) et  l'amont du viaduc du chemin de fer ( photo n°4 : l'eau y présente une dominante rousse ) avec un haut-fond particulièrement marqué sous ce dernier ouvrage (photo n° 5 ) .

   D'ailleurs la photo n°1 prise face au village de la Roche, illustre par les ridules à la surface de l'eau, la faible profondeur générale et les affleurements de roche, de sable et de gravier propices à l'établissement d'un gué.

Pont au Go

Un constat objectif mais une hypothèse trop peu étayée pour être vraiment crédible.

  Sur la photo n° 4 enfin mais surtout sur la photo n° 2, une longue limite de propriété biaise et fortement boisée, s'étend depuis la base du viaduc SNCF en rive gauche jusqu'à venir buter sur le  promontoire  du Castel-Marie, ancienne propriété Mapataud. Deux images plus bas, ci-dessous, un plan rapproché Google montre qu'il s'agit d'un ancien chemin de 6 mètres de large environ désaffecté en tant que tel et dont l'entrée sur le sentier piétonnier de rive gauche est condamnée.
  Ce dernier chemin étant d'ailleurs curieusement parallèle à la ligne remarquée par Couraud et évoquée au paragraphe précédent
  Il faut reconnaître que l'emplacement du viaduc est à tous points de vue, le meilleur endroit où créer un gué. En rive droite et à cet endroit précis, selon le canevas LOUSTAUD - soit sous la culée du viaduc - une rue antique de la ville coloniale aboutissait  au-dessus des aplombs rocheux de la rive. Il semble bien par contre que lors des fouilles, elle ait jugée en cul-de-sac.
   On voit que ce vieux chemin venait s'aboucher à la Font-Péchiade sur le carrefour des routes de Solignac et de Nexon situé anciennement un peu plus haut qu'actuellement.
  
  Pourrait-il s'agir du
vieux chemin issu de la tradition savante de la Roche-au-Got évoquée plus haut ? Un vieux chemin protohistorique dont à dire vrai tout le monde parle mais que personne n'a encore jamais vu (photos ci-dessous).
  Mais il faut savoir que ce chemin ne figure pas au cadastre de 1812 . . ?
   Et pourquoi ne s'agirait-il pas tout simplement d'un chemin de chantier lié à la construction du viaduc de chemin de fer ? Donc postérieur à 1812 !
   Et pour ce besoin précis . . . serait-il possible que vers le milieu du XIXème siècle, un ingénieur des chemins de fer par son art du terrain, ait retrouvé, après 10 ou 20 siècles de désuétude, l'assise solide d'un vieux chemin sortant d'un gué ?





                                   Route des érudits et propositions nouvelles

  Si l'on veut comprendre l'enjeu de cette recherche de voie antique, il est bon d'apprécier la pertinence ou non d'un départ de voie à partir  du Pont Saint-Martial  par la rue de la Roche.  
  Suivons l'itinéraire jaune ci-dessous. Inutile de monter la rue Edison qui fait suite à la rue de la Roche par delà l'avenue Pompidou, elle ne vous apprendra rien. Prenons directement la montée de la rue de Douai à partir du rond-point (cercle jaune), traversons le site de Romanet et pénétrons par la rue de Tourcoing sur "l'oppidum" de Chez-Rouchaud.
   Tant aujourd'hui qu'il y a 2000 ans, quand on a pénétré sur la plateforme de Chez-Rouchaud, on ne s'en échappe plus. Sauf à revenir sur ses pas ou bien à prendre vers l'Est le passage marqué aujourd'hui par la rue J-B-Say ce qui n'est pas notre propos.

   Pour aller vers Périgueux - comme le veut la tradition - le mieux serait de ne pas aller jusqu'au cul-de-sac que nous venons d'évoquer. Car, à l'entrée du réduit, une rue existait autrefois qui permettait de l'éviter - une rue qui fut remplacée par un épi de voie ferrée desservant les anciens Entrepôts de l'Armée de l'Air - mais quelle que soit la période antique envisagée, nous savons que la simple évocation d'une solution aussi "chantournée" vers le passage de la Croix-du-Crible, eût été jugée totalement aberrante.

   Exit donc le "haut-plateau" de Chez-Rouchaud, sauf à y chercher des gaulois !


La Croix du Crible

  Reportons-nous au panneau photographique qui ouvre cette page.
  L'amorce d'une solution me fut suggérée vers la fin des années 1980, par l'étude comparée de  deux missions verticales  au-dessus de la Vienne, que j'avais pris soin d'effectuer à deux saisons différentes, cherchant ainsi une éventuelle complémentarité (à apprécier en comparant la photo n° 2  à la photo n° 4). Etude qui me permit également de découvrir quelques kilomètres en aval, le gué du Bas-Verthamont et la voie antique encore inédite qui va avec . . . et dont il faudra bien que nous parlions prochainement.
   Sur la photo n° 2, deux pointes de flèches rouges indiquent une limite de propriété  qui borde en oblique le bas de jardins en lanières . . . Un reste de fossé peut-être, comme un trait d'union entre la sortie du Pont-St-Martial et la Font-Péchiade : hypothèse précaire (agrandissement ci-dessous).

   La photo ci-dessus tirée du "système béta 3D" de l'IGN, un peu moins ancienne que la nôtre (N° 2), reproduit le même détail et présente l'avantage d'une plus vaste couverture qui permet de visualiser l'ensemble du problème et la solution proposée.
   Car je sus que mon intuition pouvait être la bonne dès le premier contrôle au sol, à la vue d'un énorme bloc de maçonnerie d'époque indéterminée et partiellement déchaussé par les travaux de création de l'avenue G. Pompidou dans les années 1970.

 Il fut un jour construit à l'endroit précis où je pouvais l'attendre si, s'avérait vraie mon idée d'une voie romaine désaffectée dont les vestiges auraient  servi d'appui à une ligne de partage de propriété.
 Ce mur aurait  permis le rétablissement du niveau des terres et des jardins de cette terrasse qui avait été décaissée jadis par une énorme route qui montait la pente (cadre rouge ci-contre et image du panneau ci-dessous).
   CQFD
Mur et limite
Artefacts


   Dès lors tout devenait simple et l'image ci-dessous se satisfera de ces quelques commentaires :

1 - Place Paul-Parbelle : à gauche, à la sortie du pont, sur des soubassements antiques hypothétiques mais plausibles ou par un souci urbanistique plus récent, l'alignement ouvert des façades fossilise les restes compacts d'une chaussée. Même remarque pour l'autre côté de la place et mêmes hypothèses : alignement courbe.

2 - Mur de souténement des remblais de terre.

3 - Calage de la limite de propriété sur un artefact de la voie antique : fossé, ligne des margines, chaussée ? (Plus de précision pourrait relever d'un travail de sondage et de topographie) 

4 - Chemin du viaduc à la Font-Péchiade.
      Le vieux cadastre dit "Font-Pessiade". Couraud écrit Font-Péchiade. 

    Nous n'épiloguerons pas sur l'origine antique de la tranchée de la Croix-du-Crible qui coupe l'énorme promontoire et crée un passage utilisé depuis 2000 ans: photo IGN beta 3D ci-dessus et cliché au sol.
Avenue Pompidou


                                  La voie précoce de Vesuna / Périgueux par le Pont-Saint-Martial

  La photo oblique de GOOGLE ci-dessous réunit les 4 itinéraires majeurs qui transiteront par le Pont Saint-Martial au cours de l'Antiquité précoce et classique et jusqu'au Haut-Moyen-Age.
   Les itinéraires représentés en rouge, tracés à grands frais dès le début de la présence romaine, se jouant intelligemment du relief mais tôt disparus en raison même de leur démesure comme nous le savons maintenant,  n'ont guère laissé dans le paysage que les traits forts de leur passage.


  Le pont oublié

    Il faut évoquer ici les restes d'un pont sur la Valoine situé 100 mètres en aval du pont actuel , jamais entrevu ni même soupçonné semble-t-il par nos archéologues. Deux piles de rive supportaient sans doute un fort tablier de poutres recouvert d'un galetage. Vingt crues centennales ont eu raison des appareillages de pierres maintenant dispersés sur plus de 100 mètres dans le lit de la rivière. Sans compter les prélèvements pour toutes sortes d'usages.

   L'emplacement de cet ouvrage qui restitue la ligne tendue chère aux ingénieurs romains, illustre l'une des innombrables remarques qui fondent la véracité d'un parcours antique.
Pont dela Valoine

 
     Des limites des paroisses guidées par les voies tardives

     Les voies de l'antiquité tardive voire du Haut-Moyen-Age sont notées en jaune. Leur tracé a probablement été déjà proposé par l'érudition   et répertorié . Dans cette expectative, nous les restituons comme une première approche, par les documents photographiques de l'internet éclairés par quelques vieilles photos personnelles qui apportent  confirmation s'il en était besoin.
     Nous savons par contre que la voie de Pont-Rompu a été étudiée avec un succès certain par Raymond COURAUD dans les années 1960. Et même si nous avons entrevu ça et là, matière à revoir quelques détails et à proposer quelques rajouts (de carrefour en particulier), nous nous garderons bien d'y donner suite tant il est  facile sur une simple impression de visite rapide, de trahir plutôt que d'améliorer.

     Ces voies tardives dont l'usage s'est longtemps poursuivi et qui ont pu guider ensuite le tracé de nos routes modernes, ont donc également pu servir ça et là  de repère pour le tracé des limites de paroisses - création du Vème siècle au plus tôt pour ce que j'en sais. Et celles-ci ont été largement reprises à la révolution, par nos frontières de communes. On s'en convainquera en  suivant - sur la carte IGN au 1/25000ème n° 2031 Est Limoges - la voie tardive de Pont-Rompu et notre première perception aérienne de la voie de Solignac.

     Il en est de même de la voie plus tardive encore par Le Vigen mais elle n'a guère fixé qu'une courte  limite de paroisse/commune vers Leycuras. Puis suivant la route  de St Yrieix
(D 704) et passé La Gratade,  la vieille voie a à nouveau, fixé une limite administrative dans sa  descente vers Sainte-Marie. Après un gué sur la Briance en aval du pont actuel, la remontée vers Chabiran et Mont (où elle rejoint la voie de Solignac) sera encore accompagnée sur un petit kilomètre par une ligne de partage administratif. Mais nous pensons qu'il ne faudra pas appliquer le système au-delà des Crouzettes sous peine de sortir de l'épure (voir ci-dessous en 5ème position, après le gué De Chambon, ces renseignements reportés sur l'image verticale synoptique de GOOGLE).  

      Par opposition le réseau des voies romaines précoces, "les voies de la conquête" (tracés rouges), trés  exceptionnellement réutilisé, circule dans l'indépendance quasi totale de notre voierie actuelle : très tôt disparues dans l'immense majorité des cas, ces grandes voies n'ont pu guider des limites administratives dont l'origine  fut largement postérieure à leur désuétude et à leur ruine.

     En la matière on voit combien il est important de savoir de quoi l'on parle et de mettre en perspective 5 siècles d'antiquité gallo-romaine qui ne furent pas, loin s'en faut, comme "un long fleuve tranquille".

Voies de St Martial
              

                            Du Pont-St-Martial au Chambon sur la Briance, la Béchadie, le Boulou et autres lieux


  Passé le lotissement de Fongeaudrant, au carrefour de cote 301, se réalise l'éclatement de trois itinéraires dont nous avons tout lieu de penser qu'ils firent racine commune à partir du Pont St Martial : cadre blanc sur le document ci-dessus .
  L'itinéraire très tardif de Solignac, est repéré par les routes actuelles et les limites communales;  il y a moins de 50 ans il a été aboli dans les champs au-dessus de Fongeaudrant et jusqu'à la route de Chantelauve; sa courte trace fossile est encore visible sur toutes les photos aériennes. Si l'on se réfère à ces images, c'était un chemin très modeste.
   La voie tardive de Vesuna / Périgueux étudiée par COURAUD, avant et après Pont-Rompu , se retrouve également et à peu de choses près,  sous les routes actuelles.

       La voie du Chambon

   C'est jusqu'à ce jour la belle inconnue.
   La voie précoce - voie du Haut-Empire - de Fongeaudrant au Chambon et autres lieux, est cependant à peine plus difficile à retrouver si - oubliant les routes d'aujourd'hui - l'on prend la peine de mettre en oeuvre les remarques topographiques, botaniques, hydrographiques . . . que nous avons évoqué et montré sur des itinéraires de même époque et si l'on veut bien  prendre en compte toutes les menues anomalies que nous connaissons maintenant et qui signent les grands travaux qu'elle a nécessité et le passage intense qu'elle a supporté pendant au moins les deux premiers siècles de notre ère.

    Sous la cote 301 ( cadre blanc, se reporter à la carte au 1/25000ème), à hauteur de l'Etablissement de Formation du Personnel Hospitalier, face au Sud, une large dépression marque sa descente vers un ruisseau : le Rigouroux. Cette trace est repérable sur les photos de l'internet. Plus bas, le gué a infléchi  le cours du ruisseau. Au-delà, un chemin en partie désaffecté, qui longe la Zone d'Activités de Mazérollas (Z.A. Jean-Monnet) prend approximativement le relais jusqu'au carrefour de la Croix-de-Fer (route de Condat).
   En bonne logique, la descente vers Veyrinas est à droite de la route actuelle. Un décrochement de parcellaire, un passage de ruisseau et une remontée en marge du village en témoignent. Et dans la traversée du lieu, on notera la "rue des Vieilles-Pierres".
Mais aussi et surtout, dans le virage à l'entrée du village un mur démesurément long délimite un parc.
 
   Une telle débauche de pierre à construire autour d'une demeure très ordinaire, invite à penser à une récupération ancienne et sélective de matériaux sur l'assise d'une chaussée antique. Récupération dont les constructions et reconstructions des maisons du village ont également bénéficié au cours des siècles. Même remarque peut être faite plus loin, dans la traversée des lieux habités tel  le Chambon ou le passage  près de la Béchadie.
 Et toujours se pose à ce propos, la question de la provenance et du mode d'acheminement de ces matériaux.
Sur la hauteur on retrouvera la voie antique sous la route moderne qui descend au Chambon. Une route qui se dégage très vite par la droite de l'assise antique. Tout droit, la voie dévale la pente au fond d'une combe sèche,  investie de nos jours par des maisons individuelles.
  Dans sa partie basse, cette combe s'infléchit à droite vers le lieu-dit "Le Gué de Chambon" que l'on trouve venant de l'Aiguille, à l'entrée du village du Chambon . Un gué face aboutissant au pied d'une une haute colline et obligeant à un long parcours de rive sous des aplombs vertigineux ? Le dispositif n'est pas romain pour deux sesterces ! L'usage de ce gué viendra bien des siècles plus tard : ce n'est pas notre affaire !
En fait notre voie s'est dégagée de la combe en s'inscrivant en large replat sur l'épaulement Est de la dépression qu'elle suivait jusque-là : l'assise de l'ancienne voie romaine est toujours là, beaucoup plus large que le modeste chemin actuel. Des vieilles pierres forment un muret vers l'aval et soutiennent les terres d'amont. La voie  abordait ainsi le village du Chambon dans le grand virage de la route où se trouve une ancienne auberge : l'enseigne est toujours là (astérisque, ci-dessous).

Le Chambon

   Sur la Briance, le gué est toujours  à sa place, foi de vieux pêcheur, mais les hautes pierres ont disparu enlevées par "les nettoyeurs de rivière" par crainte des embâcles.
   Dans la remontée de la face sud de la vallée, les cheminements sont difficiles à appréhender : le massif boisé central est un taillis rendu impénétrable par des chablis de 1999 sans valeur laissés en place et reliés entre eux par les jeunes pousses. Nous n'engagerons pas notre réputation sur ce passage.

   Par contre, les deux sorties sous la route de Pont-Rompu à Envaud, au Sud, sont aussi explicites que terriblement éprouvantes : la sortie notée B particulièrement, présente un taux de montée effrayant.
Gué Briance
   Nous employons souvent le terme de "tranchées routières" mais il serait plus juste, devant de tels décaissements "pharaoniques"de parler de dépressions naturelles sèches aménagées .

  Et il faudra bien un jour aborder le problème des "ruptures de charge" : l'idée de  démonter les chariots et d'en  transporter à bât au sommet des côtes, les éléments avec les  marchandises, est une hypothèse hardie mais il est difficile de proposer une alternative.

  A propos, avez-vous remarqué, sur certains bas-reliefs d'époque antique . . . les moyeux des chariots ?   Un possible système  de "clavette rapide " ?


 
   L'image synoptique ci-dessus résume 5 ou 6 siècles d'histoire, l'histoire des premières grandes routes qu'a supportées cette petite région :

   -après le gué du Chambon la bifurcation a eu lieu dans la première partie de la  montée : à gauche de l'image, en rouge, l'itinéraire  vers le plateau de Royer sur l'interfluve entre  Boulou et Cramoulou. On aura passé passé à gué de belle manière le ruisseau d'Envaud, passé par ou à proximité de l'ancienne ferme de Bois-Pataud (faute d'enquête au sol, nous n'avons pas tranché), frôlé le village de la Béchadie, descendu vers le gué (ou le pont) du Boulou guidé par une trace sur les hauts de la Béchadie, puis remonté vers Royer.
Si un itinéraire conduit vers Périgueux/Vesuna voire Bordeaux/Burdigala ce devrait être celui-ci .

   - Toujours après le gué du Chambon, à droite de l'image, enfin sortie à grand peine du tobogan gigantesque (clichés B) la voie du sud prend son indépendance et aborde enfin le plateau. C'est la  branche issue de la bifurcation. Ignorée par la Table de Peutinger nous sommes dans l'incertitude vis à vis de sa destination. Sur une rupture de pente, la voie tardive chère à COURAUD (flèche jaune sur la route moderne) va la trancher et valider ainsi son passage.
   Ici, sur le haut des terres on remarque un ancien dépôt de pierraille recouvert de gazon. Hormis la présence de gros éléments, l'épierrement des labours est une  pratique  ancienne. Plus près de la route on note un lit de cailloux et un dépôt de très gros blocs mis au jour par des dessouchages récents. L'ancienne voie a ainsi été localement  détruite par la voie nouvelle (flèche jaune). Une petite station a pu exister ici (buis et aménagements divers).
  La voie du Haut-Empire (tracé rouge) poursuit  par le Petit-Cheyrol. On peut en suivre le cours jusque dans la proximité de Maison-Rouge. Le nom de Maison-Rouge se retrouve si souvent le long de ces vieux itinéraires que l'on a fini par admettre avec quelque raison, qu'il marque le souvenir d'une ancienne  "mansione" ou d'une "mutatione", un site d'étape : auberge,  commerces, relais d'attelages  . . .  Nous retrouverons encore une trace à Triquerie près de St Maurice-les-Brousses et non loin à Bonnetie, un enclos de tradition gauloise . . .



Aurons-nous suffisamment éclairé le sujet et donné le ton pour des recherches futures ?  Nous allons  clore notre propos par quelques images.
   - D'abord les sorties sud de la vallée de la Briance, face au Chambon, puis le croisement des voies à mi-pente.
   
   Détails
                                                             
                                            Et, autres images . . .

Pierres
   Un panel de pierres homogènes dans leur hétérogénéité - pour les géologues -  où la famille des schistes de la Croix-Janiquet fait exception.

Et puis . . .

   Et puis Solignac hors de notre sujet mais pour ce que le lieu représente, avant et après  Saint-Eloi. Et pour la "visualisation" du passage de la voie  tardive encore apparente dans le tissu urbain actuel. Et un clin d'oeil sur un vieux pont d'origine antique.
   Et sur la voie de Vesuna, une trace dans la descente vers le Boulou, après la Béchadie.
   Et sur la voie du sud, le noyer du Petit-Cheyrol parce sa famille se perpétue  toute seule sur le bord d'une ancienne voie inconnue jusque-là. (Navré mais on en verra d'autres ! Il est coïncé sous la carte postale et je n'ai pas envie de refaire le panneau.)

  Et puis de part et d'autre de Royer (Royer-sud) et de notre  très vieux chemin des romains, sans commentaires superflus, une ferme gauloise puis une autre un peu plus gallo-romaine peut-être ! Parce-que  les hommes ont précédé les routes et nous l'avions un peu oublié, trop préoccupés par les difficultés du parcours.
   Nous reviendrons dans une prochaine page, sur le plateau de Royer avec les voies venant du Bas-Verthamont

Images


B / La voie de l'Est : la "via agrippa"


via agrippa
   
Soyons honnête, à partir du Pont-St-Martial, le tracé de la voie d'Agrippa vers Lyon/Lugdunum ne s'est pas imposé à moi d'emblée  car il n'y a pas 
d'antécédent dans  la littérature limousine, pour une telle solution.

   Par contre, un passage d'eau antique au niveau de l'ancien village des Casseaux m'a toujours semblé tout à fait crédible et il me semble sans précision aucune, que la possibilité d'une telle existence aurait été vaguement évoquée anciennement dans la littérature limousine. Un passage d'eau antique qui se serait perpétué jusqu'à l'époque contemporaine puisque d'alertes  octogénaires m'ont fait confidence qu'entre les Coutures, le Naveix et la Grande-Ile, de leur enfance et de leur adolescence, ils gardent le souvenir très précis de Mathieu le dernier passeur. Sa maison existe toujours, conservée comme une relique au plus près de l'eau, en rive droite de la Vienne.

   Alors et puisque nous avons déjà l'exemple sur la voie de Périgueux de la dualité Gué du Haut-Verthamont /  Pont St Martial, pourquoi n'aurions-nous pas sur la voie de Lyon, l'alternative Bac des Casseaux / Pont St Martial.
  Et je vous entends déjà me dire : oui, par la rue de Babylone !
  Et cela mérite que l'on marque une pause et que l'on en revienne à tout ce que j'ai pu dire sur les voies antiques. Même celles que je qualifie de tardives.

       
Ste Anne et Mas-Rome           

   La "Maxime de la Falaise"

  Imaginons que la Table de Peutinger nous ait proposé une voie Augustoritum - Tolosa (Toulouse). Nous venons de voir à deux reprises que pour tirer une voie directe, un  mur de rochers n'arrêtait pas le romain. La solution que nous avons vue à l'oeuvre pour la rue de la Roche ou le passage vers la Font-Péchiade, vaudrait pour la nouvelle direction. A partir du Pont St Martial, la solution "à la manière antique" eut été un départ par la rue Sainte-Anne. Puis St Lazare et approximativement notre ancienne Nationale 20.
   C'est ce que nous avons voulu évoquer par de petites flèches jaunes, beaucoup plus haut dans cette page, par l'image synoptique GOOGLE des voies transitant par le Pont St Martial.
  Et depuis le Haut-Moyen-Age et durant la majeure partie des temps de l'Ancien-Régime, ce fut sans doute ainsi que se passèrent les voyages puisque en beaucoup d'endroits  le passage était fait et  les moyens d'en créer de nouveaux étaient chichement mesurés voire inexistants.

  Et il a  fallu attendre le XVIIIème siècle pour que Messieurs Trudaine à Paris et Tressaguet à Limoges (du temps de Monsieur Turgot) voient les choses autrement : la création de l'Ecole et du corps des Ponts et Chaussées permirent de prendre en compte les besoins de développement du commerce et de l'industrie.

  De nouvelles routes soucieuses de l'efficacité des attelages furent tracées, négociant les montées, créant des replats pour laisser souffler les chevaux.  La performance changea de critères et un de mes aïeux qui était roulier avait coutume de dire : "les bons chemins n'allongent pas".
   Nous ignorons si  quelques chemins incertains créés par l'usage, précédèrent ou guidèrent à une certaine  époque la construction de ce qui deviendra la rue de Babylone. Elle existe au Plan Legros de 1774 mais on ne la voit plus au  Plan de J B Tripon  de 1750 reproduisant celui de Tressaguet, mais il est vrai que nous sommes sur la marge sud-est de ces plans.
    Elle figure par contre à l'ancien cadastre de 1812. Cette rue serait  une création tardive et probablement ex nihilo.
 
  Et de fait, pour la desserte de St-Lazare par cette nouvelle route de Toulouse,  l'allongement du parcours divise  par deux le taux de montée de la rue Sainte-Anne. Mais aucun constat de ce  genre  n'aurait ému un ingénieur romain ce  qui écarte toute velléité supplémentaire de leur attribuer la paternité de ce parcours "chantourné".

  Oublions Toulouse et revenons à la route de Lyon.
   Et sur le Plan Legros, nous constatons que la racine de notre voie romaine de Vesuna par la Font-Péchiade et la Croix-du-Crible, était depuis longtemps sortie de l'histoire. Nous ne sommes pas peu fier de la faire revenir par la petite porte.
   Même si la route de St Yrieix avait à cette époque, une assise  sensiblement plus éloignée de la rivière que de nos jours.


                                           La voie d'Agrippa : voie de Clermont /Augustonemetum et de Lyon / Lugdunum




  Simples remarques

   Au départ, sur la rue de Babylone, l'immeuble qui fait angle à droite en montant la rue Ste-Anne  est établi au même niveau que cette dernière et sur un espace qui permettait sans doute aux temps antiques, l'alignement courbe de la voie sur la sortie du pont.

   Immédiatement au-dessus de l'immeuble, dans le jardin de la première maison d'habitation, une fontaine coule dans un petit bassin d'ornement.
  A mi-montée, la rue Sainte-Anne marque une nette inflexion à gauche  invite à penser qu'une bifurcation ("à l'antique") a pu exister à cet endroit.
La branche disparue, à gauche, se raccordait sans difficulté à la partie haute de la rue actuelle Etienne-Jodelle qui a marqué de longue date l'esprit des anciens du quartier par sa pente très forte, au point d'avoir fait adage :"Faut la monter, la Catissou !"La rue Etienne-Jodelle aboutit à la rue de Toulouse (prolongement de la rue de Babylone) par un délaissé de route en angle droit, la rue Antoine-de-Baïf, dont le tracé en "chapeau de gendarme" se retrouve fréquemment dans la voierie moderne, au franchissement d'un obstacle traversier en creux tel qu'une tranchée routière antique (vignette ci-dessus et photo synoptique ci-dessous en impression jaune, la "catissou" étant en vert).
  En face, la rue Lucien-Rougerie prolonge la rue Etienne-Jodelle, vers un gué sur l'Auzette.

  N B : Un autre délaissé ancien sur la rue de Toulouse, plus haut, avant l'arrivée sur le replat de St-Lazare, ne présente aucun environnement archéologique. Il pourrait plus certainement être un effet de la doctrine des ingénieurs du XVIIIème sensibles à l'efficacité des attelages ( cadre blanc, photo "superposition d'éléments"  ci-dessus).



Le Mas-Rome

   Le gué du Mas-Rome dans l'orientation biaise que l'on peut être tenté de lui donner aujourd'hui, impliquerait une large courbe de la voie d'Agrippa par la Cité du Sablard avant d'atteindre sa jonction avec la branche venant du Gué des Casseaux, au niveau de l'Hopital du Dr Chastaingt.
   Quant à invoquer une relation toponymique entre le passage d'une voie antique et le nom de l'ancien village du Mas-Rome, il n'y a qu'un pas. Il nous revient cependant le souvenir d'une vieille publication - 30, 40 ans ?  - qui tenait pour acquit que le nom avait été donné à ce village maintenant disparu, en l'honneur de L'Aiglon, le Roi-de-Rome . A qui se fier, notre histoire locale est pleine de chausses-trappes !
   Mais voici  ci-dessus, la reproduction d'une vignette d'arpentement  mise en ligne par les Archives Départementales de la Haute-Vienne. Ce document montre un village important nommément  désigné  le Mas-Rome. Le style du croquis me semble bien antérieur au Premier-Empire et n'y aurait-il pas un effet de perspective avec en arrière-plan la ville de Limoges ?
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   Nous reviendrons dans une prochaine page au passage d'eau des Casseaux suivi de quelques jalons que nous avons plantés sur la voie d'Agrippa jusqu'à St-Priest-Taurion et à toutes sortes d'autres choses.