ARCHEOLOGIE  AERIENNE
EN  LIMOUSIN

Forum et voies
                                         

                                                   Carte   IGN  au  1/25 000ème   Série bleue   N°   2031  Est  LIMOGES

                                        Augustoritum

                              Les  voies  de  la  conquête


I - Itinéraires  de l'ouest  vers Saintes

et  du  sud-ouest par le Haut-Verthamont

  Ces images d'itinéraires antiques au départ de Limoges/ Augustoritum et les commentaires qui les accompagnent, ont occupé mes loisirs - à partir de 1984 - durant vingt longues années en alternance avec d'autres sites antiques plus ramassés mais tout aussi prestigieux.
   C'est assez dire que mon opinion ne s'est pas fixée en un instant . Concernant les voies, c'est dire également que j'ai un jour dû cesser mes recherches sur les prolongements lointains de ces itinéraires antiques -  20 kilomètres pour certains, 50 à 60 pour d'autres - et qu'au delà de ces limites les tracés exacts ne me sont pas  complétement  familiers.
   Et  il est même probable qu'ils ne le seront jamais.
   Mais mon but n'a jamais été la performance au long cours mais le souci de découvrir, de montrer  et si possible, de faire comprendre.

                          La bifurcation de Peutinger 

Peutinger


    La rue décumane principale qui bordait le forum au nord, circulait sur l'arête supérieure d'une rupture de pente, à quelques dizaines de mètres au-dessus de la rue Ferdinand-Buisson (travaux de Jean-Pierre LOUSTAUD).
   A la limite de la ville coloniale antique, à l'emplacement d'un carrefour que l'on appellera bien des siècles plus tard, la Croix-Mandonnaud (pastille rouge sur jaune) près duquel on a retrouvé des sépultures à incinération (figuratif d'urne et de bûcher), la rue se scindait en deux directions:

           - l'une prenait la direction de l'ouest vers Chassenon puis Saintes (flèches rouges). Les rues du Clos-Adrien puis Louis-Casimir-Ranson ont sans doute gardé quelque chose de ces orientations antiques. C'était la branche ouest de la voie d'Agrippa qui pouvait recevoir (par le nord-est et  l'actuelle rue Pétiniaud-Beaupeyrat), un diverticule d'évitement du forum venant de la place Maison-Dieu actuelle (ou y allant, copie du cadastre ci-dessous). Voir également le cadastre "rose" à la page précédente : Augustoritum.

    Cadastre Ste Claire
   

              - L'autre itinéraire poursuivait son cours sur la rupture de pente qui se prolonge et forme bissectrice dans l'ancien potager des "Petites Soeurs des Pauvres" et qui est toujours occupée par l'allée principale de la propriété (fond jaune clair sur le document IGN). Ponctuellement un contrôle visuel  est possible sur la venelle de Chez-Pinchaud qui clôt le domaine entre la rue du Clos-Adrien et la rue de Nazareth (pointe de flèche jaune sur le document IGN). C'était une des voies de Vesuna /Burdigala : Périgueux / Bordeaux (flèches jaunes sur la photo IGN de 1950, plus haut et ci-dessus). Autour des années 1950 on aurait sans doute pu contrôler le passage (à gué ?) de la voie antique sur le ruisseau du Canadier au lieu-dit  La Chapelle (cercle jaune cadastre et IGN 1950).

    La voie de Périgueux traversait alors les terres agricoles du village de Sainte-Claire sur lesquelles a été bâti le Lycée Renoir il y a une cinquantaine d'années.  Lors de ces travaux la présence d'une voie antique ne fut pas détectée ce qui est souvent le cas pour ces voies ruinées dont la signature de remblai est extrèmement floue : seule l'image aérienne sur fond de cultures peut trahir la subtilité des perturbations physico-chimiques résiduelles du sol. Par contre les substructions d'une  villa romaine furent mises au jour. De par sa position, la vocation de l'édifice pourrait ainsi être plus proche d'une hôtellerie que d'une demeure particulière.



QUELQUES  PAS  SUR  LA  VOIE  D'AGRIPPA


                                               Le Chemin de Beaupeyrat : le "beau peyrat".

Casimir
    Il fut un temps où nous aurions tiré argument de la lente flexuosité de la rue Louis-Casimir-Ranson (l'ancien Chemin de Beaupeyrat) comme d'une "marque de fabrique" que nous aurions  remarqué   au long des voies antiques. Nous en sommes aujourd'hui  moins sûr et il se pourrait au contraire que le phénomène soit plutôt dû aux difficultés de récupération d'un itinéraire antique et à sa remise en état de viabilité après les exactions très anciennes des pilleurs de matériaux.
   Il est toutefois remarquable que la rue Albert-Thomas (ancien chemin de Corgnac et de la Borie), autre voie d'origine antique, présente le même phénomène dans son tracé. On peut également se poser la question de savoir pourquoi au cours des travaux d'urbanisme des XIXème et XXème siècles, seules - à notre connaissance - ces deux rues majeures de la ville n'ont pas été "alignées".
                                           
                                          Du Puy-las-Rodas au Mas-Bouyol

    La vieille photo aérienne décrit avec  précision l'itinéraire antique. Evidemment le terrain a été éclairé en aval, loin de la ville, par une enquête sérieuse, tant par voie aérienne qu'au sol. Et la Table de Peutinger nous a donné  un départ du forum non équivoque.

   Après le "Chemin de Beaupeyrat", il n'est pas douteux que la voie antique se trouve maintenant sous la rue du Puy-las-Rodas sur la quasi totalité de son cours.
   A son extrémité précisément, une tranchée de passage  de la voie antique a été rendue nécessaire par la présence traversière d'une petite faille.
Puy las Rodas
  La voie  se dégage ainsi de l'extrémité actuelle de la  rue du Puy-las-Rodas au niveau de la  rue Clouet ( pastille rouge).   
  La tranchée routière résiduelle était encore suffisamment marquée en 1950 pour justifier l'inflexion vers l'amont du chemin de Pépou  et en rive de ce chemin précisément, deux  arbustes  marquaient  le passage
des fossés antiques (points noirs sur l'inflexion du chemin). C'est immédiatement en dessous de cet endroit que se situe aujourd'hui encore, la dépression d'origine antique occupée par 3 commerces et un parking sur le boulevard du Mas-Bouyol.
   Le point bleu marque l'emplacement du pont SNCF sur le ruisseau ; c'est également aujourd'hui un passage piétonnier. En aval  le figuratif du gué est explicite. 
Les pointes de flèche rouges indiquent la trace de la voie.


    Le "Chemin de Pépou"  (photos aériennes  et cadastre ci-dessous)

   Les anciens s'en souviennent encore : le "chemin de Pépou" par lequel on allait du Chemin du Mas-Bouyol à la rue du Puy-las-Rodas, présentait bien deux inflexions en "chapeau de gendarme". Tous se souviennent de celle qui contournait le lavoir mais aucun d'eux n'est plus capable de justifier l'origine de la seconde (bien moins marquée il est vrai), du côté du Portefaix.

    La dépression de la rue Brémontier (vignette ci-dessous) : le problème de l'information non vérifiée

   Autre chose, quand vous descendrez le Puy-las-Rodas, marquez donc un temps d'arrêt dans l'axe de la rue Brémontier (flèche rouge ci-dessus, pointe de flèche rouge ci-dessous) et observez la très large ouverture du vallon creusé en quelques millions d'années par le ruisseau du Mas-Jambost maintenant canalisé en souterrain bien évidemment.
  Ce n'est pas le passage de la voie antique comme cela a pu être dit et écrit. Les tranchées routières romaines ne dépassent pas 15 à 20 mètres de large et présentent des  flancs évasés à 45° environ, pour un profil "en auge".

   La voie antique ? Mais elle est là, sous le Puy-las-Rodas et nous stationnons dessus !

   On comprend bien qu'on ne peut pas faire aveuglément  confiance à une  tradition locale transmise par le " bouche à oreille".
   Mais le risque de divagations inconsidérées vient également  des emprunts non déclarés dont peuvent se rendrent coupables  certains auteurs en panne d'arguments ayant assisté à des  causeries, visité des expositions, lu des résumés de presse,  entendu des conversations ou  participé à des promenades plus ou moins organisées entre amateurs. . . ou pris connaissance de publications hasardeuses. Et toutes les dérives sont  possibles dès lors que l'emprunteur  ne s'est pas réapproprié  le renseignement en le vérifiant soigneusement et en le réinsérant lui-même dans un contexte solide . . . 

  Cadastre Rodas
Brémontier Calmette


                                                    Du Puy-las-Rodas au Mas-Bouyol et à La Perdrix

   
       La traversée biaise de la  faille du Mas-Bouyol (vignette ci-dessus; voir éventuellement la carte géologique)

    Sur le décrochement de terrain  entre le Boulevard du Mas-Bouyol et le gymnase du Collège Calmette (point rouge) des bouquets de saules marquaient il y a quelques années encore, les arrivées d'eau  drainées dans la pente du Puy-las-Rodas par les vestiges profonds de la voie antique.
      Du saule au bas d'une pente :
il n'y a pas de petits indices.
  Au milieu des années 1980, ce terrain fut traité en espace paysager ( photo aérienne ci-dessous) puis il revint à la friche (ci-dessus). Il est maintenant  en cours d'urbanisation.  
             Il n'y a plus rien à voir.

NB :  Le gymnase du Collège Calmette est repéré par une pastille rouge -  vignette ci-dessus près du plan cadastral et vue aérienne ci-dessous.

Conflit entre les restes d'une tranchée routière antique et le bief d'amenée d'eau au Moulin de la Perdrix

La Perdrix
   Le pied de la  faille du Mas-Bouyol (entre Boulevard et Collège) marque le début d'une déclivité qui se termine en terrasse au-dessus des prairies de fond qui bordent  la rivière Aurence.
 
   Pour négocier au mieux cette dernière rupture de pente, le romain avait creusée une tranchée routière qui commençait à mi-pente et venait finalement écrêter la difficulté. En 1950 encore cet artifice présentait sur près de 200 mètres , un relief en creux appréciable et particulièrement lisible sur la vignette circulaire qui figure ci-contre. En 1984 encore nous avons pu repérer cette tranchée en cours de comblement : voir nos photos ci-contre.

  
   Après le creusement de cet artifice routier par un ingénieur romain,  2 millénaires plus tard -  "excusez du peu" - lorsqu'il fut question de créer là un moulin , le chenal d'amenée de l'eau "excluse" de la rivière  par le barrage  du Mas-Jambost en amont, vint se heurter à cette tranchée routière.
   Pour  pallier la difficulté
 
 de cette rencontre, le canal fut tracé  en "chapeau de gendarme" comme plus haut le chemin de Pépou. 
  Sur la vignette circulaire de l'IGN, la ligne noire marque le fond de la tranchée routière.  L'épaulement gauche  apparaît érodé, effet probable du piétinement par des vaches en pâture.

  Sous nos yeux en 1984, la tranchée a été en grande partie comblée par les terrassements du lotissement "des oiseaux de mer" autour du Mas-Bouyol et pour rendre compte de l'épisode antique, il ne reste aujourd'hui que l'anomalie du bief (cercle rouge).
  Attention : même les cartes IGN au 1/25000 ont gommé ce détail "insignifiant" comme elles le font souvent et par nécessité des plus petits méandres de nos ruisseaux.
  Les deux vignettes rectangulaires (en bas, à gauche) montrent l'aspect du paysage après la construction des maisons. Avec -  pour les esthètes des petits matins d'hiver -  une belle coulée de lumière  qui tranche sur les fougères roussies des bords du bief d'amenée.

                                   La traversée de l'Aurence, la montée vers la Ferme d'horticulture municipale
et le plateau du Mas-Loge

   La traversée de la rivière Aurence s'effectuait probablement à gué car il ne reste  qu'une gravière à cet endroit précis mais pas une seule pierre.
   Sur plusieurs kilomètres, la  plate-forme alluviale qui encadre la rivière, présente une largeur importante et il est manifeste qu'un ingénieur a choisi de faire traverser la voie antique ici, à l'endroit le moins large et qui aboutit de surcroît à l'endroit précis où cessent les aplombs abrupts de rive droite.
   Nous retrouverons cette même adresse professionnelle au nord d'Augustoritum, en prélude au passage de l'Aurence par la voie de Rancon.

  Au pied de la pente qui monte vers la ferme municipale, une levée de terre porte un buisson perché. Les chênes, les cépées de houx  et de noisetiers ont colonisé ce remblai qui rassemble les restes d'une chaussée antique.   Il donne avec précision l'orientation générale  de la chaussée  telle qu'on peut la relèver depuis le bief d'amenée de la Perdrix jusqu'aux approches de la Vienne, dans quelques kilomètres.

Roseraie

    Au centre de l'image principale, au fond, à droite, figure le remblai et le buisson perché : la progression vers l'ouest et Chassenon s'effectue en allant vers la gauche par la belle tranchée routière qui a cependant été en partie comblée par des dépôts de gravats durant de longues années et avant les aménagements paysagers de la ville de Limoges (Parc du Mas-Jambost). Les vignettes de droite, en bas, montrent le volume assez modeste de la levée de terre mais surtout l'arrivée d'eau collectée dans la pente depuis la route du Coudert par les restes des terrassements antiques et qui déborde souvent les moyens de captage et d'évacuation mis en place.

   Arrivant sur le léger replat, à l'intérieur de l'Etablissement de culture, la vignette de gauche  montre en enfilade le bombement du profil de l'ancienne chaussée qui a guidé l'orientation de la rue de la Roseraie que l'on aperçoit à droite. Des grosses pierres  (les margines) qui bloquaient les rives de la surface roulante antique, ont été dégagées et conservées sur place  lors de l'aménagement de la route d'entrée de l'établissement  qui recoupe ici la voie antique.

   La vignette du haut présente la suite de l'itinéraire. Le Chemin de Chez-Fournier  circule - et sans doute depuis de nombreux siècles - sur le bas-côté droit de la voie antique en allant vers l'ouest et Chassenon. D'ailleurs chaque cliché de l'image composée est porteur de petites flèches rouges indiquant cette direction.
  A l'approche du ruisseau de Muriol, le chemin rural s'infléchit vers la gauche pour profiter  du  pont romain depuis longtemps envasé certes mais dont l'assise solide est toujours là. La rigole présente sur le cliché ci-dessous est une dérivation du ruisseau  qui pallie l'obstruction du pont d'origine .
  Puis le chemin va revenir à droite pour reprendre son parcours sur  le bas-côté de l'ancienne voie.

    Comprendre ce que l'on voit ne relève jamais de l'anecdote.


Les vaches de Chez-Fournier

   Le cliché du bas montre le bombement très sensible de la chaussée antique qui court depuis l'abreuvoir au loin, sur la dérivation du ruisseau de Muriol (le fond du pré : cliché rapproché en haut) jusqu'à la crèche rustique, au premier plan, à deux pas du village. Le piétinement des animaux avait dégagé les restes de la surface roulante (printemps 1990).


Vue synoptique de la voie d'Agrippa entre le forum d'Augustoritum
et le village de Chez-Fournier


Pré aux vaches


   Voici ci-dessus, l'illustration de la doctrine très stricte des ingénieurs romains d'Agrippa, chargés de la mise en place du réseau des voies destinées à parachever la conquête de la Gaule. La parfaite rectitude du trajet est remarquable dès les premiers milles ( 1 mille romain = mille double-pas = 1450 mètres)
   Dès la sortie de la ville l'ingénieur affichait la direction vers le but lointain assigné, disons Chassenon / Cassinomagus; mais le terrain était éclairé loin en avant du chantier pour que toute dérogation à la règle  soit  justifié par un incident topographique de force majeure (voir la "chicane" de Calmette avec les saules dans la forte pente) ou par une confrontation avec l'indigène.
   Nous avons fait figurer entre Muriol et Chez-Fournier deux diverticules-échangeurs vers une voie plus tardive que nous appelons  la "Voie Haute de l'Ouest". Leur trace ne va pas tarder à disparaître sous l'urbanisation rapide du versant sud de Landouge. Il est encore temps de vérifier - en allant au besoin sur Google Earth ou Géoportail (IGN) - combien ces deux courtes voies antiques ont pu orienter depuis des temps immémoriaux, les limites parcellaires  sur cette vaste zone.
   Bien sûr nous poursuivrons dans des pages à venir le tracé de la voie d'Agrippa vers l'ouest et à tout le moins jusqu'à Chassenon.

     Alternative

   Une solide tradition limousine fait toujours transiter la voie d'Agrippa par la rue François-Perrin.
  Quand la Place des Carmes devint un grand carrefour routier, la belle ville d'Augustoritum consommait sa ruine, Chassenon ne valait guère mieux, Saintes avait cédé son rang de capitale d'Aquitaine à Bourges et Agrippa était mort depuis deux siècles. Désolé. 
   
   Et si la rue François-Perrin recouvre maintenant un itinéraire du Bas-Empire,  ce n'était qu'un nouveau et tardif départ - ainsi décalé pour tenir compte de la dureté des temps -  pour l'avatar d'une voie de Périgueux et Bordeaux que nous allons étudier bientôt.

Faille Moulin

    Pour assumer l'hypothèse de la voie d'Agrippa passant par la place des Carmes et la rue François-Perrin, les auteurs sont obligés  -  dès avant la traversée du boulevard de Vanteaux/Mas-Bouyol - de se laisser dériver vers le quartier du Mazan par la rue (ancien chemin) du Mas-Bouyol

   Cette
évolution est destinée à amener l'axe antique prétendu
en tête de la petite faille de la Perdrix (tiret jaune à droite du cliché ci-dessus).
   Ce micro-accident tectonique (une petite dépression   à relier probablement à la faille perpendiculaire du Mas-Bouyol évoquée plus haut) collecte depuis les temps géologiques la colluvion de ses versants mais jamais aucun ruisseau  n'est venu déblayer ces dépôts : depuis toujours c'est le royaume de la vase et des joncs (voir
sur le cliché le compartiment effondré au-dessus du moulin).
  Au bilan de l'hypothèse : allongement du parcours, long transit par des lieux instables et insalubres ( les "loci iniqui" des auteurs romains ) et mauvais raccord avec la tranchée routière de la Roseraie attaquée en biais. Car personne ne conteste plus - depuis notre photo  péremptoire de la voie dans les terres du Bas-Félix en 1986 - le tracé par le village de Chez-Fournier, la propriété de Chamberet, les Bois des Vaseix et . . . le Bas-Félix dont nous parlerons  plus loin.

 La photo  de la Perdrix ci-dessus, expose ainsi les tenants et les aboutissants d'une mauvaise solution (tirets jaunes): elle souligne particulièrement   l'étendue de la zone innondable.

N B : Le passage véritable est caché par les arbres, à l'extrème gauche du cliché (flèche rouge).



QUELQUES  PAS  SUR  LA  VOIE  DE  VESUNA


   Cette voie antique n'a jamais été décrite. Elle bénéficie cependant sur 1 km  d'une "appellation contrôlée" très tardive qui selon nous, est l'effet d'une simple coincidence. En effet,  un gué de Verthamont ( un bac sur la Vienne en fait, à hauteur de l'Aiguille) est resté en service jusqu'au début du XXème siècle.
   Ce passage à bac a drainé vers lui l'attention de dizaines d'archéologues qui n'ont jamais pu se détacher d' itinéraires dont l'usage se perpétuait durant les derniers siècles, cristallisant des accès à la rivière compliqués, changeants et particulièrement incommodes qui n'avaient qu'un lointain rapport avec un tracé antique.
   Rappelons pour mémoire et pour n'y plus revenir, ce trajet encore vivace dans les mémoires mais ruiné vers la fin du  XIXème siècle par la construction du pont de l'Aiguille .
  La  route  desservante , venant de la Place des Carmes par la rue François-Perrin puis la rue d'Isle, transitait par la Croix-des-Places  et suivait ensuite les deux tronçons successifs de la rue du Gué-de-Verthamont. Puis par les rues actuelles André-Barlet et de la Croix-Bachaud ce chemin longeait ainsi  la crête de Montplaisir, passant  entre les châteaux d'eau puis descendait la D 74 par Ventre-Noir. L'itinéraire marquait une inflexion  au nouveau carrefour de la Croix-du-Thay (rond-point à 5 routes) pour enfin atteindre la Nationale 21 puis la Vienne, par une petite route  communale qui dévale la pente des Garaudies. Au demeurant un parcours heurté depuis les châteaux d'eau et un imbroglio sur la fin : l'antithèse d'une voie romaine puisque c'est de cela dont nous voudrions parler.

                                   La voie précoce du gué du Haut-Verthamont

    Ste Claire  

   Nous reprenons la voie de Périgueux où nous l'avions laissée, dans les terres de Sainte-Claire.
  Tout au long de cet épisode et jusqu'à la Vienne, nous allons privilégier  l'étude  de la mission verticale IGN de 1950, parmi 10 ou 15 autres possibles, plus ou moins "parlantes en archéologie" selon les aleas météorologiques du moment de leur réalisation.

  Mais on peut au passage,  s'étonner qu'au terme de 60 années d'existence à disposition du public, la mission de 1950 particulièrement performante et riche en indices archéologiques, n'ait  jamais trouvé que sur le tard, un "aviateur lambda" pour s'en émouvoir.
                                     
                                     De Sainte-Claire au Roussillon

 
   La voie est reportée ci-dessous sur fond de photographie IGN 1950, par des tirets et quelques flèches. Dans les intervalles nous avons cerclé de rouge les indices les plus probants.
   En large surcharge rouge, le boulevard périphérique de la ville apporte une aide au calage topographique.
  Dans le même esprit et sur les différents clichés en vue verticale, le rond-point principal de l'Avenue de Naugeat est cerclé de noir; le carrefour de la rue Victorien-Sardou et de la rue Bourdelle est cerclé de rouge.

   Après le passage sur les terres de Sainte-Claire, la voie antique a laissé une forte empreinte autour du gué sur le ruisseau de Vanteaux.  
  L'approche du gué s'effectue selon une longue courbe qui vient circuler au pied d'un talus toujours fortement marqué entre un immeuble d'habitat collectif sur le point haut et les maisons individuelles de la rue Bourdelle en contrebas. La photo de 1950 restitue le gué encore  marqué par un  massif d'arbres sur le ruisseau, au milieu d'une haie vive qui barre les prés de fond : on peut le situer en léger aval du rond-point actuel et dans l'axe de la rue Bourdelle.

  Un astérisque vert marque sur le document Google, un point d'observation photographique du carrefour Sardou/Bourdelle et une perspective vers la hauteur de  Vanteaux. Cette photo  montre à gauche, sous une surimpression rouge, un croissant de terrain qui ne fut pas compris dans le lotissement des parcelles à construire entre les rues Bourdelle, Edgar-Quinet et Sardou : l'opération date du début des années 1960 et la raison m'en est inconnue mais il semble que ce terrain resta propriété municipale. La vignette IGN, ci-dessous, en bas, à gauche, montre l'état des lieux et le "no man's land" qui en est résulté pendant de longues années entre les trois rues.
  Récemment le terrain vacant a été attribué aux deux propriétaires riverains et nos photos en rendent compte.

   Mais on peut logiquement se demander quel  hasard - ou quelle nécessité -  a pu faire qu'une emprise de voie romaine ait ainsi traversé l'histoire pour venir créer un  incident foncier 2000 ans plus tard  ?
   
Notre histoire a besoin des historiens.

Vanteaux

Bourdelle

   Des tirets bleus pour le passage du ruisseau de Vanteaux.
   Et un point bleu pour mémoire : au-delà de la rue Bourdelle, en tirant vers Renoir, il existe une rue Claire-Fontaine. La fontaine existe toujours, cachée par le conifère, derrière la maison particulière. Mais "la source est tarie où buvaient les troupeaux".
    En fond de tableau, le Lycée Renoir.

                                           La voie de Périgueux sur le plateau du Roussillon

Crous

   Tout en haut du cliché IGN un rond rouge-pâle en surimpression marque l'ancien carrefour de la Croix-des-Places. Plus bas nous indiquons également en rouge, le passage du Boulevard-de-Vanteaux juste sur un ancien embranchement : à l'ouest une "rue du Gué-de-Verthamont" qui plus loin deviendra grande, à l'est, une ancienne "rue d'Isle" devenue rue Camille-Guérin.

   On sait, depuis le précédent panneau photographique que le boulevard de Vanteaux est venu trancher l'itinéraire antique. La rue Maurice-Rollinat fossilise maintenant la direction de la voie dont les traces s'observent sur les photos, dans les jardins, au sud. Au niveau de l'impasse Jacques-Cartier actuelle, la trace est complète et voisine avec une empreinte carrée aux angles arrondis qui trahit un probable sanctuaire de tradition gauloise.
   Dans l'angle aigu du carrefour, au sud-ouest, une limite parcellaire allongée colle à la route, devenue rue Camille-Guérin depuis le boulevard. Plus loin on observe un subreptice changement de direction vers le sud-ouest : trace de la chaussée ? Trace du fossé nord-ouest plus probablement.   
   En pivot de la trace, une résidence universitaire et au flanc du haut talus de la courbe - il y a quelques années encore - les grosses margines affleurantes de la voie antique avaient été utilisées pour créer un escalier improvisé et rendre ainsi possible l'accés à la rue en contrebas. Mal calées, elles ont roulé au pied du talus et ont finalement été évacuées. (On devra passer de la photo IGN ci-dessus à nos photos couleur ci-dessous . . . et vice versa si besoin)

   Quelques dizaines de mètres plus loin, un ancien chemin rural marque encore la limite entre le domaine universitaire et  la nouvelle "Clinique des Emailleurs" : les deux pointes de flèche rouges sur le cliché ci-dessous, encadrent un rang continu de cépées de houx qui barrent l'exact passage de la voie antique.  Cas de figure semblable dans le parc du Mas-Jambost à deux kilomètres de là, parmi quelques dizaines d'autres exemples toujours pertinents, dans la campagne limousine.

   Aux fins de repérage, un rond rouge vif rappelle, sur toutes les images qui encadrent ce texte, l'emplacement du nouveau rond-point sur la rue du Gué-de-Verthamont, entre l'avenue du Roussillon et la nouvelle rue Victor Schoelcher.

   Trois autres remarques se dégagent de notre cliché oblique de 1990 ci-dessous :

                    - entre la rue Maurice-Rollinat et le rond-point dont il vient d'être question, le réalignement, la rectification et le recalibrage de cette portion de la rue Camille-Guérin lui ont pratiquement fait retrouver l'assiette et l'importance de la voie antique du Haut-Empire que nous étudions.  Pareil cas n'est pas isolé !
                    - Après le carrefour, une trace rubannée verte bien rectiligne et parallèle à la route, marque la remontée d'eau emmagasinée par le remblai mêlé de pierraille de l'ancienne tranchée d'ancrage de la chaussée antique. Mais aucune remarque pertinente n'a pu être faite lors de la visite du chantier de construction d'une maison de retraite à cet endroit : les voies détruites et remblayées ne laissent pratiquement aucune trace lisible dans le sol (pointe de flèche rouge).
   Par contre et quand les circonstances climatiques le permettent  comme ici, les répercussions  des anomalies physico-chimiques subies par les sols dans l'apparence des cultures, plus encore que dans la végétation naturelle,  sont infiniment  pertinentes. CQFD.
                     - Imaginons-nous montant par la future rue Victor-Schoelcher vers le carrefour de la Cornue - à droite sur le cliché . A mi-chemin, par une rupture de pente adoucie par les aménagements récents, on accède à un léger plateau : "la Côte-Verte", qui porte des indices archéologiques diffus. Il est un peu tard pour s'en préoccuper mais de tels indices  sont souvent décevant à inventorier par les méthodes classiques.

Roussillon

                                      Une toponymie au-dessus de tout soupçon

   Des traces sur la vieille photo de l'IGN nous y incitaient mais on ne s'étonnera pas que nous ayions été attiré par le nom du lieu-dit "Les Cailloux".
   Les dernières traces de la voie occupent en effet, la lisière boisée de Montplaisir qui longe la route actuelle, en contrebas.
   
  Et dans le labour qui prolonge la lisière, les pierres éparses et roulantes interpellent toujours le prospecteur attentif : on peut s'étonner qu'indices matériels et toponymie n'aient jamais pu éradiquer la persistance - en écholalie, de publication en publication  - du passage fautif de cette voie par le point haut des châteaux d'eau, entre Montplaisir et Basses-Vignes ! Les idées reçues ont la vie dure.
   Une personne d'un âge certain,  m'a raconté que son grand-père, passant par la route de Thias (rue Abel-Fagois) à chaque  voyage vers Limoges, ne manquait pas de lui dire,  lorsqu'il était enfant : "Tu vois, petit, c'est l'ancienne route de Bordeaux !"  (Cliché ci-dessous)
   A quelques kilomètres de là, cette même personne, me montrant un endroit précis dans son jardin non loin de Thias, me confia que voulant un jour creuser un puits, ne put aller au-delà de 50 centimètres de profondeur. Selon ses dires une nappe de "kaolin" d'une compacité incroyable ne permettait pas de dégager la pioche par le manche. En fait il devait s'agir du calcaire pilé que  nous avons déjà trouvé à deux reprises sur des soles de voies antiques : lors d'un labour, sur la voie de Rancon et lors des terrassements d'une maison d'habitation, sur la voie d'Agrippa.
 
Voir plus bas un exemple hors site.
  Sans parler des innombrables rognons de silex collectés sur l'emprise des voies.. 

Monplaisir

    La vignette ovale est extraite du vieux cadastre d'Isle  (1812). Elle montre la trace d'un vieux chemin aboli qui a été remplacé par l'avenue Louis-Aragon (que nous simulons par une bande rosée).
    Le vieux chemin portait un stigmate en forme de chicane qui valide encore aujourd'hui - s'il en était besoin - la présence d'un diverticule qui s'échappe de la voie antique (flèche rouge) et qui - tout bien pesé - pourrait n'être qu'une petite bretelle de liaison vers la voie de l'antiquité tardive que nous allons  mettre en évidence en contrebas dans une prochaine page. L'étude de cette dernière voie nous montrera en effet à peu de distance, une trace de même orientation mais d'une tout autre importance. Mention d'indices de même origine dans la page : "une virée de galerne" page 4 .

                                  Du Chemin des Renards au Grand-Bois

Marais de Ventre-Noir

   L'actuel "Chemin des Cailloux" tourne à gauche; le Chemin des Renards poursuit en ligne droite. Ruiné par les terrassements et raviné par les pluies, encombré par des arbres dans sa partie haute,  il n'en représente pas moins le passage de la voie antique.
   Passé le Chemin des Ecureuils - nous entrons dans le bestiaire islois,  la route des Chasseurs n'est pas loin - les traces de la voie disparaissent dans des propriétés privées.
   Il s'agit maintenant de retrouver sa trace 250 mètres plus bas, au passage de la route de Thias à la Croix-du-Thay.
  La photo montre un  talus  localement en
dépression et miné par l'eau sur le passage remblayé de la vieille chaussée: plantes des marais, ronces naines, petites berces . . . et une forte population de joncs au fond du fossé. Le terrain est maintenant bâti et l'arrivée d'eau a manifestement été captée : il n'y a plus grand chose à voir. Néanmoins le dépression demeure.
 De l'autre côté de la route, le propriétaire rencontré au moment de la prospection, m'avait confié qu'il avait fait évacuer
au moment de l'aménagement de son terrain (cercle rouge) ce qu'il avait pris pour un dépotoir ancien :   de la pierraille de tout calibre mêlée de diverses céramiques.
   Le gué sur le ruisseau de Ventre-Noir n'est pas perceptible. La haie qui prolonge la trace incite à se déporter pour contourner une tête de source qui alimente un petit ruisseau vers Gigondas (angle inférieur gauche du cliché IGN) : donc passage à l'est du carrefour  du Grand-Bois (petit point rouge).
    Et lors de la traversée du dernier chemin - pointes de flèches rouges affrontées -  l'anomalie très localisée d'un pavage par quelques grosses pierres probablement récupérées sur place.  
 Et une dizaine d'autres menus détails qui sont le lot du prospecteur un tant soit peu expérimenté . . . Telles les ronces . . .

                                                       Les ronces de la Croix-du-Thay



   Durant des siècles d'usage, les bas-côtés de la voie antique ont été le réceptacle de déjections et de rejets organiques. Ces dépôts ont imprégné le substrat  resté en place des banquettes latérales, ils se manifestent maintenant 2000 ans plus tard, en favorisant la poussée de la ronce, plante commensale s'il en est, de l'homme et de ses animaux domestiques. Entre les deux, l'emplacement lourdement remanié puis remblayé de la chaussée, se montre moins réactif.
   Un relâchement agricole temporaire est nécessaire à l'apparition de ces phénomènes qui sont extrèmement fréquents dans la campagne limousine. Par contre et si le relâchement persiste, la luxuriance envahissante de la ronce noie complétement l'indice.
     On notera avec quelle minutie la trace de la voie dans le guéret a pu être épierrée et nivelée de très longue date.
     Localisation sur la photo IGN ci-dessous.
   Des bouquets de ronces et d'orties (l'une ne va guère sans l'autre) ponctuent également les passages de voies antiques arasées, dans des prairies momentanément délaissées dès les premiers temps de leur abandon.

    Nous retrouverons des exemples de tout cela sur la voie d'Agrippa vers l'ouest et sur la "Voie Haute de l'Ouest".

                                                      De la Croix-du-Thay à la Vienne
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La Croix du Thay
Photo 1 : réutilisation ponctuelle de grosses pierres dans le pavage d'un chemin.
Photo 2 : des grands chênes jalonnent la ligne de crête qui descend vers Beauchêne.

   Le glissement des astérisques jaunes accompagnent le glissement du toponyme "La Croix-du-Thay" depuis son  carrefour d'origine déclassé ( route de Mérignac et  route de Gigondas) et le rond-point moderne.

Verthamont
                                     
A : Chaussée antique pillée sous Beauchêne.
B : Au-dessus de Verthamont, une longue parcelle chevauche la ligne de crête. Elle représente très exactement l'assise de la vieille voie romaine. Au bas, le  petit édicule couvert de mousse couronne un puisard qui récupère l'eau drainée dans la pente par les vestiges de l'ancienne chaussée.

Carte  Limoges Verthamont

Les leçons d'un itinéraire

Beynac
   Le tracé synoptique de la voie du Haut-Empire vers Périgueux et Bordeaux, sur fond de carte au 1/25000ème, entre Limoges et la Vienne, illustre bien le projet très ferme des ingénieurs romains de ces hautes époques, de tirer des routes au profil tendu.

   L'examen du tracé montre également la prévention de l'ingénieur vis à vis des cours d'eau petits ou grands dont il convenait de limiter la rencontre au strict nécessaire : trois sur ce parcours, le ruisseau du Canadier, le ruisseau de Vanteaux et le ruisseau de Ventre-Noir (ou de Gigondas).
   Sur ce parcours de 8 kilomètres, seul le ruisseau de Vanteaux se présentait sous un angle défavorable à son franchissement. Observez qu'après avoir franchi la rigole du Canadier, la voie s'infléchit vers le nord, se rapproche ainsi de Sainte-Claire pour mieux  plonger vers le ruisseau de Vanteaux et le passer perpendiculairement au fil de l'eau selon la stricte doctrine du Génie des Légions. 

   Et il faut se faire à l'idée que ce détail est une raison suffisante pour justifier la gibbosité que présente la voie à cet endroit.

   Nous parlerons plus loin d'un cas similaire non loin des Vaseix, mais cette fois c'est le ruisseau qui fut dévié pour se présenter de façon idoine aux travaux de l'ingénieur.

   On aura remarqué enfin un léger mais assez long déport de la voie vers le nord-ouest entre les Hautes-Bayles et la Croix-du-Thay. La raison "coule de sources" : il s'agit - au prix de ce léger détour - de négocier le passage d'un ruisseau unique en dessous de Thias plutôt que de venir s'enliser en tirant tout droit, dans le marais de Ventre-Noir qui l'alimente (voir carte au 1/25000 ci-dessus).

   Cent cinquante ans plus tard, deux cents peut-être - on trouvera bien un historien pour nous le dire - un autre ingénieur fera un autre  choix.  Mais il sera parti de la place des Arènes et  aura choisi un nouveau gué sur la Vienne. Il longera Ventre-Noir par l'est et son parcours sera plus court; mais nous serons déjà aux temps troublés du Bas-Empire. Nous y viendrons dans une prochaine page.

Une image GOOGLE ci-dessus et deux vignettes un peu plus haut pour vous inciter à continuer vers le sud-sud-ouest après le passage de la Vienne. Je vous rejoindrai vers Royer , sur un itinéraire encore inconnu et bien sûr  inédit, par le Pont-St-Martial . . . mais ça risque d'être long.