ARCHEOLOGIE  AERIENNE
EN  LIMOUSIN


brume

                                                 Cartes IGN  au  1/25 000ème  Série bleue   N°  2031  Est   LIMOGES
                                                                                                                    N°  2030  Ouest  NANTIAT


                                                       Agustoritum
                                Les voies de la conquête (suite)

II - Un itinéraire vers le nord

N B :  Les photographies aériennes verticales, les nôtres, celles de Google ou de Géoportail (IGN) sont présentées, au même titre que les copies de cartes  topographiques, avec le NORD EN HAUT. Quand, pour des raisons de mise en page ou de lien avec des photos obliques proches, cette règle n'est pas respectée, la nouvelle orientation est signalée.

Voie intra muros
   Une bougie . . . une imprudence et vers la fin du XIXsiècle (le 15 août 1864), tout un quartier partit en fumée. Les anciens se sont longtemps souvenu  du "grand incendie du quartier des Arènes". La reconstruction fut l'occasion de moderniser l'habitat par  le jeu des opportunités qui suivent les calamités.
   A l'ouest de la Place de la Motte et des Halles (toit blanc près du carrefour des voies antiques), tout ce qui est maintenant couvert en ardoise fut un jour la proie des flammes.

   Et puis Saint-Michel-des-Lions qui fut bâtie là bien longtemps après que le croisement de ces très vieilles routes eût marqué les lieux. Parce que c'est beau une ville et son clocher, le matin . . . vus du haut de "la Catissou".

                              
LA  VOIE  DE  ST GENCE, RANCON  ET  AUTRES  LIEUX


                                       Les traces dans le milieu périurbain

Références : Carte IGN 1/25000ème, Série bleue, n° 2031 Est, LIMOGES   puis   IGN 1/25000ème Série bleue, n° 2030 Ouest, NANTIAT

   Sur notre cliché photographique  urbain et vertical ci-dessus nous avons fait également figurer le passage très plausible du diverticule de la voie d'Agrippa, déjà évoqué dans la page précédente, dans sa progression vers la Maison-Dieu. Déviation qui permettait à certains voyageurs, au début du premier millénaire,  d'éviter le forum (trait large).
   Quant à la voie de Saint-Gence (trait fin), elle partait du forum et son passage au travers  de la ville antique a laissé quelques traces dans la voirie actuelle. Voici  les rues  qui peuvent avoir conservé, à quelques mètres près, la direction de la voie antique : rue louis-Longequeue sur la longueur du forum, rue du Canal, rue de la Boucherie, place de la Motte, place d'Aine, rue Raymond-Couraud puis rue de la Mauvendière.
   Dans ce qui fut naguère la périphérie urbaine, cet itinéraire est fixé par facilité sous les chemins existants - à une ou deux variantes près. Les choses sont ainsi définiesdepuis la découverte en 1902, d'une borne routière dans une parcelle de terre proche du Mas-Blanc. C'était une borne leugaire portant le chiffre II (2 lieues gauloises = 4400 mètres environ) ce qui correspond exactement à la distance du forum de la ville antique : évocation plus loin par un astérisque rouge, sur le cliché oblique montrant la perspective de la voie jusqu'à Magenta.
 Cependant et après la Mauvendière - place du 8 Mai 1945 - les avis divergent. Pour atteindre  plus vite  la rue de St-Gence, réputée  d'origine antique, certains auteurs n'ont pas hésité à allonger le parcours par l'avenue des Ruchoux, les rues des Palmiers et Edouard-Michaux  pour aller passer l'Aurence, au prix d'une longue rocade de 300 mètres, taillée de biais dans le rocher, au-dessus du Moulin-Rabaud : une solution aussi peu "romaine" que possible.

   A notre avis, aucun impératif discernable ne pouvait à l'époque, permettre une telle entorse à la doctrine et s'opposer à un parcours direct  guidé par la rue Albert-Thomas, héritière du vieux chemin de Corgnac et de la Borie .

                                      Le passage de l'Aurence

   Passant entre ces deux anciens "lieux-dits" (placages rouges ci-dessous), après les tours d'habitat et l'immeuble vermiculaire, on voit bien que les Muses des Arts et des Sciences étaient intervenues pour que la barrière des Pendants de Corgnac soit ici interrompue par une belle coulée verte encore parcourue, il y a 20 ans, sur son flanc nord, par un chemin qui  allait passer l'Aurence  à quelques mètres en aval du petit pont de bois actuel.
   Sur notre photo( la seconde ci-dessous, "La coulée verte . . ."),  les vestiges de ce petit chemin  longeaient les jardins sous une ligne d'arbres encore en place au moment du cliché, mais toute trace était déjà effacée au pied des grands immeubles. Nous n'avons cependant jamais vu ce chemin dépasser  un terrain vague qui a été aménagé depuis en parc à voitures, au pied du musoir ( portant une maison à toit rouge) qui marque l'interruption des "pendants", à l'extrémité de la rue éponyme.

Oblique Limoges
N B : "Les pendants" = pentes abruptes ou falaises rocheuses en idiome limousino-limougeaud.
La Trouée des Pendants

   Au plan de 1858 une étroite parcelle oblique se dégage de l'Aurence en rive droite; pour autant qu'on puisse en juger, les quatre chênes du parc, au-delà du pont, pourraient en marquer les limites latérales (voir plus haut, au-delà du petit pont et ci-dessous en bas, à gauche, en vue inversée).

                            "Que d'eau, que d'eau !"

   Passée l'Aurence, on observe tout de suite un profond chenal  qui prend naissance plus haut, au pied d'une maison. Il barre le versant jusqu'à la rivière où il déverse l'eau collectée dans la pente au-dessus de la route du Moulin-Roux au Puy-Réjeau, et venue jusque-là par le fond des terrassements antiques : un phénomène très fréquemment rencontré sur le cours des voies antiques précoces et que nous avons déjà signalé. Les épaisses chaussées de ces voies étaient, rappelons-le, fortement ancrées dans le sol et leur semelle profonde consistait en un hérisson de drainage : le rudus.

     Un diverticule tardif mais néanmoins d'origine antique.

  Constat important : un reste de tranchée routière est perceptible sur le cliché ci-dessous, à gauche de la maison. Les vieilles photos de l'IGN montrent que cet endroit, situé au bord de la route, servait autrefois de dépotoir. Sa profondeur  apparaît donc considérablement amoindrie sur notre cliché (pointe de flèche rouge).
Résurgences

   Cette dépression ne concerne pas la voie antique précoce que nous décrivons mais un très ancien chemin dont on peut encore observer la racine à partir de la route. On pouvait encore l'emprunter il y a peu pour aller observer la trace de sa partie médiane montant droit dans la pente et qui servait  de limite entre des  parcelles agricoles. Il reprenait allure de chemin plus haut, au-dela d'une haie et persistait ainsi jusqu'à sa jonction à la route de St-Gence, à hauteur du Mas-Vergne. 
  Simple ligne, sans trace de pierraille ni d'arrivée d'eau, ce ne fut probablement qu'un avatar tardif, très tardif  de la voie primitive; à l'époque de son premier usage, les temps avaient manifestement changé. Son parcours matérialisé par une ligne verte sur nos photos, n'a été observé que sur cette courte distance entre la route du Mas-Réjeau et la route de St-Gence : l'archéologie conventionnelle en a fait une voie romaine. "Ca ne mange pas de pain !" On va se retrouver sur la route de St Gence. 
Fontaines    Cliché ci-contre :
  Nous reportons sur le cliché vertical de GOOGLE les observations faites sur les rives de l'Aurence.

 Le pied des pendants est figuré par des lignes marron.

  La ligne rouge représente le parcours de la voie antique : largeur non contractuelle mais assez vraisemblable.

  Les pastilles bleues figurent les arrivées d'eau, les tirets bleus, les évacuation vers l'Aurence.

  La ligne flèchée verte représente le chemin actuel ou encore matérialisé sur le terrain, il y a moins de vingt ans (pointe rouge = tranchée routière voir également ci-dessus) .
 
Clichés ci-dessous : la montée vers le Mas-Vergne et le Mas-Blanc.

   On observera (zone A) des traces de bâti, de parcellaire agricole, de petites voies . . .
 
  Au moment des clichés, à mi-pente, la haie transverse du site nous avait montré un fort dépôt de pierraille à une quinzaine de mètres du chemin vert (trois points rouges).

  Au même endroit, dix ans plus tard, le propriétaire du lot à construire expurge son terrain des pierres indésirables (rue Achille-Zavatta, vignette haute, à gauche).
  Curieusement, la rue Achille-Zavatta a repris sur la partie médiane-haute de son cours, le tracé de la voie antique.  Des héritages techniques incontournables traverseraient-ils les millénaires ? (chargez les images GOOGLE ou IGN et voyez vous-même).
   Et sur nos images, non loin du site A ci-dessous et plus loin sur la vue synoptique de la voie jusqu'à  Bellegarde et Magenta, nous avions repéré, à l'époque,  légèrement à l'écart vers le Mas-Batin, la trace carrée d'un petit fanum. Probablement disparu sous la poussée de l'urbanisation (cadre rouge).
Montée Reyjeau-Moulin Blanc
   La vignette, au bas du panneau ci-dessus, complète la vue générale du Puy-Réjeau au Mas-Vergne. La voie s'inscrit en long sur une "marche d'escalier" taillée dans le fort dévers qui domine la route de St-Gence. La trace est réduite à une largeur minimale de chaussée simplement marquée par la ligne des margines  anciennement récupérées. Aujourd'hui, le site est entièrement construit.

                                     Du Mas-Blanc à Bellegarde

   En document de fond, voici une vue perspective de la voie de St-Gence depuis la rue Achille-Zavatta (Puy-Réjeau) jusqu'à Campanelle, en limite de la commune de Limoges.
  Cinq jalons sur le parcours de la voie, sont illustrés par des vignettes. De haut en bas :

     - cadre vert, large virage à droite devant l'Ecole de Bellegarde (pointe de flèche rouge) puis virage à gauche plus loin, à Magenta. Le but de l'opération étant de contourner les principales têtes de source du ruisseau de Tranchepie (flèche bleue).

    -  Cadre blanc : la voie est visible sur le plateau descendant qui domine le  déblai (près de 10 mètres de profondeur)  de la piste de l'aérodrome de Bellegarde. Sur la partie haute en légère déclivité vers l'aérodrome, l'humidité remontant des terrassements antiques définit parfaitement l'emprise routière. Plus près de nous, l'eau souterraine est partiellement absorbée par une haie vive transversale mais une partie arrive néanmoins sur la lèvre du décaissement et ruisselle sur le glacis. Ce qui avait déclenché a l'époque du cliché,  l'apparition d'une végétation pionnière hygrophile et nitrophile (têtes de flèche rouge, en bas). Lieu-dit "le Petit-Bellegarde".
       N B : une tache humide foncée ( pointe rouge, en haut), de forme circulaire, avec réserve au centre, n'est pas interprétable ( trop vaste pour être une cabane protohistorique, trop vaste pour un point d'affouragement moderne sur une pâture). Courte trace de voie gauloise matérialisée à droite.

    - Cerclé de rouge, le site de la Bravine. Voir les agrandissements plus bas. L'image montre une parcelle portant une culture fourragère sur pied dans sa partie gauche et ayant subi une coupe dans sa partie droite. Même solage, même culture et deux images différentes de la même voie antique. Avec le rappel du même site commenté en page 3 : "Gaulois en Marche" : fossoyages de tradition protohistorique.

    - Cadre orangé : la trace de voie traverse le terrain d'une petite entreprise. Nous avons constaté à l'époque un important gisement de pierres et cailloux de toutes tailles, en bordure gauche de l'allée d'accés.

    - Parcelle de la borne routière trouvée en 1902: astérisque rouge. Rappel par un fragment de bas-relief de la précarité des techniques romaines en matière de traction des charrois : ici des mules sont attelées par un collier de garrot; ce dispositif étrangleur  ne permettait de capter qu'une part infime de la puissance d'un animal.


Vue synoptique

La Bravine

                                       De Bellegarde à Campanelle : l'énigme de Magenta.

   Passée la proximité de l'Ecole de Bellegarde, la voie de Rancon longe à l'est la Départementale 20. Sur un labour, peu avant la D 2000 et les dernières fermes de Magenta, on observe le dessin très particulier de l'élargissement du massif routier : c'est le signe d'une bifurcation qui nous est malheureusement cachée. Les signes du départ d'une voie vers la droite restent très évasifs malgré une planimétrie environnante (chemins, limites de parcelles . . .) orientée grossièrement à l'azimut 45.
   Le document GOOGLE nous confirme et nous définit sans ambiguité l'existence d'une large voie (trace rubanée déjà vue ailleurs et attribuée  aux gaulois de l'indépendance) parallèle à la D20 (juste avant le pont sur la D 2000). Dans le cap nous avons St Martin-du Fault (La Chapelle St Martin) et une trace de vieux chemin concordante; nous avons également Nieul (nova ialo gaulois), siège d'une ferme ou villa gallo-romaine : pas de substructions "maçonnées" connues mais une profusion de tuiles à rebord au revers des fossés en dessous du "Vert-Coteau". Nous avons également le "Chemin de St Martin" des érudits dont nous avons perdu la trace depuis les Bois des Vaseix et qui, en bonne logique, devrait transiter par là . . .  Mais nous sommes sorti de l'épure, revenons à la voie de St Gence.
Magenta

   La voie de St-Gence / Rancon tourne à gauche en passant sous les longs bâtiments de la ferme. Elle déploie sa magnificence dans les terres jusque et au-delà du petit étang : comparez son emprise à celle de la Départementale 20 toute proche. Après l'étang, on observera que le tracé de la route communale de Campanelle à Tranchepie et à Verneuil a accusé une légère mais brusque inflexion à son contact : le buisson à cet endroit, cache un énorme monceau de pierraille (pointe de flèche rouge ci-dessous). C'est un très ancien itinéraire que nous voyons remonter jusqu'à St-Martin-du-Fault.
   Ces "coudes" ouverts se retrouvent  dans certains cas, dans le tracé des limites de parcelles : leur origine pourrait remonter à l'antiquité tardive, au Moyen-Age . . . et témoigner de la difficulté pour des chemins créés par l'usage, à fleur de terre, de passer par-dessus une chaussée romaine encore intacte ou au contraire de franchir la dépression laissée par une chaussée ruinée ou une ancienne tranchée routière.


                                      La descente vers le Boschaudérier : un incident routier

   Depuis Campanelle (route de Bondy) et jusqu'à la Vergne-Blanche, la voie est sensiblement parallèle et  à une cinquantaine de mètres de la route de St-Gence : notez -  cercle rouge en bas et à droite de la première image  O  , après en avoir fait déjà la remarque à la Bravine -  que des propriétaires "fûtés" ne dédaignent pas de créer un potager à un endroit précis de leur propriété qu'ils jugent propice mais dont ils ne savent sans doute rien et probablement pas qu'il se trouve  sur l'emprise d'une voie antique. Un constat de ce genre, deux peut-être, trois à la rigueur, c'est le hasard. A partir de quatre, c'est le  jardinier inspiré guidé par la Providence !
   Nous avons souvent recontré cette  Providence-là, nous la signalerons dorénavant sans commentaire superflu . . .  mais force est de constater qu'elle se fait de plus en plus rare . . . faute de jardins.

N B : Dans les images qui suivent nous poserons deux types de repère qui devraient  faciliter la lecture du paysage d'une photo à l'autre.  
      L'étoile rouge marque une petite parcelle qui fut sans doute carrée avant d'être envahie par une friche arborée : enclos protohistorique possible. Les trois pastilles rouges disposées en triangle indiquent comme à l'accoutumée des dépôts de pierres issues de la démolition de la voie antique : ici, il s'agit d'un lieu unique, le site de l'arbre en boule.

Campanelle au Boschaudérier
   La route de St Gence recoupe la voie antique à mi-pente, à la Vergne-Blanche.

   Lisons le plan synoptique Google ci-dessous à droite, de haut en bas.
 

Cerclée de bleu, une mare que nous avons vue en eau, roseaux et saules mêlés, il y a 20 ans.
Et un petit étang un peu coupé sur les photos, que nous avons vu se remplir et se vider au rythme des aleas météorologiques.

  Référez-vous également et en tant que de besoin, à notre photo oblique, ci-dessus à droite.

   Tout de suite les traces de la voie antique, particulièrement nettes sur une céréale, laissent entrevoir un incident de parcours : l'enquête au sol montre que la voie, déjà construite jusqu'au bas de la pente, (voir la trace d'arrondi sur un replat au-dessus du Glanet : astérisque) a brutalement été coupée en amont par un glissement de terrain : le front est net et encore quasi-vertical à l'aplomb de l'arbre isolé en fond de clairière (vignette ci-dessous).
   Une déviation a été  installée largement  en amont par prudence. Son tracé de reprise n'est pas perceptible sur nos clichés mais son émergence à la charnière du replat parcouru aujourd'hui par un chemin agricole ( dépôt de pierres sous l'arbre en boule), est particulièrement marquée tant sur les photos qu'au sol : photo du labour et de la belle dépression du Pré-au-Lait, en vue frontale ci dessous.


   La photo oblique montre la voie antique restaurée venant des "Sablés", traversant le "Pré au Lait"  er venant côtoyer la route actuelle de St-Gence en passant sous les nouvelles maisons  du village du Boschaudérier (itinéraire rouge).

    Une voie nouvelle

   Il reste qu'en considérant, tant la voie ruinée que sa déviation peu convaincante, on constate que les techniciens responsables, l'ingénieur, avaient pris de grands risques en approchant ainsi les rives instables ("lou Sablés") du Glanet et les sources qui l'alimentent. J'ai pensé un jour que l'on devrait pouvoir trouver dans les terres environnantes, les traces d'une nouvelle voie qui allait racheter cette erreur. C'est sur la photo ci-dessus que je l'ai découverte.
   
   Observez la grande parcelle grossièrement triangulaire qui se situe au milieu du tiers supérieur de cette grande photo oblique du Boschaudérier. Dans sa moitié gauche qui s'appuie sur la route actuelle du Boschaudérier, à peine visible, une trace  part de l'angle supérieur  et après une longue courbe, rejoint la corne du bois en bas de la parcelle. C'est également là que la route actuelle récupérerait l'assise de la nouvelle voie antique.
   Bien sûr et parmi les dizaines de photos prises sur le site,  des signes subreptices confirment l'hypothèse.  Mais le détail péremptoire - rappelez-vous : le "bon sens agricole"  -  viendra  d'un jardinier inspiré dont le potager aperçu entre deux touffes de noisetier  ( rappelez-vous : le noisetier ! )  il y a 20 ans, n'a pas changé de place depuis lors. Il y a sûrement une raison.
 Itinéraire jaune, cercle jaune et vignettes encadrées de même couleur sur la vue de Google.

                                        La LEGION à la Châtre-Boucherane


   De prime abord, entre le Boschaudérier et les fermes de la Châtre-Boucherane, on remarque deux plateaux contigus doucement inclinés au sud vers le Glanet. Au plus près de la rivière, ils se terminent par deux longs glacis qui dominent le fond de la vallée : il n'est pas douteux qu'ils doivent leur hauteur et leur apparence régulière à la main de l'homme. Les deux espaces plans sont séparés jusqu'à mi-profondeur par un court ruisseau : au centre du dispositif, dans les arbres, on imagine facilement une retenue d'eau. Précaution normale pour un camp retranché.

   Plus loin, un peu plus haut dans la pente, on hésite encore moins à qualifier de camp militaire un grand enclos rectangulaire particulièrement bien structuré dans sa moitié nord-ouest. Au sud, sa ligne de défense vient se terminer contre la petite route qui dessert la Châtre-Boucherane : la coupe du dispositif (vignette dans la seconde image ci-dessous) montre ce qui reste d'une levée de terre rabotée par 2000 ans d'érosion agricole. Cet autre camp est lui aussi pourvu d'une tête de source.
Les Camps de la Chatre-Boucherane


   Eliminons sur le cliché ci-dessous, une route dont la  trace courbe va de la Croix-des-Charriers vers la pointe du bois, à gauche : c'est une route de l'Ancien régime vers Veyrac,  disparue fin XIXème ou début du XXème siècle.

   Sur ce nouveau cliché on discerne un autre camp structuré en rectangle, approximativement de même superficie, moins lourdement fossoyé et qui est certainement plus précoce en ce qu' il apparaît engagé sous le premier. Les spécialistes se poseront une question de chronologie entre ce premier camp et la voie romaine (trace entre les deux bois, à gauche) car il y a superposition des  vestiges de l'un et de l'autre ( suivez nos flèches rouges).

   La desserte du ou des camps est réalisée à partir de la voie antique par une petite route qui atteint la fortification principale - le camp légionnaire - après un virage à angle droit ; il est possible voire probable en effet que la   première partie de cette courte liaison se soit poursuivie en ligne droite au-delà du coude, pour desservir le premier camp décrit, plus fruste et qui pourrait être le camp des auxiliaires.
Le Camp des Charriers

   Dans la moitié supérieure gauche du cliché ci-dessus, un délaissé de culture apparaît au loin : petit rectangle où l'on imagine de solides fondations  affleurantes. Il est entouré par un large périmètre carré ou rectangulaire probablement fossoyé. Je crois me souvenir qu'une structure archéologique avait  été remarquée à cet endroit, il y a très longtemps, près du village du Mas-Boucher.
   Le Mas-Boucher (non visible mais en marge immédiate de notre cliché) marque le début d'un immense terroir agricole protohistorique qui s'étend vers l'ouest et dont le site phare est la grande ferme gauloise de la Chatrusse. Nous y reviendrons plus loin.

   Vous aurez remarqué à droite du cliché, l'orientation biaise des deux anciennes fermes de la Châtre-Boucherane par rapport à la petite route qui descend de la Croix-des-Charriers. Plus haut et de l'autre côté de la route, deux traces pérennes présentent une orientation concordante, sud-est : quid ?

Les documents ci-dessous complètent l'évocation, précisent ou signalent un certain nombre de points :
             -  la limite est du camp légionnaire et les limites est, ouest et nord du camp des auxiliaires,  ne sont pas pas évidentes;
             -  les indices lisibles intérieurement n'illustrent guère  l'organisation classique d'un camp militaire. Seule une allée apparaît : via pretoria. . . principalis. . . decumana ?
             -  La vallation défensive (succession de tranchées profondes piègées et de levées de terre) du camp légionnaire apparaît assez fruste, mais il est vrai que nous ne sommes pas à Alésia;
             -  et une vue en coupe  d'une levée de terre ou ce qu'il en reste  après des siècles d'érosion  agricole ( flèches vertes).
 
               
             -  Personnages de la Légion " AUGUSTA", admirablement restituée.
             -  
Et une illustration tirée du livre de M Perchaud (1908), le " livre de mon grand-père": un camp romain.
Camp


                                       L'approche du village gaulois de St Gence
                                       et un bel exemple de ferme gauloise structurée
   Nous avons évoqué dès nos premières pages les découvertes que nous avons faites de restes de la vie domestique des gaulois dans les fossés   recoupés par une opération de drainage à la Chatrusse, commune de Veyrac : cendres et pierres calcinées de foyers, rebuts culinaires, poteries brisées . . . ainsi que des résidus de l'artisanat du fer (Page 2 "Gaulois et Gallo-Romains" : "Une expérience personnelle").
  Cette ferme d'origine protohistorique mais qui a sans doute perduré durant des années après la conquête romaine, s'étend à deux kilomètres dans l'ouest de la Croix-des-Charriers. Mais l'observation aérienne montre que des formes nettes de peuplement   - grand enclos de la Celle, sanctuaire (?) de la Petite-Celle -  et des indices diffus d'occupation du sol, sont continus entre les deux sites et entre St-Gence et Veyrac.
   La nette organisation de la ferme de la Chatrusse ne signifie pas que nous ayions compris la destination des fossés tracés sans ordre apparent (parcelle de gauche) ni l'usage exact des enclos plus organisés  des autres parcelles.
   Une tranchée de drainage a recoupé un long espace de sépultures à incinération, le long de la petite route : urne ignée.
  Au centre du dispositif, le grand enclos rectangulaire lourdement fossoyé (à-plat rouge) avait certainement une vocation résidentielle privilégiée sur l'ensemble du site .

  Au bas du cliché, restitution de la large circulation de tradition gauloise qui contourne le site. Nous avons là un rare exemple observé de "voie protohistorique". Si nous pouvons dire sans trop nous avancer, qu'elle s'oriente à droite en direction de St Gence, sa provenance à gauche, n'a pu être déterminée. L'archéologie conventionnelle limousine fait un grand usage des voies protohistoriques sans en avoir jamais vu physiquement.

Ferme et carrefour
   Le vieux cadastre de St Gence montrait en 1808, des parcelles en lanière qui  correspondaient aux vestiges de la voie antique; vestiges que nous  retrouverons aujourd'hui en visuel après les bois de la Pinière, à Puy-Boursaud, à l'approche des premières maisons de St Gence.

  Sur ce site (photo ci-dessous) nous avons  remarqué une "grande circulation" rectiligne de tradition gauloise, parallèle et à une vingtaine de mètres de l'autre côté de la route, dans la céréale (trace reportée en rouge car elle est à peine visible sur ce cliché). Nous entrons ici dans la zone de fossoyages diffus liés au village gaulois de St-Gence.


                                  St Gence


   Sur la photo oblique de St-Gence, ci-dessus, on observera qu'après les lotissements de Puy-Boursault, la route moderne a recouvert sur 200 mètres, la voie antique. A partir de là, nous ne pourrons plus compter sur la voierie moderne pour signaler la proximité de la voie romaine.

   En effet la voie  est fossilisée sous la cour de l'ancienne ferme de la Gagnerie puis franchissait une forte dénivelé par une probable tranchée maintenant comblée. Au pied  les anciens propriétaires avaient tenté de capter une arrivée d'eau : la pompe électrique destinée à refouler l'eau vers la ferme, est toujours là, dans son cabanon : tout est désespérément sec,  l'espoir d'une source pérenne s'est vite envolé et l'abondance d'un moment  n'a pas tenu ses promesses.

   Après cela, l'image de la voie est très nette sur une culture de céréale  en dessous du cimetière. En tout état de cause, les archéologues responsables de la fouille (vignette ci-dessus à droite, en bas) n'ont  pas pu l'intercepter : par un manque de chance évident, l'entreposage  des terres décapées sur la fouille a masqué  sa position.
   
   Nous pensons  qu'ainsi cette voie principale proche du cimetière actuel, devait marquer la limite de l'extension Est du village gaulois.

   Poursuivant sur une ligne tendue, la voie passe à l'est de la place de l'église et du carrefour attenant (pastille jaune/rouge).
A ce niveau elle reçoit une voie venant du nord-est par les hauteurs du Châtenet : un important décaissement a longtemps marqué le franchissement d'un petit ruisseau près du pont sur la route de Nieul. Accessoirement et par le même accès de "déveine" que ci-dessus, cette petite voie antique  visant le carrefour central et immémorial du bourg (flèche jaune ci-dessus) a de même échappé aux sondages.  A ne pas confondre cependant avec une route de l'Ancien Régime (cadastre napoléonien) qui contournait au plus près les bâtiments riverains (ancienne école ) de la route moderne. Tout a été remanié et le versant est maintenant occupé par des maisons individuelles.
 

   Nous avons repris contact avec la trace de la voie antique de Rancon lors de la création d'un petit lotissement en contrebas et à mi-longueur du stade de foot-ball : l'espace réservé pour la place centrale entre les maisons consistait, sur le chantier, en une surélévation allongée et fortement pierreuse qui s'interrompait brusquement pour laisser place quelques mètres plus loin, à une longue dépression qui est devenue un jardin . Cet espace est cerclé de rouge sur les 3 clichés qui entourent ce texte.
   Plus loin, les restes de la chaussée romaine ont opportunément servi d'assise à la cloison entre les deux lagunes de traitement des eaux  usées de St-Gence. Plus loin encore, au bord de la route du Châtenet, un talus fraîchement refait nous avait montré, il y a 15 ans, une panse d'amphore et de menus fragments de poterie culinaire; mais il pouvait également s'agir de terres anciennement déplacées (astérisque).

   Nous faisons figurer le lieu-dit "Gué du Raud" sur le passage de la voie antique mais il est évident qu'il désignait historiquement le gué utilisé au lieu et place du pont actuel sur la Glane, tout proche.

   On notera enfin que la bande ripuaire autour du Gué du Raud présente un fond plat qui prolonge à l'ouest, une vaste zone de divagation et de débordement de la rivière encore encombrée de nombreux bras morts.
   Certainement contraint et forcé, il y a 2000 ans, un romain a dû se faire violence pour lancer une route dans un lieu d'aussi mauvaise apparence et réputation.


                                       Une voie en rase campagne

 On peut constater que nous choisissons souvent de transférer sur  les images de l'internet les renseignements que  nos photos "rase-motte" ne permettent pas toujours de faire figurer dans un contexte aussi ouvert que nous le souhaiterions. Et nous avons déjà dit et montré que ces vastes plans apportent parfois un surplus intéressant de renseignements .

   La plus petite des images Google ci-dessous montre bien la continuité de la voie antique dans les terres en contrebas de Senon : deux apparences différentes qui tiennent aux sévices qu'a dû subir le monument routier au cours des 2 millénaires écoulés, arasement pur et simple au premier plan, piochage profond plus loin.
   En prime, voici un petit sanctuaire gallo-romain, un  fanum : nous y reviendrons.
Gué du Raud




 Deux images ci-dessus illustrent une pseudo-alternative : il s'agirait pour la voie antique de gagner la ligne de hauteur de Senon, Montcocu, La Cantine . . .
  Car il faut savoir qu'un itinéraire de Limoges à St-Gence dont il existe différentes versions, est toujours considéré comme "voie de Poitiers" ce qui en soi et pour ce qui nous concerne,  apparaitrait comme plausible et possible par plusieurs dérivations  que nous avons découvertes :  embranchements de Senon/Peyrilhac et Fourcelas. Mais, nous n'avons pas réussi à ce sujet à dégager de certitudes. Nous le verrons lors de la reprise définitive de cet itinéraire.  

                                     Le poids des idées reçues

 Bien évidemment et dans la même veine, le passage par le Pont du Rabaud est invoqué de façon constante  en tant que "voie romaine" : nous le faisons figurer en jaune ci-dessus.

  C'est une attitude fréquente car c'est aussi l'itinéraire sud-nord de l'Ancien Régime, figurant encore à  l'ancien cadastre de 1808,  qui contournait le bourg de St-Gence (ci-contre).

 Cependant la plus élémentaire étude critique  montre que ce tracé tourmenté et la configuration des lieux qu'il traverse,  correspondent à une "route d'embuscade"excessivement "chantournée", ce qui  devrait ruiner toute idée d'un passage  d'origine antique par le Pont du Rabaud.
   Enfin et surtout, une portion de cette route  maintenant disparue, mais dont une trace à peine  lisible, figure sur l'une de nos photos de la  parcelle dite "des Patureaux" (ci-dessus, point rouge isolé) . Or cette  prétendue "voie romaine" des érudits n'a même pas été détectée par les archéologues lors de la fouille particulièrement méticuleuse du site il y a une dizaine d'années.
  Mais rien n'y fait, les idées reçues ont la vie dure et en 2002 on reparlera toujours de voie romaine.

   Par contre les zones surchargées en jaune  sur la photo de GOOGLE, indiqueraient qu'un lieu de passage en terrain solide, sur des rives étroites et en terrain dégagé de tout risque de guet-apens, aurait peut-être pu être trouvé vers la crête de Senon si tel avait été le choix..
   Or, une volonté contraire de la part de l'indigène gaulois du premier millénaire naissant, a manifestement contrecarré cette solution car à partir du Gué du Raud notre voie antique va s'engager à flanc de pente, dans un parcours  dont elle aurait sans doute pu s'échapper assez vite comme nous le montrerons. Mais rien n'y fit : il est probable qu'un notable gaulois campé sur sa hauteur, un "vergobret de village",  put faire valoir ses droits et renvoyer  ingénieurs et  cantonniers antiques tracer leur route pendant 2 kilomètres de misère, dans les marais des affluents de la Chambarrière.

Pont du Rabaud

  Nous reprendrons ici et à grands traits  la description de cet itinéraire jusqu'à Villefavard à l'est et Magnac-laval à l'ouest, deux directions partagées au niveau du vicus routier de Rancon, le Roncomagus antique dit-on.


    Un charmeur de "serpent à sornettes".

   Il arriva qu'au tout début des années 2000, des résumés de mon travail sur cet itinéraire parurent dans les documents annuels du Service Régional de l'Archéologie.
 
  Très vite, en 2002, et par effet d'aubaine,  un long article parut  dans la  revue "Travaux d'Archéologie Limousine" : il s'intitulait "Proposition de tracé pour une voie romaine d'Augustoritum à Argentomagus : étude de jalons." 
   En fait cet  engouement soudain pour une voie dont personne ne connaissait l'existence l'année précédente, n'était pas innocent mais j'avais appris à mes dépens lors de mes premières photos  sur l'oppidum de Villejoubert, à déchiffrer les arcanes de la doctrine archéologique des années 1980 qui donnait ici encore  et par procuration,  ses pleins feux.

  Il s'agissait d'abord de tirer de mon compte-rendu forcément succint publié par les services de l'Archéologie, quelques éléments d'itinéraire entre St Gence et Taillac, suffisamment consensuels pour être repris.
   Il s'agissait encore et surtout d'occuper le terrain et de ne pas laisser l'initiative de la découverte d'un nouvel itinéraire antique à un quidam qui n'aurait pas reçu l'aval des spécialistes auto-proclamés des voies antiques ou réputées telles.
 Et peu importe alors que l'on opposât à l'intrus une quasi supercherie pourvu qu'elle fût d'apparence érudite et cultive les  truismes ressassés au plan local depuis un quart de siècle.
  Cela ressemble encore pourrait-on dire, à une méthode qui consisterait  à tenter de retrouver trace de l'oeuvre monumentale d'un chef-cantonnier mégalo par des formules d'incantation.

   
  C'est ainsi qu'étranger à l'idée d'avoir affaire à une voie de haute époque, une "voie de la conquête", l'auteur, mal conseillé, avait choisi d'appliquer prioritairement à son sujet un procédé qui généralise le constat selon lequel les limites des vieilles paroisses ( devenues limites communales à la Révolution ) qui se mirent en place progressivement  vers le Ve siècle comme témoignage de l'emprise temporelle grandissante du christianisme, se seraient systématiquement calquées sur des tracés de voies antiques.
   
A cette époque bien sûr,  la majeure partie de ces grandes voies militaires de haute volée avaient disparu ainsi que les grandes voies provinciales de même époque. Et il est assez  illusoire de tenter de remonter à elles de façon systématique par le truchement de limites paroissiales qui s'ébaucheront quelques siècles plus tard. Sauf rapprochement plus ou moins fortuit dont l'histoire a le secret.

   Nous renvoyons à notre page intitulée "Une virée de galerne" pour constater que la très ancienne voie transversale que nous connaissons entre le Breuil sur l'ancienne N 20 et le Bouchaud, au confluent Gartempe/Semme, et  dont les oscillations sont encore lisibles  sur l'interfluve  en marge rapprochée de la route moderne ( Départementale 1),  n'a  guère guidé une limite communale que sur 1,5 km seulement,  sur les 20 km étudiés entre la Croix-du-Breuil et le Pont-du-Bouchaud (cartes IGN série bleue 2029 est et ouest).
 
    D'autres signes prétendument induits par le passage ancien d'un chemin antique ont également été lourdement sollicités pour étayer la publication : outre le confront de limites administratives mêmes distantes de la voie (Communes de Chamboret, Peyrilhac, Nantiat pour le lieu-dit Taillac . . .  ), une toponymie approximative et parfois largement antidatée (la Commanderie), un présupposé de recherche du confort dans le choix  du cheminement sans égard à un environnement humain parfois hostile (ligne de crête Senon/Montcocu) etc . . . furent appelés à concourir au grand-oeuvre.
   Si l'on excepte deux ou trois
rémanences encore inscrites dans la planimétrie (tranchées routières) probablement héritées d'un travail antérieur  magistralement effectué par un érudit M. de Beaufort en 1851 (excusez du peu) sur un axe hypothétique d'Argentomagus à Bordeaux, on observe d'une façon générale, preuve évidente d'une recherche divaguant loin des réalités du terrain,  l'ignorance de restes de chantiers et  de témoins géologiques,  l'absence de références taxinomiques . . . et de tous les détails matériels qui auraient signé un  tracé irrécusable.
   
    Et pire encore peut-être, le vieux pont de Rancon sur la Gartempe,porté par ses assises romaines, est laissé à l'écart au profit d'un gué d'amont beaucoup plus tardif et qui fut peut-être au cours du temps, préféré par l'indigent pour cause de péage prohibitif.
   Et par voie . . . de conséquence,  le vicus routier de Rancon précisément, qui s'en trouve massacré au passage et écarté de la route qui l'a fait naître. Ce qui n'est guère pardonnable.

   Ne parlons pas des photographies aériennes de l'auteur : c'est le recours au  mythe, poussé jusqu'à l'inconscience.
  Et pas un carrefour, pas une bifurcation, pas une ferme gauloise, pas un camp, pas un hameau, pas un relais ni une taverne . . .  le "désert de Gobi" !
  Alors tel que parti, pourquoi diable vouloir aller à Argenton pour n'y rencontrer personne !

  Nous comprenons mieux pourquoi notre auteur, peu sûr de ses pérégrinations,  avait choisi de faire figurer sur ses cartes un long ruban serpentin de 300 à 350 mètres de large à l'intérieur duquel selon lui et sans qu'il ne l'ait jamais vue, la voie devait se trouver.
   

                                L'autorité de la chose écrite

  Une telle méthode et ses curieux résultats,  semblent pourtant n'avoir choqué personne; mieux encore des études récentes conformément à l'usage, n'hésitent pas à  citer cette publication en référence.

  Ainsi se vérifie qu'une erreur entrée  dans le domaine public n'en sort jamais, par facilité on se la repasse comme un héritage et on voit bien que cela finit par faire l'Histoire. On investit les consciences et on incruste  les esprits de mythes flatteurs et des conjonctions savantes, plus sûrement qu'avec les banales et triviales réalités  du terrain.

  Mais, lueur d'espoir et exception remarquable, la thèse introduite par un quidam sur l'encyclopédie en ligne Wikipedia, ne semble pas y avoir survécu plus de quelques jours.

   Et c'est  sur la revue locale à parution annuelle et à comité de lecture : "Travaux d'Archéologie Limousine", tome 22, année 2002, pages 59 à 81, que l'ouvrage fut porté à la  connaissance d'un public qui n'ayant jamais été confronté qu'à l'intime conviction d'une
cascade d'auteurs, ne pouvait en rien suspecter une tromperie.

   Mais l'entreprise eût-elle été élaborée de bonne foi, comme il pourrait arriver qu'on le pensât . . . cela n'aurait fait qu'ajouter au désastre.



        "Marcher à côté de ces pompes !"

   Nous insistons à nouveau à propos de la construction de ces grandes voies romaines, sur l'évident parti-pris somptuaire encore visible ça et là (Bois des Vaseix . . . et autres sites à venir) propre à assèner l'aura du vainqueur sur les populations indigènes.
   Mais depuis lors, le temps et les hommes ont fait leur oeuvre et
il ne reste vraiment que de très  rares témoignages intacts parmi une profusion de restes infimes, de ces gigantesques ouvrages bâtis par la démesure d'un conquérant à qui tout semblait réussir.
     C'est donc et à notre humble avis  une véritable gageure que notre auteur peu accessible au doute et aveugle à la précarité de son propos,  ait  tenté de faire de son travail un "produit touristique" à connotation historique, un thème de randonnées.
   Mais les membres de la Communauté de Communes et de Pays auxquels la proposition  chiffrée était destinée, avaient mieux que quiconque  démasqué  l'irréalité du projet et  n'y ont jamais donné suite .


   Je continuerai prochainement pour ma part, à inventorier en quelques pages ce monument routier dans son parcours vers le nord au milieu d'un environnement humain très dense et en faisant une part privilégiée à Rancon, ne serait-ce qu'en mémoire d'un ami trop tôt disparu, natif du lieu et ancien maire de la commune, dont l'entregent m'a beaucoup manqué dans la très modeste étude que je proposerai de ce vicus routier gallo-romain.